Une semaine avant leur retour sur les campus, des étudiants à risque réclament des accommodements de la part des universités pour poursuivre leur trimestre en ligne.

Publié le 27 janvier
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« Personne ne devrait être obligé de revenir en classe s’il ne s’y sent pas en sécurité », s’indigne Hannah Jamet-Lange, coordonnatrice des affaires académiques du Syndicat des étudiants de Concordia (CSU).

Après avoir amorcé son trimestre en ligne, Omicron oblige, l’Université Concordia rappellera ses étudiants sur son campus le 3 février prochain. Québec avait donné le feu vert à la reprise des cours en présentiel dès le 17 janvier, mais plusieurs établissements l’ont repoussée, par prudence, à la semaine prochaine.

Or, la province est toujours au sommet de la cinquième vague, et le retour en classe suscite des inquiétudes au sein de la population étudiante, rapporte le CSU. L’exposition d’étudiants immunosupprimés ou qui vivent avec des personnes pour qui le virus pose un risque est « une préoccupation majeure » du syndicat.

Beaucoup d’étudiants ne seront pas hospitalisés s’ils contractent la COVID-19, mais il y aura des étudiants qui en souffriront davantage ou qui subiront des effets à long terme.

Hannah Jamet-Lange, coordonnatrice des affaires académiques du Syndicat des étudiants de Concordia

Le CSU exige que l’ensemble des cours donnés en présentiel soient également enregistrés ou diffusés en direct. Actuellement, il est à la discrétion des professeurs d’accorder ou non des accommodements aux étudiants qui souhaitent poursuivre leur trimestre en ligne.

Certains étudiants songent même à protester ou à débrayer, si l’administration ne revient pas sur sa position d’ici le retour en classe, rapporte Hannah Jamet-Lange.

Par courriel, l’administration de Concordia soutient qu’elle a « encouragé les membres du corps professoral à mettre en ligne les contenus de cours (notes et autre matériel), lorsque cela est possible ».

« Certains cours avec des éléments pratiques, des laboratoires ou des studios, demandent une présence en cours », justifie la relationniste Vannina Maestracci. La direction rappelle que les étudiants qui vivent avec une maladie chronique ou un handicap sont admissibles à certains accommodements.

Plusieurs pétitions

Zoé Pronovost a une santé fragile. La COVID-19 lui a causé des problèmes respiratoires. Et elle n’a jamais retrouvé le goût ni l’odorat depuis qu’elle l’a contractée, l’an dernier.

Ça a été très difficile pour moi et ma famille. Est-ce que mettre ma santé en danger pour ne pas prendre de retard sur mon éducation, ça en vaut la peine ?

Zoé Pronovost, étudiante au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire

Lorsque l’Université de Montréal a confirmé son retour en présentiel le 31 janvier, l’étudiante au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire a lancé une pétition pour que la direction offre un enseignement hybride pour le reste du trimestre. La pétition a récolté jusqu’à présent plus de 2100 signatures.

La frustration ne se ressent pas seulement chez les étudiants à risque, remarque Zoé Pronovost, mais aussi chez les parents qui craignent de manquer des cours si leur enfant doit s’isoler. Une large frange de la population étudiante dit aussi ne pas s’être sentie consultée, ajoute-t-elle.

La direction de l’Université de Montréal, qui sait que la pétition circule, comprend que la situation actuelle puisse « susciter un niveau d’anxiété plus élevé » chez certains étudiants. « Cela dit, tout est en place actuellement pour que le retour se passe bien et dans le respect des consignes sanitaires. Nous avons d’ailleurs choisi de revenir en présentiel à la fin janvier pour nous laisser le temps de bien préparer le retour », a réagi la porte-parole Geneviève O’Meara.

Une pétition similaire adressée à l’Université de Sherbrooke circule aussi en ligne. Un peu plus de 570 étudiants exhortent la direction à « tout faire en sorte » pour favoriser l’enseignement comodal.

« Cette mesure serait un grand soulagement pour une très grande proportion d’étudiantes et étudiants anxieux de voir leur session universitaire compromise par la situation pandémique actuelle ou encore inquiets pour leur propre santé ou celle des gens qu’ils côtoient », argue-t-on.

Maintenir la pression

« Nous pensons qu’il est de la responsabilité de l’université d’assurer la sécurité des étudiants, mais comme elle ne le fait pas pour le moment, nous prenons les choses en main », dit Hannah Jamet-Lange.

Le Syndicat des étudiants de Concordia s’affaire à mettre en place un réseau de soutien grâce auquel les étudiants pourront échanger leurs notes prises pendant les cours. Des masques N95 seront aussi distribués sur le campus.

« Nous sommes toujours en communication avec la direction et nous continuons à maintenir la pression », conclut Mme Jamet-Lange.

Levée du port du masque pour les professeurs à l’UdeM

L’Université de Montréal n’exigera plus le port du masque en classe pour le personnel enseignant. Le professeur ou le chargé de cours devra respecter une distance de 2 mètres avec les étudiants. La levée de l’obligation a été annoncée mercredi dans un courriel du recteur adressé aux membres du personnel enseignant. L’université continue de se conformer aux recommandations de la Santé publique et de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Début janvier, devant la propagation fulgurante du variant Omicron, la direction avait imposé le port du masque pour le personnel enseignant lors des rares cours qui se déroulaient sur le campus. En raison de la situation sanitaire qui « s’améliore peu à peu », l’université ne juge plus que la mesure est nécessaire. Par courriel, le Syndicat général des professeurs et des professeures de l’Université de Montréal rapporte que certains sont soulagés de la levée de la mesure. D’autres continueront de porter le masque.