Les travailleuses des quelque 400 centres de la petite enfance (CPE) affiliés à la CSN au Québec ont formé les premiers piquets de leur grève générale illimitée, mercredi matin, pour demander une bonification de leurs conditions de travail.

Mis à jour le 1er déc. 2021
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

« Il est temps de mettre à jour les conditions dans les CPE pour tout le monde, tant pour les éducatrices que pour les employés de soutien, les adjointes administratives, les cuisinières », a lancé Nathalie Plante, directrice du Centre de la petite enfance Le Pitchounet, rencontrée devant son établissement dans l’arrondissement d’Outremont, à Montréal.

Mme Plante note que toutes les employées devraient avoir droit à un rattrapage salarial notable – pas seulement les éducatrices.

« Trouver des cuisiniers et cuisinières, c’est très difficile. Ils vivent beaucoup de stress, ils s’occupent des commandes, ils doivent composer avec toute une série d’allergies alimentaires… Ils pourraient aller travailler ailleurs en restauration, mais ils se dévouent chaque jour pour nos enfants. »

Les pourparlers avec Québec portent aussi sur la question du coût des assurances collectives, qui peuvent retrancher de 250 à 300 $ par mois sur la paie des éducatrices, a-t-elle dit.

Quand vous avez des employées qui reçoivent au bout du compte une paie de 1000 $ pour deux semaines de travail intense, ce n’est pas beaucoup pour vivre à Montréal, pour faire vivre une famille.

Nathalie Plante, directrice du Centre de la petite enfance Le Pitchounet

Rami, qui est éducateur au même CPE, explique qu’il vient de débourser 17 000 $ comme étudiant étranger afin de recevoir une formation d’éducateur, et qu’il touche aujourd’hui 18 $ l’heure.

« Nous avons été ouverts tout au long de la pandémie, nous nous occupions des enfants des médecins et des infirmières. Nous avons fait des sacrifices et pris des risques, et nous demandons d’avoir les moyens de pratiquer notre métier », dit-il.

« Inacceptable », selon Legault

En point de presse mercredi matin, le premier ministre François Legault a appelé les syndicats à accepter l’offre de son gouvernement au sujet des hausses salariales des éducatrices.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault a noté que la décision de la CSN de lancer une grève générale illimitée était « terrible » pour les parents et les enfants.

« On offre aux éducatrices d’augmenter leur salaire à 30 $ de l’heure, une augmentation de 23 %. Par contre, le problème, c’est que les syndicats nous demandent les mêmes augmentations pour les employées de soutien, comme les personnes qui font la cuisine, le ménage. »

M. Legault a qualifié cette demande d’« inacceptable ».

Ce n’est pas vrai qu’on peut offrir [une augmentation salariale de] 20 % à tous les employés de l’État, on n’a pas cette capacité de payer.

François Legault, premier ministre du Québec

La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec a toutefois noté que les demandes de hausses salariales pour les employées de soutien se situaient plutôt entre 13,6 % et 14,8 %, et étaient donc inférieures à celles faites pour les éducatrices.

Le premier ministre a noté que la décision de la CSN de lancer une grève générale illimitée était « terrible » pour les parents et les enfants. Sur la question de la loi spéciale, le premier ministre a dit ne pas envisager d’y avoir recours pour le moment.

« Ce que je souhaite, c’est que notre offre, qui rejoint les demandes des syndicats pour les salaires des éducatrices, soit acceptée. Je veux une entente négociée, car notre offre est raisonnable. Ça n’a pas de bon sens, ce que font les syndicats. »

Questionné lors d’une autre mêlée de presse pour savoir s’il souhaite régler le dossier avant Noël, M. Legault a répondu qu’« on peut négocier même pendant le temps des Fêtes » et que « l’important, c’est qu’on ait une entente négociée ».

Selon Sonia LeBel, présidente du Conseil du trésor, la grève générale illimitée « déséquilibre l’organisation familiale » des femmes qui doivent amener leurs enfants au CPE.

Mme LeBel s’explique mal pourquoi les syndiquées de la CSN ont choisi de déclencher la grève, car des « avancées majeures » étaient en train d’être réalisées dans les négociations, dit-elle. Les syndiquées de la CSQ n’ont quant à elles pas encore déclenché le mandat de grève générale illimitée.

Certains emplois ont fait l’objet d’une priorité dans les gestes du gouvernement. « Dans le cas des CPE, ce sont les éducatrices. En éducation, on a priorisé les enseignants du primaire et du secondaire, dans la santé, les infirmières », a-t-elle énuméré.

Québec solidaire sur les piquets de grève

Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire et co-porte-parole de Québec solidaire, a noté pour sa part que tous les députés du caucus étaient sur les piquets de grève mercredi matin pour appuyer les grévistes.

C’est une grève pour un certain modèle de société au Québec, c’est une grève pour les familles du Québec.

Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire et co-porte-parole de Québec solidaire

Les familles du Québec disent au premier ministre qu’il faut « enfin prendre soin des CPE », a-t-il ajouté. « Ça suffit de faire des économies sur le dos des CPE, sur le dos des gens qui y travaillent. »

Véronique Hivon, députée du Parti québécois, a aussi donné son appui aux travailleuses grévistes. « Cette cause pour laquelle se battent les travailleuses de la petite enfance, c’est une cause qui est aussi beaucoup plus grande que la seule cause de leurs conditions de travail, c’est la cause de l’avenir, carrément, de la qualité et du réseau des CPE », a-t-elle fait valoir.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a abondé dans le même sens. « Je pense, tout particulièrement […] aux parents qui ont des enfants en CPE et qui vont se buter le nez à des portes closes, et ça, la situation actuelle, c’est le résultat d’un gouvernement qui n’écoute pas », a-t-elle déploré. Le Parti libéral du Québec estime que le gouvernement devrait négocier « un rattrapage pour l’ensemble des intervenants » en CPE.

Avec Tommy Chouinard, La Presse