Selon des chiffres obtenus par La Presse, ils sont 4500 de moins que l’an dernier dans les écoles de la métropole. Un phénomène imprévu qui détonne avec la situation des banlieues et de certaines régions, dont les Laurentides et Lanaudière, où les élèves sont de plus en plus nombreux. À Sainte-Adèle, une école primaire alternative qui déborde a même dû empiéter sur la cour de l’école voisine pour y installer des classes modulaires.

Mis à jour le 2 nov. 2021
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Montréal perd des élèves

Il y a cette année 4500 élèves de moins que l’an dernier dans les écoles de Montréal, selon les chiffres obtenus par La Presse auprès des trois centres de services scolaires francophones de l’île. Une diminution imprévue qui contraste avec les banlieues et certaines régions, où les élèves sont de plus en plus nombreux et où les écoles débordent.

Au centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), ils sont 2472 élèves de moins cette année, ce qui équivaut à une centaine de groupes. Le centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, dans l’ouest de Montréal, a perdu 1401 élèves, tandis qu’ils sont 688 en moins au centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île, situé dans le nord-est de l’île.

Entre la rentrée de 2020 et celle de 2021, le ministère de l’Éducation prévoyait pourtant une croissance de 0,1 % dans les centres de services francophones de Montréal, ce qui aurait dû se traduire par environ 160 élèves de plus sur les bancs d’école cette année.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Le départ d’élèves qui fréquentaient déjà des écoles de Montréal « étonne » l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

« Notre hypothèse, c’est qu’il y a eu un exode des familles à l’extérieur de l’île de Montréal, probablement à cause de la hausse et de la rareté des loyers, du faible taux d’intérêt, du télétravail. Plusieurs facteurs ont dû se croiser », dit Kathleen Legault, présidente de l’AMDES.

C’est aussi ce que pense la Fédération des centres de services scolaires du Québec.

Même avant la pandémie, on commençait à voir une expansion assez importante en périphérie de Montréal, et on peut faire le pari que ça s’est accentué avec le fait que les gens sont en télétravail et ont quitté la ville.

Caroline Dupré, présidente de la Fédération des centres de services scolaires du Québec

Les écoles de Lanaudière font le plein d’élèves. Au centre de services scolaire des Affluents (CSSDA), on en accueille 1300 de plus que l’an dernier, surtout au secondaire.

« La clientèle a beaucoup augmenté pendant l’été, il y a des gens qui ont déménagé », observe Éric Ladouceur, porte-parole du CSSDA. Il cite l’exemple de Mascouche, qui connaît une « forte croissance ».

Le portrait est semblable dans les Laurentides. Le centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord, qui couvre les Basses-Laurentides, compte 1132 élèves de plus que l’an dernier. Difficile, dit-on, de mesurer l’impact de l’exode de Montréal.

« Nous savons toutefois que notre territoire connaît une croissance démographique importante et que selon les prévisions ministérielles, celle-ci se poursuivra pendant encore plusieurs années », écrit la porte-parole du centre de services », Nadyne Brochu. On a notamment installé 28 modulaires sur le terrain de l’école polyvalente Saint-Jérôme pour cette année, et d’autres devraient apparaître l’année prochaine.

« Toutes nos écoles du secteur sud débordent », dit Sébastien Tardif, directeur général du centre de services scolaire des Laurentides (CSSL). On y accueille cette année 300 élèves de plus. Les installations modulaires se multiplient, des bibliothèques deviennent des classes.

La croissance du nombre d’élèves était en partie prévue, notamment parce que pour chaque personne qui quitte les Laurentides, 1,4 s’y installe. Mais c’était sans compter sur une pandémie. « Avec l’avènement du télétravail, des gens qui avaient des chalets ont décidé de s’établir. On l’avait moins vu venir », poursuit M. Tardif.

Jusqu’à tout récemment gestionnaire scolaire dans l’île de Montréal, Sébastien Tardif est à même de constater la différence entre la réalité de la métropole et celle des régions.

« Oui, on est en croissance, mais c’est sans commune mesure avec ce qu’on a vécu à Montréal. Au centre de services scolaire Marguerite-Bourgeois, on avait à un certain moment entre 150 et 200 nouveaux élèves par semaine », illustre le directeur général du CSSL.

Moins de nouveaux arrivants à Montréal

Cette hausse des élèves était en très bonne partie due à l’arrivée de nombreux demandeurs d’asile et à l’immigration. Or, le nombre d’élèves dans les classes d’accueil a fondu de moitié depuis l’année scolaire 2018-2019. Seulement au CSSDM, ils sont 700 de moins que l’an dernier.

« On s’y attendait avec la fermeture des frontières », dit la présidente de l’AMDES, Kathleen Legault.

À Montréal, on note qu’à court terme, la baisse du nombre d’élèves peut être utile en contexte de pénurie d’enseignants, mais on s’inquiète des conséquences possibles quant aux ressources allouées dans les écoles.

« Qui sont les élèves qui sont restés ? Est-ce que ça amène une concentration de la population plus défavorisée à Montréal ? On l’ignore, mais ça nous préoccupe », dit Kathleen Legault.

Dans les centres de services scolaires où le nombre d’élèves diminue, il pourrait y avoir un impact financier, confirme la Fédération des centres de services scolaires du Québec. « Pour certaines enveloppes budgétaires, le financement est accordé par élève », dit sa présidente Caroline Dupré.

Dans les régions, l’arrivée de nouveaux résidants a des répercussions positives sur les écoles, dit pour sa part le directeur général du centre de services scolaire des Laurentides. La recherche d’enseignants devient moins ardue. « On a moins de 3 % de nos profs qui sont non qualifiés. Ça en fait saliver plusieurs », conclut Sébastien Tardif.

886 321

Nombre d’élèves qui fréquenteront les classes préscolaires, primaires et secondaires de la province en 2024, selon les prévisions actuelles

10,3 %

Taux de croissance que doit connaître le centre de services scolaire des Découvreurs, à Québec, entre 2020 et 2024. Il s’agit de la plus forte hausse de la province, qui représente 1340 élèves de plus.

Source : ministère de l’Éducation

Installation de classes modulaires

Une école privée d’une partie de sa cour

Sainte-Adèle –L’installation de deux classes modulaires dans la cour d’une école primaire est source de tensions à Sainte-Adèle, dans les Laurentides. Des parents accusent le centre de services de ne pas les avoir consultés avant d’installer ces classes préfabriquées.

À peine quelques pas séparent l’école primaire Chante-au-Vent de l’école primaire alternative de l’Expédition, à Sainte-Adèle. Les deux écoles partagent une même directrice, leurs élèves s’entendent crier d’une cour d’école à l’autre.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

L’école primaire Chante-au-Vent (à gauche) et l’école primaire alternative de l’Expédition

On ne s’entend pourtant pas sur la manière dont on aurait dû régler un problème : l’école alternative de l’Expédition – qui ne compte que quatre classes – déborde et il fallait trouver de l’espace pour loger ses élèves.

Le centre de services scolaire des Laurentides (CSSL) a choisi en mai dernier d’installer des classes modulaires pour l’école de l’Expédition dans la cour de l’école Chante-au-Vent, la privant d’une partie de sa superficie.

Des parents ne l’ont pas pris.

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L’école Chante-au-Vent et les classes modulaires pour l’école de l’Expédition (en rouge)

« Le 27 mai, on a reçu le courriel du centre de services disant qu’il y aurait des modulaires dans notre cour d’école [à la rentrée] », relate Marie-Josée Lebel, mère de deux enfants qui fréquentent l’école Chante-au-Vent. Elle dénonce un manque de transparence du centre de services scolaire des Laurentides (CSSL), qui en a pourtant discuté pendant plusieurs mois à huis clos.

« Personne n’est contre l’école alternative. C’est toujours le comment on fait les choses. C’était comme ça avec la commission scolaire, ça se répète avec le centre de services », déplore Aimée Turcotte, dont la fille fréquente l’école Chante-au-Vent.

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Marie-Josée Lebel (à gauche) et Aimée Turcotte, mères dont les enfants fréquentent l’école Chante-au-Vent

Le directeur général du CSSL reconnaît que les parents ont été mis au parfum de l’installation des modulaires tardivement, mais explique qu’on soupesait d’autres options. « On pensait que ça allait créer de l’anxiété si on annonçait des choses qui étaient sujettes à changement », dit Sébastien Tardif. Il aurait été trop coûteux d’installer les classes modulaires dans la cour de l’école alternative, ajoute-t-il.

Négociation avec l’église du quartier

Le centre de services scolaire a aussi négocié avec le curé de l’église située juste à côté de l’école pour récupérer une partie de l’espace perdu dans la cour. Les enfants peuvent maintenant jouer dans la rue, propriété de la fabrique. Les jours de semaine, on la délimite par des clôtures.

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L’église qui jouxte l’école Chante-au-Vent

« Ce n’est pas négligeable, comme cour », observe M. Tardif en faisant visiter les lieux à La Presse. Les enfants adorent le nouveau terrain gazonné, ajoute la directrice des deux écoles, Julie Degrasse.

C’est pourtant une autre décision qui suscite l’ire des parents, qui voient leurs enfants poussés dans la rue, en quelque sorte, et qui ont l’impression que le développement de l’école alternative de 109 élèves « se fait au détriment de l’école de quartier », qui en compte presque le double.

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Julie Degrasse, directrice des deux écoles, et Sébastien Tardif, directeur général du centre de services scolaire des Laurentides

Ce sont évidemment des élèves de la région qui fréquentent l’école alternative, rétorque le directeur général du centre de services. « Ils ne viennent pas nécessairement du bassin de l’école Chante-au-Vent, mais du même secteur géographique », dit Sébastien Tardif.

Et comme l’engouement pour l’école alternative ne se dément pas, d’autres classes modulaires pourraient apparaître dans la cour de l’école dite « régulière » l’an prochain. Si ça s’avère, le directeur général « prend l’engagement » d’informer les parents plus tôt.

La mère et citoyenne Marie-Josée Lebel dit qu’elle et d’autres parents s’y opposeront.