Alors que Québec évoque des problèmes de gouvernance qui datent de plusieurs années au centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), Catherine Harel Bourdon, ex-présidente de l’ancienne mouture de l’organisation, estime que c’est plutôt la réforme scolaire « dysfonctionnelle et technocratique » de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui a mené à la mise en tutelle du plus important centre de services scolaire au Québec.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

« Le ministère et le ministre [de l’Éducation] discréditent le passé pour ne pas assumer leurs propres responsabilités », dénonce Catherine Harel Bourdon, ex-présidente de l’ancienne Commission scolaire de Montréal et actuelle porte-parole du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MEMO).

En point de presse, Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, a fait valoir mercredi que « ça [faisait] quelques semaines, sinon quelques mois qu’il n’y [avait] plus quorum au conseil d’administration. Or, le conseil d’administration est extrêmement important dans la nouvelle gouvernance. On a des gens de la communauté, des gens du personnel, des écoles et des parents. C’est le cœur même de la nouvelle gouvernance ».

Sur les 15 membres du conseil d’administration, 8 ont démissionné au cours des derniers mois, paralysant le conseil d’administration et, partant, le CSSDM.

Le ministre Roberge a cependant ajouté – comme le disait à peu de choses près le communiqué du Ministère mercredi – que les problèmes de gouvernance « dataient de plusieurs années, bien avant l’adoption de la loi 40 [qui a transformé les commissions scolaires en centres de services scolaires]. Il y avait eu des signes avant-coureurs ».

En entrevue avec La Presse, Catherine Harel Bourdon a défendu son bilan, se disant très fière du travail accompli par son équipe, que ce soit « en matière de gouvernance démocratique, de gestion financière malgré la décennie d’austérité […], de relations harmonieuses avec les parents et leurs représentants ».

Claudia Landry, directrice des communications au cabinet du ministre de l’Éducation, a assuré que la tutelle – en place pour au moins six mois – ne risquait pas de se traduire par des coupes particulières et que les parents et les écoles n’avaient rien à craindre à ce sujet.

Le CSSDM a refusé de commenter sa mise en tutelle jeudi.

Au cabinet du ministre, on n’a pas précisé la nature des problèmes des dernières années.

Au printemps 2020, le CSSDM a publié un communiqué annonçant « un budget équilibré pour une quatrième année consécutive ». La pandémie a cependant amené le gouvernement à éponger certaines pertes au CSSDM, comme ç’a été le cas dans d’autres centres de services scolaires.

« Pas une bonne nouvelle »

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, indique que la tutelle, « c’est exactement ce qu’on ne voulait pas qu’il arrive », et elle estime, elle aussi, que la situation actuelle est une conséquence de la réforme scolaire.

Pour nous, une tutelle, ce n’est pas une bonne nouvelle. Pendant la pandémie, on a travaillé beaucoup avec le centre de services, on a trouvé beaucoup de solutions ensemble. Les relations patronales-syndicales ne sont pas toujours faciles, mais on est arrivés à des choses intéressantes. Les relations de travail sous forme de tutelle, ça change la dynamique. C’est inquiétant.

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal

Marc-Étienne Deslauriers, président du Comité de parents de la commission scolaire de Montréal, croit qu’« il faut travailler sur la gouvernance, la façon dont les choses se font. On est dans le fonctionnement, pas dans l’attribution de budgets ».

Il dit se faire poser la question : « Mais qu’est-ce qui se passe à Montréal ? » « Je saisis l’occasion pour leur demander :
“Qu’est-ce que vous faites pour que ça aille si bien chez vous ?” »

Il prend l’exemple de Laval, où « la direction générale, le conseil d’administration, le comité de parents, tous les gens se parlent, entendent les propositions ».

Claudia Landry, du cabinet du ministre de l’Éducation, défend la réforme scolaire de la CAQ. « Relativisons les choses : nous parlons d’un centre de services scolaire sur 60. »

Caroline Lemieux, directrice des communications à la Fédération des centres de services scolaires du Québec, ne mentionne quant à elle que cet autre cas, celui des Chic-Chocs, où 5 membres sur 15 ont démissionné en mars 2021, dont le président.

Cela ne touche cependant pas le quorum.

Avec La Presse Canadienne