L’Université de Montréal (UdeM) nomme l’entrepreneur Frantz Saintellemy comme chancelier. À 48 ans, il est non seulement le plus jeune à ce poste dans l’institution, mais aussi le premier issu d’une communauté culturelle possédant un tel titre au Québec.

Publié le 1er oct. 2021
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Frantz Saintellemy n’en est pas à une réalisation près : multientrepreneur, il est actuellement président et chef de l’exploitation de l’entreprise québécoise LeddarTech inc., jeune pousse « en haute technologie qui utilise l’intelligence artificielle et les algorithmes pour développer des solutions d’aide à la conduite », explique-t-il.

Il est aussi fondateur du Groupe 3737, un centre d’innovation et de diversité entrepreneuriale situé dans le quartier Saint-Michel, à Montréal.

Dans la hiérarchie universitaire, le chancelier préside les séances du Conseil de l’Université et est donc le dirigeant en titre. Il s’agit principalement d’un titre honorifique, « un rôle de gouvernance », observe M. Saintellemy, qui ajoute que « le recteur [de l’UdeM, Daniel Jutras] et le vice-rectorat ont tous les pouvoirs opérationnels ».

« Une relation profonde avec l’éducation »

Originaire d’Haïti et arrivé au Québec à 8 ans avec sa famille, Frantz Saintellemy devient le plus jeune à ce poste, mais aussi le premier issu de la diversité culturelle. Il cite le « courage » de l’université de le nommer. « Ça représente toute la beauté du Québec, de l’université », dit-il.

Frantz Saintellemy a grandi dans le quartier Saint-Michel à Montréal. Avant ses études à l’Université Northeastern de Boston, au Massachusetts Institute of Technology de Cambridge et à l’Université McGill, il y a d’abord eu la petite école primaire Ahuntsic, située dans le quartier éponyme.

Ç’a été ma première expérience à l’école ici. J’ai découvert des professeurs qui m’ont pris sous leur aile, qui m’ont adopté, m’ont permis de découvrir mon plein potentiel et qui m’ont encouragé à viser plus loin. J’ai une relation très profonde avec l’éducation en général.

Frantz Saintellemy

Réussir à l’école, poursuit Frantz Saintellemy, « c’était d’abord et avant tout une responsabilité envers [ses] frères et sœurs, mais aussi [son] père et [sa] mère. C’était aussi une occasion de se créer son propre parcours ».

L’homme se voit-il comme un modèle, particulièrement pour les jeunes issus des communautés culturelles ?

« J’espère être un modèle pour tous les jeunes. Pour moi, l’éducation est un levier social extraordinaire, et ce, peu importe d’où on vient, qu’on vienne des régions, de l’Afrique, de l’Asie, de Montréal-Nord ou de Longueuil », observe M. Saintellemy.

« Une grande organisation »

En entrevue, Frantz Saintellemy parle de la « nouvelle phase de croissance de l’université », du virage numérique « accéléré par la COVID-19 » qui doit se poursuivre, cite le « rôle clé » que l’Université de Montréal a à jouer dans une société qui cherche à être plus innovante et productive.

Habitué de l’entrepreneuriat, ayant travaillé dans la Silicon Valley, ne craint-il pas que les choses n’aillent pas assez vite pour lui ?

« L’université, c’est une grosse bibitte, une grande organisation », observe M. Saintellemy.

« On a été en mesure de faire les choses à un rythme accéléré [pendant la pandémie] parce que l’université avait su investir dans les infrastructures technologiques pendant des années. Les outils sont là pour aller plus vite, mais il faut d’abord avoir la bonne vision », ajoute le nouveau chancelier, qui était jusqu’à présent membre du Conseil de l’Université.

Frantz Saintellemy est nommé pour un mandat d’un peu plus de quatre ans. Il succède à Louis Roquet, qui a occupé ce poste pendant trois ans.