Le manque de collaboration de la DPJ avec les écoles a un effet « catastrophique » sur la réussite et la réadaptation des jeunes en difficulté, selon la présidente de la plus grosse commission scolaire au Québec, qui demande que le milieu scolaire soit consulté et participe aux décisions quand un élève est pris en charge.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

« Actuellement, l’école est trop souvent soumise aux décisions et aux actions de la DPJ. Pourtant, un des points de repère fondamental dans la vie de l’enfant, c’est l’école, c’est parfois le seul lieu de stabilité dans sa vie », a souligné la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel-Bourdon, qui témoignait mardi devant la commission Laurent, qui se penche sur le système québécois de protection de la jeunesse.

Les écoles ne sont même pas informées quand un élève est pris en charge par la direction de la protection de la jeunesse (DPJ), même si c’est un membre du personnel qui a fait un signalement, ce qui cause de « sérieux malaises » dans les milieux scolaires, a poursuivi Mme Harel-Bourdon.

Si un éducateur en service de garde fait un signalement, c’est lui seul qui sera informé par la DPJ du résultat, si le signalement est retenu ou non. S’il n’est pas retenu, il n’est même pas supposé en discuter. Comment voulez-vous qu’on fasse un suivi, une vigie, s’il ne peut même pas en discuter avec la direction de l’école ?

Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM

Les intervenants de la DPJ auraient pourtant intérêt à consulter le personnel de l’école, qui connaît l’enfant et le côtoie à tous les jours, dit-elle.

Risques d’échec et de décrochage

La CSDM déplore aussi que la DPJ prenne souvent des décisions sans se soucier de leur impact sur la scolarisation des enfants.  

« Changer un enfant de milieu scolaire est un facteur de risque élevé d’échec et de décrochage, pour tous les enfants, alors imaginez pour un enfant de la DPJ », a fait valoir Gérald Gauthier, consultant pour la commission scolaire, après avoir été directeur d’une école en centre jeunesse.

Pourtant, de telles décisions sont souvent prises sans aucune discussion avec l’école, témoigne-t-il. Il cite le cas d’un élève qui a manqué trois semaines de classe parce que la DPJ avait décidé de le changer d’école. Il a fallu un certain temps avant que la commission scolaire réussisse à infirmer cette décision, puisque l’enfant fonctionnait bien dans son milieu.

Ces problèmes de collaboration ne sont sans doute pas étrangers à ces données alarmantes : parmi les jeunes de la DPJ, seulement 18,5 % décrochent leur diplôme d’études secondaires dans les délais habituels.  

Nous ne parvenons pas à leur faire réussir leur cheminement scolaire, ce qui est une aberration.

Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM

Parmi les recommandations formulées par la commission scolaire dans son mémoire :

– Informer systématiquement la direction de l’école de la présence d’enfants suivis par la DPJ à l’école. Baliser l’utilisation et la confidentialité de cette information ;

– Assurer un suivi systématique aux écoles qui ont effectué un signalement ;

– Reconnaître concrètement l’école et la commission scolaire comme des partenaires privilégiés pour la DPJ ;

– Reconnaître l’école comme un facteur de protection (stabilité) pour ces élèves ;

– Rencontrer l’école ou la commission scolaire avant le déplacement d’un enfant afin d’en évaluer les impacts sur sa scolarisation ;

– Permettre aux commissions scolaires d’offrir aux jeunes fréquentant des écoles en centre jeunesse la scolarisation jusqu’à 21 ans, comme elles le font déjà pour les élèves à besoins particuliers.

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, mise sur pieds à la suite de la mort de la fillette de Granby le printemps dernier, poursuit ses travaux jusqu’à jeudi à Montréal.