L’école pour enfants autistes À pas de géant, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, voit grand. Très grand. Elle souhaite déménager ses services dans un nouveau bâtiment du secteur Angus, à Rosemont, pour augmenter sa capacité d’accueil, s’ouvrir aux adultes autistes qui reçoivent peu de services et devenir « le Harvard de l’autisme » à Montréal.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Son projet, évalué à 40 millions, est toutefois à la recherche de partenaires. La fondation de l’école À pas de géant, qui est un établissement privé subventionné par le ministère de l’Éducation, espère susciter l’intérêt du milieu des affaires et de la communauté philanthropique pour qu’ils financent 50 % du nouveau centre. L’autre part viendrait de Québec, souhaite-t-elle.

« Je veux que ce centre-là ne soit pas juste pour les “happy few” qui ont réussi à y entrer. Il faut qu’on puisse vraiment être ouverts sur la communauté autiste et en faire un centre d’excellence. Je veux que ce soit le Harvard de l’autisme », déclare avec enthousiasme l’animateur et producteur Charles Lafortune, qui a présenté à l’automne la série documentaire Autiste, bientôt majeur sur la chaîne Moi et cie.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Même si les locaux de l’école À pas de géant sont mal adaptés aux besoins de la clientèle autiste, les enfants qui la fréquentent reçoivent des services ultra-spécialisés et personnalisés. Sur la photo, Mathis, fils de Sophie Prégent et de Charles Lafortune, travaille sur un projet avec son enseignante, Nathalie Rivest.

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Les enfants de l’école À pas de géant ont accès à l’expertise de Marie-Anne Béchard, musicothérapeute. En petits groupes, ils travaillent, grâce à la musique, aux sons et au rythme, l’aspect relationnel et les interactions entre les élèves.

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Une équipe d’ergothérapeutes travaille avec les élèves de l’école pour favoriser leur engagement et leur autonomie. Le fait que les professionnels de la santé offrent ces services au même endroit constitue un aspect fort apprécié, ont témoigné des parents.

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Max, élève au volet anglophone Giant Steps qui communique ses pensées avec beaucoup d’enthousiasme, a été notre guide tout au long de la visite de l’école. Si certains élèves sont non verbaux, d’autres, comme lui, savent communiquer leurs besoins.

Son fils Mathis a fêté cette année ses 18 ans. Il fréquente depuis sa petite enfance l’école À pas de géant. 

L’établissement scolaire, fondé en 1980, accueille 90 enfants du secteur jeune (niveaux primaire et secondaire). Les services offerts y sont spécialisés : ergothérapie, musicothérapie et bien d’autres.

En classe, le ratio élèves/enseignant est extrêmement réduit. Un lieu de rêve qui rassemble une population étudiante provenant de 13 commissions scolaires avoisinantes, mais dont le nombre de demandes d’admission surpasse largement la capacité d’accueil.

S’ouvrir sur la communauté

L’école À pas de géant constate les limites de son bâtiment actuel. Sans bibliothèque ni gymnase, le lieu n’est pas non plus adapté sur le plan du son et de la lumière. Le nouvel édifice qu’elle souhaite bâtir a été pensé avec la firme d’architectes Provencher Roy. Car pour un enfant autiste, explique le directeur général de l’établissement, Thomas Henderson, chaque détail sensoriel peut changer la donne dans son développement.

« Plusieurs enfants autistes ont de l’hypersensibilité sur le plan de certains sens. Ça peut causer de l’anxiété, du stress et des problèmes d’apprentissage. Le cerveau autiste est fait pour recevoir énormément d’information, sans savoir quoi filtrer. » 

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Thomas Henderson, directeur général de l’école À pas de géant

Ça peut alors déborder et rendre notre monde difficile. Un simple problème de ventilation peut faire en sorte que la personne ne fixe pas la bonne chose.

Thomas Henderson, directeur général de l’école À pas de géant

Si son plan se réalise, le nouveau centre offrira des services parascolaires aux personnes autistes et à leurs familles. L’école À pas de géant, qui offre une éducation en français et en anglais, pense pouvoir augmenter sa population étudiante de 90 à 150 élèves, en plus d’aider les personnes autistes majeures à acquérir des compétences qui les mènent au marché de l’emploi.

Un « centre de recherche et d’innovation » – auquel on réfère comme étant le futur « Harvard de l’autisme » – utilisera aussi l’école « comme laboratoire vivant ».

PHOTO FOURNIE PAR L’ÉCOLE À PAS DE GÉANTS

Le gymnase

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La cour

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La façade

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Un atelier

Un lieu de répit

Quand Charles Lafortune et sa conjointe, l’actrice Sophie Prégent, ont reçu le diagnostic d’autisme pour leur fils Mathis, leur monde s’est arrêté.

« Rapidement, tu penses que tu vas régler ça. Tu te mets à tout lire, puis tu réalises que ce n’est pas un sprint. Au contraire, c’est un marathon. Je dirais même un ultramarathon », analyse-t-il.

C’est que les besoins d’un enfant autiste diffèrent grandement des services offerts dans le réseau public de la santé et de l’éducation. Tracy Pennimpede, qui dirige la fondation de l’école, est aussi maman d’un garçon de 11 ans qui a fréquenté À pas de géant pendant six ans.

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Tracy Pennimpede, mère d’un garçon autiste qui a fréquenté l’école À pas de géant

Dès qu’on est arrivés ici, on a eu moins de stress. Tu amènes ton enfant à l’école et tu ne reçois pas d’appels à la maison pour te dire que ton fils est en crise. Si mon fils était allé dans une classe ordinaire, j’aurais eu ce genre d’appel tous les jours.

Tracy Pennimpede, mère d’un garçon autiste

« Ça change une vie. Avant cela, on dépensait des centaines de dollars sur des thérapies au privé, alors que les délais d’attente sont très élevés dans le public. Ici, on a eu tous les services sous un même toit. Quand on rentrait à la maison, on pouvait être une famille », poursuit Mme Pennimpede, dont le fils étudie aujourd’hui en classe ordinaire.

« L’une des plus grandes inquiétudes d’un parent d’enfant autiste, c’est de se demander ce qui arrivera quand on sera parti. Ça peut nous provoquer des crises de panique assez intenses. Au centre que l’on veut construire, il y aura des services pour les adultes. Un endroit où aller le week-end », explique à son tour Andrée Dallaire, maman d’une fille autiste qui fréquente l’école.

« En tant que parent d’un enfant autiste, on est souvent isolé. On n’est pas invité dans les fêtes d’amis et, même si on l’est, on ne peut pas toujours y aller. Ma fille a beaucoup d’anxiété et des problèmes sur le plan moteur. Si des enfants crient dans une fête, c’est impossible pour nous d’y être », poursuit-elle.

« J’ai perdu tous mes amis qui avaient des enfants neurotypiques. Quand ton enfant est diagnostiqué autiste, tu t’isoles. Nous voulons donc construire un endroit où des parents qui ont survécu à cette épreuve de la vie se rencontrent. Parce que, parfois, c’est vraiment ça. C’est juste de survivre à la journée », ajoute Tracy Pennimpede.