Tandis qu’on envisage d’appeler les parents en renfort dans les écoles pour pallier le manque d’enseignants, le prof d’une école primaire de Montréal doit quitter ses élèves jusqu’à la fin de l’année scolaire parce qu’on refuse de reporter le congé qu’il avait prévu prendre il y a plusieurs années.

Publié le 25 janvier
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Il y a cinq ans, bien avant la pandémie, André Langevin a décidé de prendre un congé sabbatique à traitement différé : on allait prélever de ses paies une somme qui lui permettrait de prendre un congé payé quelques années plus tard.

À l’automne, voyant la situation dans les écoles s’aggraver et face à la « pénurie endémique » de personnel, l’enseignant de 4année s’est inquiété de laisser ses élèves sans remplaçant pendant plusieurs mois. Il a contacté le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) pour demander qu’on reporte son congé.

On m’a rapidement répondu, sans prendre le temps de réfléchir : vous avez pris votre congé différé, vous devez quitter votre classe le 26 janvier.

André Langevin, enseignant

Son syndicat, dit-il, n’a rien pu faire pour l’aider.

À la veille de quitter ses élèves de l’école Saint-Marc, dans le quartier Rosemont, l’homme dénonce une situation « aberrante », surtout dans le contexte où le gouvernement fait tout pour ramener des employés dans le réseau de l’éducation.

« Disposition légale »

En point de presse lundi, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a observé qu’il manque, chaque année, « entre 200 et 300 enseignants ».

André Langevin, lui, est prêt à rester. Son congé qu’on refuse de reporter, « c’est du mur-à-mur, de la bureaucratie plate », déplore l’enseignant, qui travaille au CSSDM depuis une dizaine d’années.

Quand il a décidé de prendre ce congé, la pénurie de personnel dans le réseau de l’éducation était présente, observe-t-il, mais moins criante. Comme bien des employés du réseau de la santé l’ont fait en mettant de côté leurs congés en raison de la pandémie, il estime qu’il est de son devoir de ne pas partir au moment où tout un réseau est en manque de personnel, où les « banques de suppléants sont vides ».

Le CSSDM affirme que son refus n’est pas une décision administrative, mais qu’une « disposition légale » fait que déplacer un tel congé est impossible.

« Les congés différés sont conventionnés avec un contrat de congé à traitement différé. Il faudrait annuler le congé et faire une autre demande », dit son porte-parole Alain Perron.

« Très peu de flexibilité »

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, le syndicat qui représente l’enseignant, observe que « de manière générale, le CSSDM démontre très peu de flexibilité quant aux raisons pouvant justifier le report de ce congé ».

Le centre de services, ajoute-t-elle, « a sa part de responsabilité en regard à la pénurie enseignante à Montréal ».

André Langevin se considère comme « chanceux » : quelqu’un a accepté le contrat pour le remplacer.

Je trouve ça désolant : j’enlève peut-être un suppléant qui pourrait aller ailleurs. Je vais quitter et je vais voir mes collègues rusher, tandis que je serai en congé.

André Langevin

Oui, dit-il, la pandémie a bousculé les plans qu’il avait ébauchés pour ce congé, mais s’il veut rester, c’est d’abord et avant tout pour les jeunes. « Je ne compte jamais mon temps pour améliorer mon enseignement », dit-il.

Il se « croise les doigts pour partir l’esprit en paix » et espère que sa remplaçante puisse rester jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Combien de profs se sont prévalus d’un tel congé depuis le début de la pandémie ? Combien d’enseignants sont actuellement absents en raison de la COVID-19 ? Le Centre de services scolaire de Montréal n’a pas répondu à ces questions, lundi.