Les élèves d’une classe de 5e année d’une école de Montréal, sans enseignant titulaire durant deux mois, ont été pendant deux jours sous l’autorité d’un fraudeur condamné à trois ans en prison, encore en libération conditionnelle.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

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Sylvain Bélair, ancien directeur du Cosmodôme de Laval, reconnu coupable de fraude en 2017, s’est présenté le 20 janvier devant des élèves de 5e année de l’école Saint-Paul-de-la-Croix, dans le quartier Ahuntsic, en leur disant qu’il serait leur enseignant pour le reste de l’année scolaire.

Malgré l’enthousiasme des jeunes, l’enseignant a quitté son poste après seulement deux jours, « pour des raisons administratives », a expliqué jeudi dernier la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel Bourdon.

La Presse a appris depuis que c’est la condamnation de Sylvain Bélair pour fraude qui posait problème.

La CSDM a simplement indiqué qu’elle vérifie les antécédents judiciaires des personnes qu’elle embauche et que son « processus de vérification a été respecté ». Mais elle a été incapable d’expliquer pourquoi Bélair s’est d’abord retrouvé responsable d’une classe, avant de se faire montrer la porte deux jours plus tard.

Les élèves eux-mêmes ont trouvé des informations au sujet du fraudeur, après son départ de l’école.

Entre les mailles du filet

« Comment se fait-il qu’un homme qui a fait trois ans de prison puisse passer entre les mailles du filet et que l’on empêche des immigrants enseignants dans leur pays d’avoir accès aux suppléances ? », demande Catherine Lemire, mère d’un élève de cette classe.

Cette histoire laisse un goût amer. S’il a pu passer, clairement leur système n’est pas infaillible. Je n’ai plus 100 % confiance.

Catherine Lemire

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Lemire et son fils Raphaël

En raison de la pénurie d’enseignants, ces élèves de 5e année ont eu une dizaine de remplaçants depuis novembre, une situation dénoncée par des parents, qui ont pensé à scolariser leurs enfants à la maison pour éviter qu’ils prennent trop de retard à cause de cette instabilité.

Une nouvelle remplaçante, embauchée pour toute la durée de l’absence de l’enseignante titulaire, devait entrer en poste lundi, à la suite du cafouillage de la semaine dernière.

Fraude pyramidale de 1,45 million

Sylvain Bélair, 53 ans, a été directeur du Cosmodôme de Laval pendant quatre ans, jusqu’à ce qu’il soit accusé, en 2014, d’avoir orchestré une fraude à la Ponzi qui a fait perdre 1,45 million de dollars à 46 personnes, de 2006 à 2009. Il promettait à ses victimes d’importants rendements si elles investissaient dans un projet immobilier en Chine, qui n’a finalement jamais existé.

Il a été condamné à trois ans d’emprisonnement en octobre 2017, en plus de se faire imposer une amende de 1,5 million. Il s’agit de l’une des peines les plus sévères obtenues par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

En libération conditionnelle depuis février 2018, après cinq mois derrière les barreaux, Sylvain Bélair doit faire 32 heures de travaux communautaires chaque mois.

Après avoir fait faillite en 2015, il se dit incapable de payer l’importante amende qui lui a été imposée, qui est donc remplacée par des travaux compensatoires.

Le rapport de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) indique qu’il n’a aucun antécédent de violence, mais que c’est son « attitude » qui l’a mené à commettre une fraude.

La CLCC mentionne son « égocentrisme », son « attrait pour l’argent et l’image qu’il permet aux yeux des autres », sa « propension à user de supercherie et de manipulation » et son « immaturité ».

Maquettes de fusées et robot R2D2 pour impôts impayés

En plus de la fraude pyramidale, Sylvain Bélair doit 434 000 $ à Revenu Québec pour des impôts impayés entre 2006 et 2009.

Pour recouvrer une partie de cette somme, le gouvernement a saisi sa collection d’objets reliés au domaine spatial pour les vendre aux enchères, en juillet 2018.

Parmi les pièces vendues, qui ont rapporté 6535 $, on retrouvait notamment 19 maquettes de fusées, dont une de la navette spatiale Discovery (vendue 230 $), un mannequin portant le scaphandre Apollo II « Armstrong » (1100 $), un cadre « John F. Kennedy » avec écusson du programme spatial (2000 $), un globe terrestre sur base de bois (210 $), un cadre Apollo II signé Buzz Aldrin (480 $) et un robot R2D2 miniature (30 $).

Sylvain Bélair semble avoir regarni sa collection depuis, puisqu’il est arrivé en classe la semaine dernière avec des maquettes de fusées, qui ont beaucoup impressionné les élèves.