Les camps de vacances de la province accueillent leurs premières hordes d’enfants ces jours-ci, après avoir retenu leur souffle jusqu’au début du mois de mai, quand la Santé publique a finalement donné son feu vert. Après plus d’un an de fermeture, les dernières semaines ont été intenses et marquées par les ajustements sanitaires.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

« On était à une décision de fermer les portes pour de bon. » Le camp de vacances Ozanam est un organisme sans but lucratif qui gère 23 constructions, dont 18 chalets. La pandémie n’a pas empêché les factures de rentrer, mais les activités de financement ont souvent été annulées et les coffres se vidaient, explique sa directrice générale, Sylvie Le Guerrier.

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Michel Vertefeuille, président du conseil d’administration du camp Ozanam, et Sylvie Le Guerrier, directrice générale

Il était minuit moins une quand l’aide gouvernementale est arrivée pour ce camp situé en Outaouais, qui s’adresse en priorité à des familles qui ne pourraient autrement se payer de telles vacances à la campagne.

La fermeture du camp l’été dernier a eu un impact direct sur elles.

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Comme tous les autres camps de vacances du Québec, le camp Ozanam n’a pas eu la permission de la Santé publique d’accueillir des groupes de jeunes en 2020. Il a offert ses chalets en location à des particuliers.

C’était très difficile, les gens me téléphonaient et plusieurs pleuraient parce que les deux parents avaient perdu leur emploi.

Sylvie Le Guerrier, directrice générale du camp Ozanam

La pandémie s’estompe, le camp reprend vie, mais Mme Le Guerrier constate que le visage des familles qui y seront cet été a changé. Des emplois ont été perdus, des maisons, aussi.

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Fondé en 1962, le camp Ozanam a pour mission d’accueillir des familles qui sont sous le seuil de la pauvreté et qui ne pourraient autrement s’offrir des vacances à la campagne.

« On demande l’avis de cotisation pour avoir la preuve du salaire familial et certains se sentent mal. Peut-être qu’au début de 2020, ils gagnaient le gros salaire, mais en juillet, ils ont tout perdu. Ils ont un malaise de le dire, de demander, mais on est là pour aider. Les gens sont sous le seuil de la pauvreté : je les accueille », dit Mme Le Guerrier.

Pour la directrice générale du camp Ozanam, l’annonce de la réouverture a été un baume (« J’ai eu les yeux pleins d’eau », dit Mme Le Guerrier), mais il a fallu faire vite pour tout préparer. Trouver des moniteurs n’a pas été une mince tâche, certains s’étant désistés avant l’annonce de la réouverture parce qu’ils avaient trouvé un emploi stable ailleurs.

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Bientôt, on entendra à nouveau de la musique émaner des cabines de répétition surnommées le « motel à pianos » au camp Père Lindsay.

À nouveau, la musique

Sans ses campeurs qui font résonner leurs instruments dans la forêt, le camp musical Père Lindsay, dans Lanaudière, a été particulièrement silencieux l’été dernier. L’annonce de la fermeture « a été un choc », relate sa directrice générale, Marie-Christine Coulombe.

Là aussi, la question de la survie financière s’est posée et les chalets désertés par les jeunes ont été loués à des particuliers pour renflouer les coffres.

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Marie-Christine Coulombe, directrice générale du camp musical Père Lindsay

Ça nous arrachait le cœur. Être locateurs, ce n’est pas notre mission. Notre mission, c’est l’éducation musicale.

Marie-Christine Coulombe, directrice générale du camp musical Père Lindsay

En ce début du mois de juin, seuls les oiseaux se font entendre aux abords du lac Priscault. Bientôt, les enfants viendront leur faire concurrence avec leurs propres cris. En faisant faire le tour du propriétaire, la directrice générale explique que le mince préavis de Québec avant la réouverture a placé le camp « dans l’urgence ».

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Le camp musical Père Lindsay est situé aux abords du lac Priscault, dans Lanaudière.

Il a fallu préparer le terrain, réaménager certains sentiers dans la forêt, déplacer 28 pianos dans des cabines de répétition, former le personnel. Qui plus est, la pandémie entraîne des dépenses et le camp de vacances sera déficitaire cet été : des plexiglas s’élèveront dans la cafétéria, il a fallu acheter des dizaines de milliers de masques et on a monté cinq chapiteaux pour tenir davantage d’activités à l’extérieur. Un grand chalet a été réquisitionné ; si une personne devait s’avérer positive à la COVID-19, elle y serait placée en isolement.

Les mesures sanitaires en place nuiront-elles à l’esprit des camps de vacances ? Marie-Christine Coulombe compte sur les moniteurs plus expérimentés de son équipe pour faire respecter certaines règles, mais assure néanmoins que l’ambiance festive sera au rendez-vous.

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Sébastien Paquin (à gauche) et Charles Viens s’affairent à démonter une patinoire au camp musical Père Lindsay, dans Lanaudière, au début de juin.

Le camp Ozanam va accueillir ses premières familles sous peu. Les moniteurs ont été formés il y a à peine une semaine, il ne manquera bientôt que les campeurs.

« On va être prêts, dit sa directrice générale, Sylvie Le Guerrier. J’ai hâte qu’on ait des activités, que ça bouge, qu’il y ait de la vie, qu’on revienne à la réalité. »

Comme à l’école, ou presque

La plupart des camps de vacances rouvrent cet été, mais en raison des mesures sanitaires qui restreignent parfois le nombre de campeurs, plusieurs ont des listes d’attente, note l’Association des camps du Québec.

Les mesures sanitaires en place ne seront pas étrangères aux enfants qui ont fréquenté les écoles toute l’année. Il y aura parfois des masques, on souhaite – mais on n’oblige pas – que les employés soient vaccinés, la distanciation physique sera de mise. Quatre directives guident cette réouverture :

Assurer une distanciation physique

Comme à l’école, des groupes-bulles devront être formés. Lors des activités, un espace de 1 mètre entre les jeunes doit être respecté.

Rester dehors le plus possible

Les sites extérieurs doivent être privilégiés pour la programmation d’activités. L’utilisation des sites intérieurs doit se limiter aux cas d’intempéries.

Limiter les contacts physiques

Les contacts directs doivent être réduits au minimum. Pour ce faire, des activités et des jeux qui limitent le partage de matériel, comme des ballons, des balles, des arcs, doivent être privilégiés.

Respecter des mesures d’hygiène

Désinfection des locaux, lavage des mains : même en pleine nature, le gel antiseptique sera de mise.

Source : Association des camps du Québec