(Québec) Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, reconnaît que les garderies du Québec vivent « une tempête parfaite », alors que les parents d’enfants qui fréquentent le réseau craignent d’être confrontés à une multiplication de bris de services cet été.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Le ministre explique en trois points le « casse-tête » auquel sont confrontées les directions de Centres de la petite enfance (CPE) et de garderies : le manque de personnel « qui s’est aggravé avec la pandémie », des familles qui pourraient prendre moins de vacances qu’à l’habitude et des règles sanitaires strictes exigées par la Santé publique.

« Je comprends très bien la réalité [des parents] », affirme Mathieu Lacombe, qui dit reconduire lui-même son fils au CPE le matin, mais « ce n’est pas vrai qu’on peut régler des problèmes qui se sont construits en dix ans en quelques semaines ».

Le ministre assure qu’il a demandé à la direction de la Santé publique si des assouplissements aux mesures sanitaires sont prévus dans les prochains mois, alors qu’on annonce ces jours-ci de tels assouplissements pour la rentrée scolaire du primaire à l’université.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Une « crise » en milieu familial

Mathieu Lacombe reconnaît également que les services de garde en milieu familial vivent de leur côté une « crise », contre laquelle il a proposé jeudi un plan de relance. Depuis 2014-2015, plus de 4000 places se perdent au net chaque année dans ce réseau en raison d’un exode des éducatrices, illustre-t-il.

« C’est comme si on avait l’équivalent d’un gros CPE par semaine qui ferme ses portes depuis 364 semaines. […] C’est majeur. C’est ce qui explique le bond important qu’on a vu sur la liste d’attente de la Place 0-5 ans », affirme le ministre. Le plus récent bilan chiffre à 51 000 le nombre d’enfants qui attendent au guichet unique d’accès aux services de garde.

Pour freiner la fermeture des services de garde en milieu familial, Québec débloque 200 millions sur cinq ans afin d’offrir, en premier lieu, une aide financière de 3000 $ par année aux responsables de ces services de garde qui auront six places. Ensuite, le gouvernement offre une aide financière de 6000 $ à celles qui offriront neuf places plutôt que six, avec l’aide d’une assistante. Ces deux sommes sont cumulables, ajoute le ministre.

Finalement, Mathieu Lacombe ajoute un incitatif financier de 3500 $ aux personnes qui souhaitent intégrer le réseau et ouvrir un service de garde en milieu familial. « Avec ces investissements, le ministre de la Famille démontre qu’il croit en la force, l’expertise et la qualité des services offerts dans les milieux familiaux et qu’il désire les placer au cœur de l’avenir des services éducatifs à la petite enfance », a réagi jeudi la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ).

M. Lacombe rappelle que le Québec comptait il y a sept ans 15 607 responsables de services de garde en milieu familial. Il en reste 11 121 aujourd’hui. Selon lui, cet exode s’explique en raison de revenus insuffisants et de lourdeurs administratives, qu’il promet de corriger.

Une annonce tardive

Selon le porte-parole libéral en matière de Famille, Marc Tanguay, l’annonce d’aujourd’hui est positive, mais elle arrive tard. « [Mathieu Lacombe] doit impérativement améliorer les conditions de travail des éducatrices. Des négociations sont actuellement en cours, la CAQ doit offrir un véritable rattrapage salarial », a-t-il affirmé.

« Pendant que le ministre dit aux parents d’être patients et de lui faire confiance pour la création de places, il n’est même pas en mesure d’assurer le service pour les places existantes. Comment lui faire confiance quand chaque jour qui passe sans bonification des conditions des éducatrices nous démontre qu’il n’est pas pressé de régler la pénurie ? », a également affirmé la députée Christine Labrie de Québec solidaire.

« Il faut un plan global, pour contrer la pénurie, avec un rattrapage salarial massif. Sans éducatrices, toute annonce à venir de nouvelles places risque de s’écrouler comme un château de sable et ce sont encore, les parents du Québec qui en feront les frais », a déploré la députée péquiste Véronique Hivon.

En ce moment, 72 000 enfants fréquentent des services de garde en milieu familial dans la province. Avec son plan, le gouvernement espère freiner l’exode dans ce réseau et créer, d’ici trois ans, 7000 nouvelles places (pour un total de 79 000 enfants d’ici 2024).

Par ailleurs, plus tôt dans le mandat, le ministre Lacombe a aussi promis de créer 15 000 nouvelles places, principalement cette fois-ci dans les CPE et les garderies privées subventionnées, d’ici aux prochaines élections. Cet engagement n’a pas été renouvelé, alors qu’il s’est créé depuis 2500 places et que Québec espère en créer entre 5000 et 7000 d’ici au 31 mars prochain.

Avec Tommy Chouinard, La Presse