(Québec) Les programmes collégiaux en santé connaissent un regain de popularité, selon les demandes d’admission reçues pour la prochaine rentrée d’automne. Mais alors que le nombre total d’élèves qui cognent à la porte des cégeps est aussi en croissance, un feu rouge s’allume : on pourrait devoir recourir aux classes mobiles — les fameuses roulottes — pour accueillir bientôt les nouveaux élèves et ceux dont la pandémie a ralenti le parcours.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

La Presse a demandé aux trois services d’admission au collégial de la province (SRAM, pour le Grand Montréal et l’ouest du Québec ; SRACQ, pour le centre et l’est du Québec, la Capitale-Nationale et la Côte-Nord ; SRASL, pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean) le portrait des demandes d’admission reçues au premier tour, le 1er mars dernier. À l’échelle nationale, leur nombre est en légère hausse, sinon stable.

« C’est positif. On peut penser que moins de jeunes ont décidé de prendre une année sabbatique d’études pour travailler ou voyager », affirme Geneviève Lapointe, du SRAM.

Les trois services d’admission ont aussi noté un regain de popularité pour les techniques biologiques, y compris les soins infirmiers. Au SRAM, le nombre de demandes d’admission pour ce programme spécifique est en hausse de 15 % par rapport à l’année dernière. Il est de 30 % au SRACQ.

« Avec toutes les nouvelles qu’on a vues depuis le début de la pandémie, ça suscite un intérêt chez les jeunes et ça fait appel à notre côté missionnaire. Je pense que les gens sentent cet appel d’aider leur prochain », estime le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay.

Mais « les besoins en main-d’œuvre dans les domaines comme les soins infirmiers sont immenses. Même si on assiste à une légère hausse, on est loin du compte », ajoute-t-il.

Aider les futurs élèves

Béatrice Landry-Belleau, membre de l’exécutif de la nouvelle Association étudiante en sciences infirmières et en soins infirmiers du Québec, presse déjà les établissements d’enseignement à mieux préparer la transition entre les bancs d’école et les stages.

On sort de l’école et on se fait tout de suite demander d’être une experte et d’avoir l’expérience d’une infirmière dans le domaine depuis 30 ans.

Béatrice Landry-Belleau, membre de l’exécutif de la nouvelle Association étudiante en sciences infirmières et en soins infirmiers du Québec

« Puisqu’on travaille dans des milieux stressants, on retrouve dès les premiers stages des niveaux de stress très élevés chez les étudiants. Il faut un encadrement des nouveaux stagiaires qui sera davantage axé vers une transition progressive », ajoute Mme Landry-Belleau.

Manque d’espace

Dans les cégeps, Bernard Tremblay souligne aussi qu’il ne faut pas perdre de vue un autre enjeu, de plus en plus pressant : le manque d’espace. Seulement dans le Grand Montréal, les collèges prévoient accueillir plus de 28 000 nouveaux élèves d’ici 10 ans. Et « ça prend beaucoup de temps, de plus en plus de temps, avant de faire de la construction ou des rénovations », rappelle-t-il.

Au même moment, un nombre important d’élèves ont choisi d’avoir la mention « incomplet » à l’un de leurs cours depuis le début de la pandémie, afin d’éviter un échec. Tôt ou tard, pour obtenir leur diplôme, ils devront reprendre ces cours. Alors que d’autres arrivent derrière eux.

À court terme, M. Tremblay estime qu’il faut « maximiser les espaces, faire des acrobaties avec les horaires et louer des espaces temporaires ». Le tout pourrait mener à l’installation « des fameuses roulottes », une solution de dernier recours.

Au cégep, on doit motiver les jeunes à rester dans leurs cours, parce qu’ils peuvent quitter en tout temps pour le marché du travail. Ils ont besoin d’espaces qui donnent le goût d’étudier.

Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps

À plus long terme, la Fédération des cégeps et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) s’entendent sur une solution qu’elles jugent prometteuse : mousser la popularité du programme de mobilité interrégionale, pour amener plus d’élèves à quitter les zones urbaines (Montréal, Québec) et donner la chance aux autres régions.

« Ces programmes existent, mais ils ne produisent pas les effets escomptés. Il faut les rendre encore plus accessibles », estime Bernard Tremblay, une position soutenue par la FECQ.

Une rentrée particulière

La prochaine rentrée sera aussi particulière dans l’ensemble des cégeps, qui accueilleront pour la première fois des élèves dont les deux dernières années au secondaire ont été chamboulées par la COVID-19. Selon Simon Larose, professeur titulaire au département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, « les études à l’international estiment que [la pandémie aurait causé] des retards d’apprentissage entre 30 et 50 % ».

Autrement dit, « on s’attend à ce que les étudiants qui se présenteront au collégial aient certains retards scolaires, estime-t-il. Des retards qui ne seront pas incontournables, mais avec lesquels les [cégeps] devront composer » en amont. Si possible, avant même la rentrée.

La présidente de la FECQ, Noémie Veilleux, estime également que l’accueil des élèves devra être revu. « Il faut prévoir une bonne transition entre le secondaire et le collégial. La manière dont la transition vers le collégial est faite a un impact significatif sur la réussite des étudiants », affirme-t-elle.

« Les élèves de cinquième secondaire de cette année ont vécu deux années scolaires en pandémie. Beaucoup de notions n’ont pas été acquises à cause de la crise. Ça sera important qu’ils aient une mise à niveau méticuleuse en arrivant au cégep pour que tout le monde parte sur les mêmes bases », ajoute Mme Veilleux.