Devant le tollé provoqué dans le réseau scolaire, Québec calme le jeu : les activités sportives, artistiques ou parascolaires avec des enfants de plusieurs classes pourront reprendre dès le 14 septembre « si tout se passe bien », a annoncé vendredi le premier ministre François Legault.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Si les consignes sont appliquées, si le nombre de cas reste à peu près au même niveau, on pourra remettre en place toutes les activités », a promis le chef de la CAQ, lors d’une mêlée de presse dans sa circonscription de L’Assomption, en après-midi.

En fixant un échéancier de relance du milieu parascolaire, M. Legault dit vouloir « aller plus loin ». « Je suis le premier à reconnaître que les sports sont très importants pour motiver nos jeunes. […] Avec raison, beaucoup de parents et d’enfants étaient très déçus », a-t-il ajouté.

C’est tout un défi qu’on a de ne pas voir le virus recommencer à exploser et avoir des conséquences chez les personnes plus âgées. […] La semaine prochaine, on devrait être capable de voir si tout se passe bien ou s’il y a beaucoup d’éclosions.

François Legault, premier ministre du Québec

Tout comme le premier ministre, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, s’est dit confiant que le parascolaire puisse redémarrer rapidement. « Je pense qu’on peut gérer ce risque-là d’avoir plus qu’une bulle, d’en avoir deux ou trois », a-t-il soutenu.

Manifestation et indignation

Plus tôt, vendredi, des centaines d’étudiants-athlètes de plusieurs écoles secondaires ont manifesté sur l’heure du midi à Québec contre la décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. C’est lui qui avait d’abord annoncé la veille l’interdiction de toutes les activités parascolaires qui regroupent des élèves de différentes classes.

PHOTO ÉRICK LABBÉ, LE SOLEIL

Plus tôt, vendredi, des centaines d’étudiants-athlètes de plusieurs écoles secondaires ont manifesté à Québec contre la décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’interdire toutes les activités parascolaires qui regroupent des élèves de différentes classes.

Depuis jeudi, l’annonce a eu l’effet d’une bombe dans le réseau scolaire ; des centres de service, des fédérations et des élus de l’opposition ont notamment condamné que la décision mettrait « en péril » le sport scolaire. Une pétition intitulée « du sport pour tous à l’école » a déjà récolté près de 50 000 signatures.

La porte-parole du Parti québécois (PQ) en éducation, Véronique Hivon, dénonce quant à elle l’hypocrisie du gouvernement dans ce dossier. « Vaut mieux avoir le courage de reculer complètement sur une mauvaise décision que de trouver une porte de sortie bancale juste pour essayer de ne pas perdre la face, surtout quand ça désorganise autant les écoles », a-t-elle écrit sur Twitter.

Le milieu prêt à travailler

Satisfaits, mais prudents, la plupart des parties prenantes contactées par La Presse se disent prêts à collaborer avec le gouvernement. Le président du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), Gustave Roel, affirme que le délai de deux semaines permettra aux établissements de se préparer adéquatement.

C’est ce qu’on souhaitait depuis le début. On va maintenant pouvoir travailler à implanter un cadre éthique propre à la COVID-19 dans un contexte sportif.

Gustave Roel, président du RSEQ

Au cours des prochaines semaines, les étudiants-athlètes auront « la responsabilité de penser collectif », dit M. Roel. Ils devront notamment « se laver les mains plus souvent » et porter un masque lorsque nécessaire. « De notre côté, on avait déjà un guide médical qui était prêt à sortir, mais avec toutes les dernières annonces, on va l’actualiser », remarque le porte-parole.

Ce son de cloche est d’ailleurs similaire dans plusieurs établissements. « Je trouve que ça fait du sens. Ça va permettre aux écoles d’accueillir les jeunes et de se préparer à cette nouvelle situation sans avoir à gérer la vie étudiante dès la première semaine », soutient Jordan Gaboury, le coordonnateur du programme de basketball à l’école secondaire de Rochebelle, à Québec. « Même si nous étions déjà prêts comme la plupart des écoles à commencer dès la rentrée, y aller étape par étape est une bonne chose », ajoute-t-il.

À la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), le président Nicolas Prévost est catégorique. « C’est une décision équilibrée, mais vous pouvez être certain qu’on va suivre la situation de très près. On sait que ça préoccupe aussi beaucoup de parents », relate-t-il.

Le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Malette, dénonce pour sa part une directive gouvernementale « confuse et contradictoire ». « On va prendre le temps d’évaluer tout ça pour se positionner éventuellement », conclut-il.