(Québec) Le programme de tutorat annoncé par Québec au début janvier pour aider les élèves en difficulté est « trop long » à mettre en place, dénoncent des intervenants du milieu de l’éducation, alors que le gouvernement Legault met en ligne mercredi une plateforme pour recruter des tuteurs.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé mercredi par voie de communiqué que le programme de tutorat accompagnera les élèves en difficultés à long terme, jusqu’en juin 2022. Pour ce faire, Québec invite les étudiants collégiaux et universitaires, ainsi que le personnel retraité de l’éducation, à s’inscrire par le biais de la plateforme Répondez présent pour devenir tuteur et être rémunéré.

Les enseignants actuellement en poste et les suppléants devront de leur côté soumettre leur candidature directement à leur centre de services scolaire, à leur commission scolaire ou à leur établissement d’enseignement privé, a prévu Québec.

Le président de la Fédération des comités de parents, Kévin Roy, salue l’arrivée du programme, attendue de pied ferme depuis une première annonce du ministre, le 8 janvier dernier.

Mais « on ne pouvait pas se permettre de perdre [les dernières] semaines, qui auraient pu servir pour [lancer] le tutorat, déplore-t-il. Le programme est bon, mais c’est long de le mettre en place. On vient d’ouvrir une page web [de recrutement], mais par le temps tout ça se mette en place, j’ai peur qu’on soit rendu en mars. On aurait pu faire plus vite. »

Le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Nicolas Prévost, a un avis similaire. S’il salue la qualité du programme, il déplore que le réseau de l’éducation en prenne connaissance par voie de communiqué, alors qu’il manque toujours des détails sur la marche à suivre pour le mettre en place dans les semaines à venir.

« Le temps d’avoir tous les morceaux, d’attacher tous les fils pour partir le programme et qu’il soit fonctionnel, ça va prendre encore une semaine ou deux minimums. Est-ce que c’est trop long ? Oui », affirme-t-il.

Un programme attendu comme « le supplice de la goutte »

À Québec, les porte-paroles des partis d'opposition en matière d'éducation se disent « exaspérées » des délais avant que les élèves en difficultés d'apprentissage aient accès au tutorat qui leur a été promis.

« C'est le supplice de la goutte en termes d'information », déplore la députée péquiste Véronique Hivon, qui rappelle qu'un programme de tutorat est demandé depuis la première vague de COVID-19 du printemps dernier qui a mené à la fermeture des écoles.

« Ça manque de sérieux. C’est à croire que quand le ministre fait une annonce, il ne fait que réfléchir à voix haute. Le besoin est présent depuis le printemps passé, les renforts annoncés cet automne n’arrivent pas [...]. En attendant de voir combien d’élèves sont en échec pour agir, le ministre de l’Éducation manque à sa responsabilité de fournir aux élèves les moyens de réussir », dénonce à son tour la députée de Québec solidaire Christine Labrie.

« Le ministre n’a aucune raison d’être en retard dans la remise de ses devoirs. Les problèmes liés aux retards d’apprentissage étaient connus de tous, et ce, depuis plus de six mois et les solutions aussi. [...] Depuis plusieurs mois, nous avons proposé au ministre de l’Éducation d’appeler en renfort les étudiants collégiaux et universitaires, ainsi que les enseignants à la retraite. Malgré qu’il trouvait l’idée bonne, il n’a bougé d’un iota pendant des mois sur cette proposition », affirme pour sa part la libérale Marwah Rizqy.

Du côté syndical, la vice-présidente à la vie professionnelle de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Nathalie Morel, déplore que la mise en place du programme soit « trop lente », alors qu'on « savait déjà à l'automne qu'il y avait des retards d'apprentissage et que les besoins étaient grands ». Mme Morel, qui salue la mise en place de ce « nouvel outil » qui aidera les élèves en difficultés d'apprentissage, demande à Québec d'assurer que la mise en chantier du programme ne reposera pas sur les enseignants déjà « surchargés » de travail.

La présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), Josée Scalabrini, souligne pour sa part que le programme de tutorat est un bon point de départ, mais qu'il ne prévoit pas des sommes suffisantes pour répondre aux besoins réels des élèves dans les écoles de la province.

Des sommes supplémentaires

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a également annoncé mercredi la conclusion de partenariats avec Alloprof et Tel-jeunes, un investissement de près de 12 millions de dollars.

L’organisme Alloprof recevra ainsi plus de 7,3 millions sur deux ans dans le but de mettre sur pied de nouveaux services de soutien pédagogique et d’accompagnement pour les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage ou qui présentent des risques d’échec scolaire.

Tel-Jeunes aura de son côté droit à une somme de plus de 4,5 millions sur deux ans pour offrir un soutien aux jeunes, notamment avec l’ajout de 200 heures d’intervention par semaine pendant les périodes de pointe.

Québec prévoit également annoncer « une série de mesures complémentaires » sur la réussite scolaire au cours des prochaines semaines, moyennant des investissements supplémentaires de près de 38 millions de dollars.

-Avec La Presse Canadienne