Richard Lacasse pensait avoir pris sa retraite l’an dernier. C’était sans compter sur son ancien stagiaire qui a su qu’ensemble, les deux enseignants d’éducation physique formeraient l’équipe idéale pour donner des cours, même en pandémie.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

L’année scolaire s’était terminée en plein confinement, en enseignement à distance. Quand il évoque son départ à la retraite en juin 2020, Richard Lacasse parle du petit party « à deux mètres, dans le gymnase » que lui ont organisé ses collègues, et des témoignages sentis qu’il a reçus.

C’est aussi d’un sentiment « de vide » que se souvient le prof. Après trois décennies passées au primaire, cette fin de carrière loin des jeunes était abrupte.

N’empêche qu’à 60 ans, le nouveau retraité savait quoi faire de ses journées retrouvées. « Je m’étais fait un bel horaire, avec plein de choses que j’aime… » commence-t-il, avant d’être interrompu par une élève qui passe sur le trottoir.

« Monsieur Richard ! », crie-t-elle en faisant de grands gestes. « C’est Alexie », observe l’enseignant en lui retournant les salutations.

La retraite, donc. Il y aurait du golf, du pickleball (tennis léger), de la cuisine. De chez lui, en septembre, Richard Lacasse a bien entendu le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, appeler les retraités de l’enseignement à retourner dans les écoles pour aider, mais il dit à la blague qu’il a cru que c’était « pour des vrais profs, pas des profs d’éducation physique ».

« Je ne me sentais pas concerné tant qu’on ne m’appelait pas personnellement », ajoute-t-il.

Enseignant d’éducation physique lui aussi, Philippe Clément aura finalement eu plus de poids qu’un ministre. Quand il a su que sa collègue devait s’absenter pendant quelques semaines, il a pensé à Richard Lacasse, qu’il a connu en entraînant son fils au patinage de vitesse.

Ce dernier l’a aussi accueilli comme stagiaire pendant ses études en enseignement.

« C’est lui qui m’a donné le goût d’enseigner. Quand j’entraînais au patin, il m’a dit : tu serais un bon prof d’éduc », relate Philippe Clément, qui travaille dans les écoles depuis quatre ans.

L’appel personnel au prof retraité, il l’a fait. « Je me retrouvais seul en éducation physique, dans un contexte de COVID. Je savais qu’on serait le match parfait », explique l’homme de 28 ans.

C’était la première année de Philippe Clément à l’école primaire Cardinal-Léger, située à Anjou. Richard Lacasse était tout désigné pour faire équipe avec lui : il n’a pas terminé sa carrière dans cette école, mais y a passé 14 ans. Il n’a pas su dire non à Philippe. La désinfection des ballons, les cours donnés à des bulles-classes, ils l’ont fait ensemble.

« C’est rendu un collègue, maintenant, il ne faut pas trop que je joue au père avec lui », dit M. Lacasse en riant.

Une fin d’année plus « normale »

Pour la directrice de l’école Cardinal-Léger, l’arrivée en novembre de cet enseignant d’expérience a été salutaire. En temps de pandémie, « c’est rassurant pour les élèves de voir quelqu’un qu’ils connaissent », dit Nancy Gagné.

Mardi, c’était la dernière journée de classe à l’école primaire. Le remplacement de quelques semaines aura finalement duré plusieurs mois, et Richard Lacasse explique que, cette fois, il quitte la profession avec le sentiment de quelque chose de plus achevé.

Cette retraite-ci est-elle la bonne ? Au téléphone, la veille de la rencontre avec La Presse, Richard Lacasse assurait que oui. Mardi, assis devant l’école Cardinal-Léger, il nuançait déjà. Il sera peut-être présent l’an prochain pour faire un peu de bénévolat, dit-il, avant d’ajouter qu’une journée de travail par semaine est envisageable pour aider son collègue Philippe dans un projet.

La directrice Nancy Gagné précise à la blague qu’elle a « le premier choix au repêchage » de l’enseignant.

« J’ai dit à mes élèves que je reviendrais les voir », admet Richard Lacasse. Comme les jeunes de 6année qui terminaient leurs études primaires mardi, l’enseignant sait que, même après 32 ans, quitter l’école primaire n’est pas une mince affaire.

Une fin d’année où les élèves « ne veulent pas s’en aller »

La directrice de l’école primaire Cardinal-Léger observe que les élèves sont particulièrement tristes de la fin des classes cette année. « Ils sont mitigés entre l’idée de s’en aller en vacances et le fait qu’ils sont bien à l’école », dit Nancy Gagné.

La fermeture des écoles primaires pendant plus de trois mois l’an dernier y serait-elle pour quelque chose ?

« Je pense qu’il y a des enfants qui ont trouvé ça extrêmement dur, qui ont été longtemps confinés en appartement. [Le printemps dernier], on a fait des tournées dans les maisons et on a vu des gens avec les rideaux fermés, qui ne sortaient pas de chez eux », relate la directrice.

Cette année, les fermetures de classe causées par la COVID-19 n’ont pas été plus faciles. « Il est arrivé une fois où j’ai dû l’annoncer aux enfants. J’ai vu tout leur désespoir. Ils sont jeunes, ils réagissent autrement, mais je ne pensais pas qu’il y aurait autant d’émotions », dit Nancy Gagné.

Que retiendra-t-elle de cette année scolaire marquée par les mesures sanitaires ? « On a tout fait en équipe. La solidarité, la force du groupe, on l’avait déjà, mais pas à ce point-là. Ç’a été la plus belle découverte », conclut la directrice.