Dans un long message publié sur sa page Facebook samedi, le premier ministre François Legault a promis que son gouvernement agira rapidement pour protéger la liberté académique et la liberté d’expression, alors qu’une « poignée de militants radicaux » tentent selon lui « de censurer certains mots et certaines œuvres ».

Publié le 13 févr. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Ce problème-là est parti de nos universités, et je pense que c’est là qu’on va devoir le régler en premier. La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, est en train de se pencher là-dessus avec les milieux universitaires pour agir rapidement », écrit le chef caquiste dans son message du samedi matin à la population, une habitude qu’il a prise depuis quelques semaines déjà.

Il fait référence à la controverse qui a récemment frappé l’Université d’Ottawa, où la professeure Verushka Lieutenant-Duval a été suspendue pour avoir utilisé le « mot commençant par la lettre N » pendant un cours, après avoir été dénoncée par des étudiants. La polémique avait ensuite repris sur le web, quand des professeurs appuyant leur collègue avaient été ouvertement critiqués.

M. Legault trouve « inquiétant » le fait que plusieurs enseignants ont dénoncé subir de la cyberintimidation, à la suite de leur prise de parole. « De plus en plus de gens se sentent intimidés. Ils se sentent forcés de s’autocensurer, de peur de se faire insulter et dénoncer sur la place publique », dit le premier ministre.

On voit arriver ici un mouvement parti des États-Unis et franchement, je trouve que ça ne nous ressemble pas. […] Ça va trop loin. La situation est en train de déraper. C’est le temps qu’on ait une sérieuse discussion tous ensemble.

François Legault, premier ministre du Québec

Reconnaissant que « l’utilisation de certains mots peut blesser » et « qu’il faut reconnaître la douleur de ceux qui la ressentent », M. Legault affirme toutefois que « leur juste cause ne doit pas être détournée par des radicaux qui veulent censurer, museler, intimider et brimer notre liberté de parole ». « Entre blessure et censure, on doit tracer une ligne », illustre-t-il.

D’abord des « lieux de débats »

Puis, le chef du gouvernement appelle au dialogue. Il affirme que nos universités devraient d’abord « être des lieux de débats respectueux, sans censure et de recherche de vérité, même quand la vérité peut choquer ». « On va faire ce qu’il faut pour aider nos universités à protéger notre liberté d’expression », assure-t-il.

« Si on commence à s’autocensurer par peur de se faire insulter, ou si on ne défend pas quelqu’un qui est victime de ça, on joue le jeu des radicaux. Je comprends que ça puisse faire peur, mais on doit se tenir debout, rester fermes. Plus on sera nombreux à refuser de céder à l’intimidation d’une minorité de radicaux, plus la peur reculera », persiste encore l’élu.

Il rappelle avoir lui-même « fait l’expérience » de censure, en novembre, quand l’Association des libraires du Québec (ALQ) avait supprimé une liste de ses coups de cœur littéraires après avoir reçu certaines critiques à l’égard du livre de Mathieu Bock-Côté. L’ALQ s’était ensuite excusée et avait republié l’intégral de la liste. « Des militants ont essayé de censurer mes suggestions », déplore François Legault.

« La liberté d’expression fait partie des piliers de notre démocratie. Si on se met à faire des compromis là-dessus, on risque de voir la même censure déborder dans nos médias, dans nos débats politiques. On ne voudra plus rien dire », conclut le premier ministre.