(Montréal) Si les écoles de la métropole avaient été rouvertes en mai, il aurait été impossible pour des centaines d’élèves du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) d’avoir accès au transport comme c’était le cas avant la pandémie. Cette situation aurait entre autres touché des centaines d’élèves de classes d’accueil, qui s’occupent d’enfants nouvellement arrivés au pays.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Une lettre envoyée par le directeur général du CSSDM, Robert Gendron, au sous-ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Éric Blackburn, le 3 mai dernier jette un éclairage sur les difficultés auxquelles ont fait face les écoles montréalaises que l’on songeait à rouvrir.

« Le transport scolaire m’inquiète énormément », écrit Robert Gendron. Il estime donc « plus que probable » que de nombreux élèves n’y aient pas accès.

À cette date, Québec n’avait pas encore annoncé que les écoles primaires de la région métropolitaine demeureraient fermées pour le reste de l’année scolaire. On savait toutefois que celles des autres régions allaient rouvrir à la mi-mai.

Robert Gendron explique au sous-ministre que son centre de services scolaire, le plus important de la province, ne transporte pas ses élèves du secondaire en autobus (ceux-ci prennent les transports en commun publics) et n’a donc pas accès à des autobus supplémentaires.

« La réduction de 75 à 80 % des places dans nos autobus en raison de la distanciation [physique] ne peut être compensée par l’ajout de parcours, cela rendrait l’arrivée à l’école à des heures insensées », écrit M. Gendron dans ce courriel obtenu par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Ce sont les élèves dont les écoles sont fermées pour cause de rénovation et les élèves des classes d’accueil qui auraient été laissés pour compte.

« Il s’agit de trois écoles primaires que nous avons dû délocaliser hors de leur quartier en raison de la rénovation de leur école, qui n’était plus habitable. Actuellement, tous les élèves de ces écoles sont transportés », écrit Robert Gendron.

De même, M. Gendron explique que 700 élèves de classes d’accueil font chaque jour une « correspondance entre deux autobus dans un carrefour où des centaines d’élèves changent d’autobus deux fois par jour ». « Cette stratégie n’étant plus possible, nous ne pourrons pas transporter ces élèves », poursuit le directeur général.

Québec a depuis changé les règles du transport scolaire et a annoncé à la fin de juin que deux enfants pourraient être assis sur la même banquette à la prochaine rentrée. Il sera donc possible à l’automne de transporter ces élèves, assure le CSSDM.

« Il est évident que les nouvelles règles de santé publique vont nous permettre de transporter un plus grand nombre d’élèves, mais compte tenu de la réduction de la capacité de 72 à 48 élèves par autobus, nous devrons tout de même réduire notre offre de transport, principalement pour les élèves qui fréquentent leur école de quartier », écrit la porte-parole Julie Charette.

Organismes d’aide alimentaire « débordés »

Orienter les élèves et leurs familles vers des organismes qui offrent des denrées alimentaires a également été complexe, révèle une autre lettre obtenue par La Presse.

Le 8 avril, le CSSDM a écrit aux parents d’élèves que « face à la situation de la pandémie de COVID-19, une aide alimentaire d’urgence [était] maintenant disponible ». Dans ce même courriel, on les a invités à composer le 211, géré par le Centre de référence du Grand Montréal.

Deux jours plus tard, le directeur général du CSSDM a écrit au sous-ministre Blackburn pour lui faire un « compte-rendu ».

« Aujourd’hui, le 211 et les organismes sont débordés et veulent se retirer de l’opération sur la base qu’ils n’ont jamais pris ce mandat pour les parents des écoles. Je maintiens notre position en espérant que les organismes vont se rétablir et suffire à la demande dans le temps », écrit Robert Gendron.

Au Centre de référence du Grand Montréal, on explique que la lettre envoyée aux familles a été une initiative fort louable, mais qu’elle était « mal formulée », ce qui a causé un débordement d’appels au 211 dans les jours qui ont suivi.

« Les gens pensaient qu’on était un centre de distribution alimentaire, ce qu’on n’est pas. On redirige les familles vers des organismes. Ça a créé de la confusion », dit sa responsable des communications, Lucie Kechichian. La hausse rapide d’appels qui a suivi la réception de l’infolettre par les familles montre que l’inquiétude et les besoins en aide alimentaire étaient bien réels, ajoute-t-elle.

Inquiétude partagée en avril par le directeur général du CSSDM. Au sous-ministre Blackburn, il a écrit que les autres commissions scolaires de l’île de Montréal étaient dans « le même cul-de-sac » et souhaitaient que les organismes puissent « suffire à la demande dans le temps ».

— Avec William Leclerc, La Presse