Dans le procès civil intenté par Dannick Lessard, la défense a avoué qu’il s’agissait d’un « dossier émotivement difficile à plaider ». Toutefois, malgré toute la sympathie qu’elle éprouve à l’endroit de cet homme qui a été criblé de balles par Ryan Wolfson, elle a affirmé que le Service correctionnel du Canada n’avait pas commis de faute en accordant la libération d’office au délinquant.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« C’est le dossier le plus difficile que j’aie eu à traiter de toute ma carrière », a lancé d’emblée le représentant du ministère de la Justice, MNicholas Banks, mercredi au palais de justice de Montréal. L’ex-hockeyeur Dannick Lessard réclame 3,2 millions aux autorités fédérales pour avoir accordé une libération d’office à Ryan Wolfson pendant laquelle il a commis une série de meurtres et de tentatives de meurtre.

Bien entendu, avec le recul et en analysant les évènements qui ont suivi sa détention, on peut sourciller devant la décision des services correctionnels, étant donné qu’à la suite de sa libération d’office, il s’est évadé de sa maison de transition et a commis plusieurs crimes graves, a plaidé MBanks. Mais, d’après lui, les agents de libération correctionnelle n’ont pas commis d’erreur dans l’examen préliminaire. Et c’est l’élément qui est au cœur du litige, puisque c’est ce qui a notamment permis à Ryan Wolfson de purger le dernier tiers de sa peine dans une maison de transition.

Un agent de libération conditionnelle doit tenir compte de plusieurs facteurs pour évaluer s’il maintient en établissement carcéral le délinquant. « Ce n’est pas un processus objectif », a souligné MBanks. Ce qui a entre autres fait pencher la balance en faveur de Wolfson pour l’obtention de sa libération d’office, en 2012, est le fait qu’il avait été incarcéré pour vols par effraction, ce qui n’est pas considéré comme un délit violent. Dans son dossier, on notait également une « absence de passage à l’acte violent depuis 2007 » et l’absence de consommation de substances illicites.

MBanks a aussi rappelé l’importance de la réinsertion sociale des délinquants dans notre société. « Ce qu’on vise ultimement, c’est la réadaptation. »

Le juge Bernard Jolin, de la Cour supérieure, a tout de même soulevé que la sécurité de la population était aussi un élément majeur à examiner avant d’accorder une libération d’office à un détenu. « L’examen préliminaire est fait pour protéger le public, non ? », a-t-il demandé aux avocats de la défense. MBanks lui a donné raison.

Le juge Jolin a aussi posé plusieurs questions sur la limite du pouvoir discrétionnaire des agents de libération correctionnelle. Ils n’ont certainement pas carte blanche, a-t-il souligné. « Sinon, ça veut dire que peu importe la décision, jamais les agents de libération correctionnelle ne seraient redevables. » MBanks a opiné en ajoutant qu’effectivement, les agents n’étaient pas infaillibles.

Tout comme les deux premières fois où Wolfson s’est retrouvé en maison de transition, il s’est de nouveau échappé en 2012. « La surveillance était adéquate », s’est pourtant défendue la défense.

Quelques mois plus tard, Wolfson a commis plusieurs crimes, dont la tentative de meurtre dont a été victime Dannick Lessard, le 28 octobre 2012.