Comme parents, nous sommes tous angoissés à l’idée de cette rentrée scolaire 2020 qui approche. Une rentrée qui s’annonce aussi atypique que cette époque pandémique.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

Nos enfants sont la prunelle de nos yeux. On veut le meilleur pour eux et on souhaite les préserver de tout risque pour leur santé. Normal d’avoir des inquiétudes à l’idée de les renvoyer à l’école, où les contacts de proximité sont la norme, ce qui comporte son lot de risques d’infection par le coronavirus…

J’essaie de respirer par le nez, de me dire qu’il n’y a pas de risque zéro. Que le retour printanier à l’école primaire, hors de la région de Montréal, n’a pas donné lieu à des éclosions catastrophiques. Même chose pour les camps de jour, cet été…

Ces succès sont-ils attribuables à la nature du coronavirus SARS-CoV-2 ou aux mesures sanitaires implantées dans les écoles et les camps de jour ?

Nul ne le sait, la science là-dessus est encore pleine de fâchants angles morts.

Mais comme parent, j’ai beau lire et relire le plan de retour à l’école 2020 présenté lundi par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, je ne vois pas de faille majeure. Sur papier, je suis rassuré. Il semble bien que les syndicats de l’enseignement le soient aussi, globalement.

On semble avoir péché par excès de prudence, ce qui est une excellente idée. Prenez le masque au primaire : Québec allait en exempter les élèves, pour l’imposer uniquement à ceux du secondaire… Puis, l’Agence de santé publique du Canada a recommandé il y a quelques jours que les écoles l’imposent aux élèves de 10 ans et plus. Québec en a pris acte et l’impose aux 10 ans et plus.

Est-ce que la science est limpide sur ça ? Est-ce qu’il est prouvé que le port du masque à 10 ans plutôt qu’à 12 ans est utile ? Là-dessus comme sur tant d’autres aspects de la pandémie, la réponse est non. Mais je suis content de voir Québec errer du côté de la prudence.

Même pragmatisme sur les « bulles » de six élèves qu’on voulait imposer dans les classes au primaire. Il y avait des écueils pratiques, comme la taille des classes et le caractère turbulent inhérent aux enfants. Québec a corrigé le tir : la bulle sera donc la classe elle-même.

Sur papier, je suis rassuré. Mais le vrai test, ce sera le réel. L’angle mort sera dans l’application du plan de retour à l’école des élèves québécois. 

Le proverbial diable est dans les détails, mais au Québec, on peut aussi dire qu’il est dans les structures.

On l’a vu en santé : il y a un décalage immense entre ce que souhaite la tête du monstre qu’est le réseau de la Santé et des Services sociaux et ce que ce monstre peut faire, livrer, produire… Ou pas.

Rappelez-vous au printemps quand Horacio Arruda avait promis de passer à 14 000 tests de dépistage quotidiens : la machine de la Santé a mis des mois à pouvoir livrer ces 14 000 tests de dépistage quotidiens.

Rappelez-vous au début de la crise quand le gouvernement affirmait qu’il n’y avait pas de pénurie de matériel de protection pour les médecins et les anges gardiens du réseau : les témoignages des anges gardiens contredisaient au quotidien les paroles rassurantes du gouvernement.

Or, ici, l’Éducation va rencontrer la machine de la Santé. Il faudra que, dans le réel, la machine de la Santé appuie celle de l’Éducation.

Par exemple, si des élèves présentent des symptômes d’infection, est-ce que la machine de la Santé, avec ses nombreuses patentes à acronymes, pourra mettre ces enfants sur une voie (très) rapide pour les faire tester, question d’éviter qu’une école au grand complet soit contaminée ?

On l’espère.

Autre exemple : quand une école aura des interrogations, il faudra que la patente CISSS-CIUSSS locale réponde rapidement, selon la définition du mot « rapidement » qui existe dans le réel, pas celle qui existe dans l’univers CISSS-CIUSSS.

L’école est trop importante pour le développement des enfants pour que la rentrée pandémique soit ratée.

Cette rentrée est, bien sûr, un test pour le réseau de l’éducation et son ministre, Jean-François Roberge, malmené le printemps dernier. C’en est un aussi pour le réseau de la santé piloté par son nouveau ministre, Christian Dubé.