Surnommée « la prison » ou « le bunker », l’école Louis-Joseph-Papineau accueille entre ses murs des élèves qui, lorsqu’ils sont en classe, ne voient pas la lumière du jour. C’en est assez, disent les membres du conseil d’établissement de cette école du quartier Saint-Michel, qui en sont à faire signer une pétition pour qu’on perce des fenêtres dans le bâtiment.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Jacques Langlois n’en démord pas. Il faut « coûte que coûte que les élèves du quartier Saint-Michel puissent bénéficier d’une école normale », dit le président du conseil d’établissement de l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau.

La « normalité » dans cette école très défavorisée, qui accueille des élèves provenant de partout dans le monde, ce serait d’avoir des fenêtres pour voir dehors. Or, le bâtiment de béton construit au début des années 70 n’en possède pas, ou si peu.

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Jacques Langlois, président du conseil d’établissement de l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau

C’est une situation inacceptable, mais ça ne semble pas être un dossier prioritaire pour la Commission scolaire de Montréal. Je me retrouve obligé de m’assurer que ce problème ait une grande visibilité.

Jacques Langlois, président du conseil d’établissement de l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau

Dans le quartier, la situation est pourtant connue depuis longtemps. « J’ai vu des générations passer par là. C’est une évidence pour tout le monde : cette école n’a pas de fenêtres, ça ne peut pas rester comme ça. Personne ne conteste le fait que ce n’est pas normal, mais pour aller vers l’exécution des travaux, c’est compliqué », dit le coordonnateur de l’organisme Forum jeunesse de Saint-Michel, Mohamed Mimoun.

Il note que dans le même quadrilatère que l’école Louis-Joseph-Papineau se trouvent des écoles privées, des « institutions modernes ».

« On a juste à côté l’école Louis-Jo, comme une prison. Dans la tête des jeunes, voilà une autre école, mais parce qu’elle est fréquentée par des jeunes modestes, pauvres, issus de l’immigration et nouvellement arrivés dans le quartier, ils ont cette école-là », dit Mohamed Mimoun.

« Avant-hier »

La Commission scolaire de Montréal a annoncé la semaine dernière qu’elle allait mandater des architectes et ingénieurs pour « planifier des travaux de réfection de l’enveloppe extérieure et l’ajout de fenêtres » à l’école Louis-Joseph-Papineau.

Impossible de savoir quand les travaux pourraient être réalisés. Pourquoi n’ont-ils pas été faits avant ? « Maintenant, il y a de l’argent. Malheureusement, il a fallu aller aux travaux les plus urgents. Les fenêtres sont des travaux importants parce qu’ils améliorent la qualité de vie pour les élèves, mais ce n’était pas des travaux d’urgence », dit la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon.

Le député libéral de Viau a grandi dans le quartier et se décrit comme un « p’tit gars de Saint-Michel ». Il estime que c’est « avant-hier » qu’on aurait dû donner aux 1200 élèves de l’école secondaire des vues sur l’extérieur.

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La Commission scolaire de Montréal a annoncé la semaine dernière qu’elle allait mandater des architectes et ingénieurs pour « planifier des travaux de réfection de l’enveloppe extérieure et l’ajout de fenêtres » à l’école Louis-Joseph-Papineau.

« Ça n’a pas d’allure quand on connaît la réalité de cet environnement-là. On est en train de se battre contre le décrochage scolaire, contre la délinquance juvénile, contre différents enjeux. Ça prend une mobilisation active et tenace, un grand leadership pour dire que c’est un projet prioritaire en termes d’immobilisation », dit Frantz Benjamin.

Le travail « extraordinaire » fait par le personnel de l’école « ne peut pas suppléer au fait que chaque jour, des jeunes vont dans cette école pas accueillante, repoussante », poursuit-il.

Le député provincial a interpellé le ministre de l’Éducation à ce sujet en commission parlementaire en septembre 2019. Ce dernier a expliqué qu’il n’attendait que la demande de rénovation de la commission scolaire pour l’approuver.

« Moi, je ne peux pas accepter les demandes qu’on ne me fait pas. J’ai bien hâte de recevoir cette demande-là, puis j’ai bien hâte qu’on rénove [l’école], puis qu’on lui donne de l’amour puis un souffle de fierté », a dit Jean-François Roberge.

« Je veux juste des fenêtres »

Pour le président du conseil d’établissement de l’école Louis-Joseph-Papineau, les fenêtres sont d’autant plus importantes quand on sait que l’école héberge depuis plusieurs années les 520 élèves de l’école primaire Sainte-Lucie, qui est en rénovation et doit rouvrir en 2021. Certains pourraient donc faire tout leur parcours primaire et secondaire entre les murs de « Louis-Jo ».

Représentant de cette école située dans un quartier où bien des « parents ne peuvent pas exprimer le mécontentement parce qu’ils ne parlent pas la langue », Jacques Langlois n’a pas l’intention de lâcher le morceau de sitôt. Il y voit un outil de rétention des jeunes dans Saint-Michel.

« Je veux juste des fenêtres », dit-il.