(Québec) Des parents d’élèves à besoins particuliers estiment que leurs enfants reçoivent moins de services qu’avant la pandémie pour qu’ils réussissent à l’école. Inquiète, la Fédération des comités de parents demande à Québec que ces élèves à risque de décrochage restent au moins présents en tout temps à l’école, même quand une classe bascule en enseignement à distance en raison de la COVID-19.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le président de la Fédération, Kévin Roy, déplore qu’il n’y ait « aucune balise claire » quant au niveau de services que reçoivent les élèves en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA) quand une classe bascule en enseignement à distance en raison du coronavirus. Selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation, qui datent du 7 octobre, 1016 classes étaient fermées dans la province (réseau public et privé), en hausse de 41 depuis le bilan précédent.

À la fin septembre, la Fédération des comités de parents a rencontré les membres de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec et a sondé comment ils évaluaient les services que recevaient leurs enfants depuis le retour en classe. Selon M. Roy, 56 % des parents ont répondu qu’ils estimaient que leur enfant recevait moins de services qu’avant la pandémie ou des services inadéquats. Un peu plus du tiers des répondants (36 %) ont affirmé recevoir le même niveau de services, alors que 8 % ont répondu que les services reçus étaient meilleurs qu’avant.

Dans ce contexte, la Fédération « a fait des représentations auprès du Ministère pour que les élèves à besoins particuliers à risque de décrochage puissent rester à l’école 100 % du temps. C’est un enjeu qu’on veut remettre de l’avant », affirme M. Roy à La Presse.

« On enjoint au Ministère de garder les enfants à besoins particuliers en présentiel. […] À l’école, ils ont du soutien. […] On s’aperçoit en ce moment que le système scolaire a de la difficulté à être flexible », affirme pour sa part Bianca Nugent, présidente de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec.

Ce n’est pas à nos enfants à s’adapter à un système qui réagit mal en temps de crise, c’est au système à s’adapter pour répondre aux besoins de nos enfants.

Bianca Nugent, présidente de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec

De l’aide alimentaire… mais pas tout le temps

En matière d’aide alimentaire, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, bonifiait en août dernier le programme afin de servir aux élèves qui en ont besoin « le petit déjeuner, le dîner ou des collations durant leurs heures de présence à l’école ou au service de garde » dans toutes les écoles du Québec. À La Presse, il affirmait que les établissements scolaires devaient mettre en place un « réseau de distribution » de l’aide alimentaire dans l’éventualité où une école ou une classe basculerait en enseignement à distance. « C’est un peu comme notre garantie “qualité-équité” pour les cours à distance », avait-il affirmé.

Alors que plus de 1000 classes sont actuellement fermées, de sorte que l’enseignement s’y fait à distance, La Presse a demandé aux centres de services scolaires du Grand Montréal et de la région de la Capitale-Nationale si un tel réseau était déployé pour assurer le maintien de l’aide alimentaire pour ces élèves.

Au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM, qui a succédé à la Commission scolaire de Montréal), « nous travaillons avec nos différents partenaires afin de mettre en place un réseau de distribution alimentaire en cas de fermeture complète du CSSDM comme prévu au plan d’urgence et comme nous l’avions fait lors de la fermeture des écoles au printemps avec nos partenaires pour [soutenir] les familles avec de l’aide alimentaire », a affirmé le porte-parole Alain Perron.

Comme pour tous les centres de services qui ont répondu à nos questions, un réseau de distribution n’est pas en place pour servir les élèves dont la classe seulement a basculé à distance.

« Pour les élèves de 4e et 5e secondaire qui fréquentent l’école une journée sur deux, ils auront droit à leur repas chaud lors de leur journée en présentiel. Puis nous organisons la distribution de repas froids dans le cadre du programme du repas à 1 $ pour que ces élèves puissent quitter l’école avec un lunch pour le lendemain », a toutefois précisé M. Perron.

En mêlée de presse, jeudi, Jean-François Roberge a réitéré que le gouvernement n’étudiait à l’heure actuelle aucun scénario envisageant le retour à un enseignement à distance généralisé à travers la province.

Et les élèves en attente d’un test de dépistage ?

Le ministre a également admis jeudi que le réseau scolaire pourrait « faire un petit peu mieux » pour soutenir les élèves qui doivent s’absenter parfois pendant plusieurs jours le temps de recevoir le résultat d’un test de dépistage de la COVID-19. Plus tôt cette semaine, les comités de parents et les directions d’établissement d’enseignement sonnaient l’alarme en entrevue avec La Presse sur l’encadrement inégal que reçoivent ces enfants à l’heure actuelle.

En attendant, pour les élèves qui se retrouvent isolés à la maison avec moins d’accompagnement qu’à l’école, alors que leurs compagnons de classe poursuivent leurs apprentissages en classe, le ministre de l’Éducation s’en remet aux capsules du site « ecoleouverte.ca » ou les invite à communiquer avec un enseignant du service Alloprof pour avoir de l’aide.