(Québec) Le gouvernement Legault investit 20 millions supplémentaires pour ajouter, dès la rentrée scolaire, l’équivalent de 350 professionnels dans les écoles. Québec sabre aussi sa propre « bureaucratie » afin que les orthopédagogues aident, dès septembre, les élèves en difficulté, plutôt que de consacrer des semaines à remplir les évaluations administratives qui leur sont imposées.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé lundi deux nouvelles mesures et une campagne publicitaire pour aider les élèves du niveau primaire et secondaire qui auraient besoin de soutien dès la rentrée, alors que la dernière année a été chamboulée par la pandémie de COVID-19.

Le succès de la prochaine année scolaire ne peut pas se mesurer seulement sur notre habileté à contrôler la pandémie et à éviter les éclosions. Le succès dans une école, ça se mesure à la lumière […] de la réussite scolaire.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

Une semaine après avoir présenté son plan sanitaire révisé pour la rentrée d’automne, Québec investit donc 20 millions supplémentaires pour l’année scolaire 2020-2021 afin d’embaucher techniciens en éducation spécialisés, enseignants et tuteurs, et mettre en place différentes mesures de rattrapage et d’aide aux devoirs. Cette somme, qui n’est pas récurrente pour l’instant, permettra d’ajouter l’équivalent de 350 professionnels à temps plein pour au moins une année.

Le ministre Roberge lève également pour deux ans l’obligation imposée aux orthopédagogues de procéder à une évaluation des élèves dans les écoles pour mettre à jour leurs codes de difficultés. Une école qui accueille un élève ayant une dyslexie ou un trouble du spectre de l’autisme, par exemple, se voit attribuer des ressources (comme l’ajout de professionnels) afin d’épauler l’enfant dans sa réussite.

Ces fonds seront pour deux ans accordés « a priori », a-t-on expliqué, ce qui permettra au réseau scolaire d’offrir « plus de 560 000 heures de services directs donnés par les professionnels aux élèves », plutôt que de réévaluer, comme chaque début d’année, les codes pour chaque élève.

« Ça change la donne »

La présidente de l’Association des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois, crie victoire face à ces changements administratifs.

« Ce chiffre-là, c’est conservateur. On ne serait pas surpris que ce soit plus. Ça fait longtemps qu’on dénonce cette bureaucratie trop lourde. […] Imaginez pouvoir intervenir dès le mois d’août jusqu’en octobre ou en novembre, plutôt que de commencer à intervenir une fois ces évaluations administratives terminées. Ça change vraiment la donne », s’est-elle réjouie lundi.

Le DÉgide Royer, spécialiste en réussite scolaire et professeur associé à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, rappelle que le taux de diplomation des élèves en difficulté est de 38 % au Québec, l’un des plus bas en Amérique du Nord. En ce début d’année scolaire, le gouvernement Legault l’a sollicité pour mener une campagne publicitaire pour demander aux parents d’appeler leur direction d’école s’ils craignent que leur enfant décroche.

Le DRoyer serait aussi favorable à ce que Québec hausse l’âge de fréquentation scolaire obligatoire de 16 à 18 ans.

« Ça fait 20 ans que je recommande que l’âge de fréquentation scolaire au Québec passe à 18 ans, comme en Ontario et au Nouveau-Brunswick. […] [Ainsi, si un jeune] veut quitter l’école avant 18 ans, ses parents et lui doivent demander une dérogation. On n’enchaînera personne à un bureau jusqu’à l’âge de 18 ans, mais quand vous posez la question aux directions d’écoles ontariennes “où sont vos décrocheurs”, vous avez toujours un silence. Ils en ont très peu », a-t-il dit.

Le taux de décrochage au Québec est de 17 % chez les garçons et de 11 % chez les filles. Chaque année, « 9000 jeunes quittent l’école sans diplôme, a rappelé le DRoyer. Si on est capables de maintenir ça, […] ce sera déjà quelque chose ».

Une demande sera faite en cour pour offrir à tous les enfants des cours en ligne

Une demande doit être déposée cette semaine devant le tribunal pour qu’il ordonne au ministère de l’Éducation d’offrir à tous les enfants l’option des cours en ligne, afin qu’ils ne soient ainsi pas obligés de retourner physiquement en classe à l’automne. Pour l’instant, seuls les enfants ayant certaines conditions médicales définies ou dont les parents sont à risque peuvent être exemptés d’aller à l’école. Mais en cette période de COVID-19, tous les parents doivent avoir ce choix, fera valoir l’une des mères qui ont mandaté un avocat pour que l’option des cours en ligne soit offerte à tous dès la rentrée, au primaire comme au secondaire. — La Presse canadienne

Quelques réactions

On a plus de 400 écoles secondaires au Québec, juste au secondaire, et plus de 1700 écoles primaires. Donc, imaginez-vous à quel point [350 ressources], c’est un très faible ajout. […] Ces ajouts-là, c’est une goutte d’eau dans l’océan des besoins.

Christine Labrie, députée de Québec solidaire

D’où sort ce chiffre de 20 millions ? Est-ce qu’il sort d’un chapeau ou est-ce qu’il est appuyé sur des besoins réels ? Est-ce qu’un tour d’horizon a été fait ? On aimerait ça savoir sur quelles données ce chiffre-là s’appuie. […] On n’a aucune idée.

Véronique Hivon, députée du Parti québécois

Ça fait des années qu’on parle de pénurie d’enseignants. Le ministre de l’Éducation annonce 20 millions pour des ressources supplémentaires, mais seulement pour cette année. Donc, encore des emplois précaires. Il est difficile, voire impossible de retenir des profs sans stabilité.

Marwah Rizqy, députée du Parti libéral du Québec

Depuis des années, le milieu de l’éducation est en souffrance. Il y avait des besoins, on n’en prenait pas connaissance. […] Aujourd’hui, on sait qu’il faut aider, éviter la précarité, et ça va nous prendre des sommes garanties à long terme.

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ)

Malgré toute la bonne volonté, le plan présenté par le ministre Roberge répond à des préoccupations administratives, mais bien peu à des préoccupations pédagogiques, et ce, avec très peu de moyens. On parle de 20 millions de dollars d’argent neuf, soit 20 $ pour chaque élève du Québec.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement