Près du tiers des étudiants au pays envisagent de ne pas retourner au cégep ou à l’université à l’automne en raison de la pandémie. Certains évoquent des problèmes financiers, d’autres la piètre qualité des apprentissages en ligne.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Dans un sondage commandé par l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) et la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE), 77 % des étudiants canadiens se disent « inquiets » de leur avenir, en bonne partie en raison de l’impact financier de la crise sanitaire.

Un répondant sur deux a dit que la crise de la COVID-19 avait rendu « le paiement des frais de scolarité plus difficile » et le « coût de la vie moins abordable ». Et 70 % d’entre eux ont déclaré que leur projet d’emploi d’été avait été compromis en raison de la pandémie.

En plus de la qualité des cours en ligne, les problèmes financiers des étudiants ont ainsi incité 30 % d’entre eux à envisager de ne pas s’inscrire dans un établissement postsecondaire au trimestre d’automne.

« Ça confirme ce qu’on craignait, dit Geneviève Charest, de la FCEE. Il y a une grande incertitude chez les étudiants. S’ils ne travaillent pas cet été, ils perdent une de leur grosse source de revenus. Puisqu’ils ne veulent pas trop s’endetter, ils sont susceptibles de ne pas poursuivre leurs études universitaires et collégiales. Ça touche surtout les femmes, les minorités visibles et les personnes LGBTQ qui préfèrent ne pas y aller plutôt que de s’endetter trop. »

Des établissements scolaires comme l’Université de Montréal et l’Université McGill ont déjà annoncé que les cours de l’automne prochain se donneront principalement à distance.

La porte-parole de la FCEE ajoute pour sa part que bien des étudiants ont moins d’intérêt et de motivation à suivre des cours en ligne, surtout si les droits de scolarité sont les mêmes que s’ils étaient en classe.

« On aimerait la gratuité scolaire, au moins pour le prochain trimestre. En plus, on a vu dans l’histoire que lors de grandes crises comme celle que nous vivons, les gens se tournent vers l’école pour se réorienter, dont ceux qui ont perdu leur emploi. La gratuité pourrait les inciter à le faire », explique Geneviève Charest.

L’ACPPU est aussi d’avis qu’il serait important que les Canadiens puissent recevoir une formation sans s’endetter davantage.

Comme l’a fait le fédéral pour les anciens combattants après la Seconde Guerre mondiale, elle aimerait l’élaboration d’un programme d’aide financière. « Cette aide fédérale, à l’image de celle offerte après la guerre, pourrait comprendre à la fois une aide directe aux étudiants sous forme de bourses et des subventions aux universités et collèges pour couvrir les coûts des dispenses de frais de scolarité », peut-on lire dans une lettre envoyée par l’ACPPU à Justin Trudeau, le 29 avril dernier.

« Si on coupe dans les universités à cause du manque d’inscriptions, on risque d’hypothéquer une future génération. Et ce n’est pas en coupant des programmes que ça va mieux aller », affirme Valérie Dufour, directrice des communications de l’ACPPU.

La collecte des données s’est déroulée entre le 23 avril et le 1er mai. Au total, 1100 élèves de niveau secondaire (300) et étudiants de niveau postsecondaire au Canada (800) ont répondu au sondage. Les répondants avaient 17 ans et plus.