Dans certaines écoles du Québec, les élèves passent jusqu’à 10 jours à la maison par année en vertu des « journées sans élèves », soit des journées de concertation entre enseignants qui ne comptent pas pour des journées pédagogiques. La formule controversée n’est pas sans conséquence pour les parents. 

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Un article de La Presse sur l’absentéisme des élèves a fait réagir bon nombre de lecteurs en octobre dernier, certains nous signalant que dans leur école, cet absentéisme était institutionnalisé par la direction elle-même.

À la Commission scolaire du Lac-Abitibi, la moitié des écoles expérimentent cette année cette idée de « journées sans élèves ». Une école primaire et une école secondaire ont chacune neuf de ces journées de concertation. D’autres écoles en ont huit, trois ou cinq.

Pour arriver néanmoins aux 180 jours de scolarisation obligatoire, « 5 à 10 minutes d’enseignement sont ajoutées à l’horaire de chaque jour », explique Isabelle Godbout, directrice générale de la Commission scolaire.

L’idée, c’est notamment de permettre aux enseignants d’échanger sur les meilleures stratégies d’enseignement et de lancer des projets communs, explique Mme Godbout.

Ces jours-là, des frais de service de garde ne sont pas imposés aux parents, assure-t-elle.

C’est par contre le cas à la Commission scolaire de Rouyn-Noranda, où les parents doivent débourser des sommes supplémentaires en service de garde lors de ces journées de concertation. Dans cette commission scolaire, les élèves du primaire n’ont pas classe une demi-journée par cycle de 10 jours. (Les élèves du secondaire, eux, n’ont pas de cours une journée complète toutes les deux semaines.)

Des ajustements 

Alex Pelchat, enseignant à Montréal et délégué syndical, a connu ce régime dans trois écoles où il a enseigné dans la métropole. Et il n’a pas du tout aimé cela. « Ça demande le plus souvent beaucoup d’aménagements de la part des parents pour quelque chose de non essentiel », estime-t-il.

Si l’attention des élèves peut être maintenue chez les adolescents, « chez les enfants de 6 ou 7 ans, en fin de journée, c’était difficile ».

On a déjà 20 journées pédagogiques pour en faire, de la concertation. Ce que j’ai observé, c’est que ces journées donnaient surtout carte blanche aux directions d’école pour organiser des réunions souvent inutiles.

Alex Pelchat, enseignant à Montréal et délégué syndical

Ces journées peuvent peut-être servir à des enseignants qui ont la même approche pédagogique et qui collaborent très bien entre eux, « mais un jeune professeur n’aura souvent pas les mêmes idées qu’un autre qui est proche de la retraite ».

Pour sa part, François Demers, qui dirige cinq écoles de la Commission scolaire de Charlevoix, y croit beaucoup.

En ajoutant des minutes quotidiennes de classe, 12 demi-journées sont libérées. « Cela permet aux professeurs d’échanger entre eux pendant leur temps de travail sans qu’ils aient à le faire rapidement en mangeant leur sandwich. »

Une formule qui « n’est pas pour tous »

M. Demers précise cependant que la formule n’est pas pour tous. Une école secondaire et une école primaire ont d’ailleurs laissé tomber l’idée. « Certains professeurs trouvaient que les huit minutes ajoutées par jour n’étaient pas aussi rentables qu’une vraie période de 54 minutes, explique M. Demers. Dans un autre cas, comme il s’agit d’une toute petite école, les enseignants n’avaient pas vraiment de collègues avec lesquels échanger. »

Dans les écoles de Charlevoix qui ont toujours de ces journées de concertation, les élèves ne sont pas à la maison, mais ils suivent des ateliers scientifiques ou culturels animés par des acteurs de la région.

Au ministère de l’Éducation, on indique n’avoir aucune donnée sur le nombre d’écoles ou d’élèves qui se trouvent sous ce régime d’horaires comprimés. La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a 10 écoles sur ce modèle. La CSDM ne nous a pas rappelée.

Bryan St-Louis, responsable des relations de presse du ministère de l’Éducation, signale que les 180 jours de scolarisation ne signifient pas « 180 jours de présence physique en classe, mais l’équivalent de 180 jours consacrés à des services éducatifs ».

Le calendrier scolaire est l’affaire de chaque commission scolaire, qui l’établit, rappelle-t-il, après consultation avec les syndicats et les comités de parents.

À la Fédération des comités de parents, on n’avait pas de commentaires à faire sur le sujet, sauf pour dire que l’organisme travaille à la mise en place de balises pour uniformiser les frais de service de garde.