C’est dans l’espoir que le gouvernement Legault recule sur son intention de les faire passer à la trappe que des commissions scolaires ont dépensé environ 100 000 $ pour s’offrir une campagne publicitaire.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a choisi de déployer cette offensive radiophonique mettant en vedette Marie-Soleil Dion pendant le temps des Fêtes afin que le débat qui s’est entamé à l’automne ne sombre pas dans l’oubli.

« On voulait sensibiliser la population à l’importance de l’élu scolaire, démystifier un peu les préjugés par rapport à l’élu scolaire », explique en entrevue à La Presse le président du regroupement, Alain Fortier.

La survie des commissions scolaires est officiellement menacée depuis le dépôt, au mois d’octobre dernier, du projet de loi 40 visant leur transformation en centres de services. La mesure législative est parrainée par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Quand le ministre dit que ça coûte cher, c’est sûr que ça reste dans l’esprit des gens. On voulait juste remettre les pendules à l’heure. Un élu scolaire, ça ne coûte presque absolument rien.

Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec

« Une pinotte »

Le dirigeant de ce regroupement de 72 commissions scolaires considère cette injection d’argent public comme justifiée et judicieuse, car « c’est notre responsabilité d’investir pour dire à la population qu’elle va se priver d’un acteur local extrêmement important ».

Cet investissement, argue-t-il, est comparable à celui de n’importe quel gouvernement qui implante un programme ou qui fait une annonce et qui s’assure de son rayonnement en déployant une campagne de promotion.

« Un élu scolaire, c’est un service, martèle Alain Fortier. Les gens payent des taxes pour avoir un élu. On n’investit pas grand-chose, là ! Dans le fond, sur un budget d’environ 13 milliards pour l’éducation publique, 100 000 $, c’est une pinotte ! »

Il faudrait être « démagogique » pour dire que « ça n’a pas de bon sens », tranche-t-il.

Au bureau de Jean-François Roberge, l’offensive inspire des reproches.

« Nous croyons que les sommes et les énergies qui y ont été consacrées auraient été mieux investies dans les services aux élèves », écrit dans un courriel Francis Bouchard, l’attaché de presse du ministre.

Objectif recul

Ultimement, la Fédération souhaite l’abandon du projet de loi 40.

Son président exhorte ainsi le gouvernement « qui a dit qu’il serait à l’écoute » à tendre l’oreille à « l’ensemble des groupes qui œuvrent en éducation, [dont aucun] n’a dit que c’était un bon projet », plutôt qu’aux « groupuscules » qui pensent le contraire.

« La moitié des parents du Québec, les syndicats, les enseignants, tous les gens qui sont le moindrement informés en éducation disent que ça n’a pas d’allure, cette affaire-là. Je ne suis pas capable de trouver un groupe qui trouve que c’est une bonne idée », affirme-t-il.

Le gouvernement Legault oppose une fin de non-recevoir à la requête de la FCSQ. « Il n’est pas question de revenir sur la fin des élections scolaires. Les Québécois ont déjà tranché ce débat depuis longtemps », réagit Francis Bouchard.

« Contrairement à ce que des commissaires scolaires peuvent en penser, ce ne serait certainement pas un cadeau de reculer et de préserver encore une fois le statu quo », insiste l’attaché de presse du ministre.

Le projet de loi 40 en est au stade de l’étude approfondie en commission parlementaire. L’examen de la mesure législative se remettra en branle lors de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.