On a dit tellement de choses horribles sur notre système d’éducation, sur nos jeunes qui ne savent pas lire, que je ne peux m’empêcher d’y revenir.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Le 4 décembre, j’ai rapporté les résultats exceptionnels de nos élèves de 15 ans en lecture, qui terminent 8es au monde, selon le test international PISA. Cet examen a été passé par les élèves de 79 pays et régions en 2018, dont les 10 provinces canadiennes.

Le PISA, faut-il savoir, dévoile non seulement le résultat moyen des élèves, comme je l’ai rapporté, mais aussi la proportion de ces jeunes qui ne savent pratiquement pas lire. Les constats sont renversants.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

« Un élève sur huit dans nos écoles est analphabète fonctionnel à l’âge de 15 ans », écrit notre chroniqueur.

Quand je dis ne savent pas lire, je parle des élèves qui n’atteignent pas le 2e de 6 niveaux de compréhension analysés dans ce test. «  Le niveau 2 est considéré comme le niveau de base des compétences en lecture qui sont requises pour participer pleinement à la société moderne », est-il expliqué dans le document canadien d’analyse des résultats, qui fait 181 pages.

En deçà de ce niveau 2, les élèves peinent à comprendre des textes de longueur modérée ou à faire des déductions élémentaires lorsque l’information n’est pas mise en évidence (1). Bref, ce sont de jeunes analphabètes fonctionnels.

Selon les résultats, 12,3 % des élèves de 15 ans du Québec n’atteignent pas ce niveau 2. Dit autrement, 1 élève sur 8 dans nos écoles est analphabète fonctionnel à l’âge de 15 ans. Cette proportion est bien trop élevée, quand on sait l’importance de la lecture dans l’apprentissage. On peut imaginer qu’il leur sera très difficile, voire impossible d’obtenir leur diplôme d’études secondaires.

Mais tout est relatif. Dans l’absolu, 1 sur 8, c’est beaucoup, mais quand on compare avec le reste du monde, c’est très peu. Ainsi, en Suède, pays souvent vu par les Québécois comme un modèle d’équilibre social, ce ne sont pas 12,3 % des élèves qui n’atteignent pas le niveau de base, mais 18,4 % !

En France, pays de nos complexes langagiers, cette part grimpe à près de 21 %, soit 1 élève sur 5 ! Et je ne parle pas du Mexique (44,7 %) ou du Liban (67,8 %).

Certains s’interrogent, moi le premier, sur la méthodologie employée par le PISA. Notre ministère choisit-il les écoles et les élèves pour avoir de meilleurs résultats ?

Il faut savoir que le PISA est régi par des normes sévères. Partout dans le monde, les écoles sont choisies de manière aléatoire et plus de 80 % d’entre elles doivent accepter de faire le test pour qu’il soit jugé représentatif et valide. Même chose pour les élèves : parmi les écoles, il y a un choix aléatoire des élèves et le taux minimal de répondants doit être de 80 %. Au Québec, 4528 élèves ont fait le test de 2018, soit 86 % des élèves sélectionnés au hasard. La méthodologie du test PISA fait 34 pages.

Peut-être qu’en faisant une enquête approfondie, on constaterait que nos résultats sont dopés par la sélection des élèves, mais il faudrait faire la même enquête ailleurs dans le monde. Et ne pas oublier qu’on fait passer ces tests depuis plus de 20 ans, avec des résultats semblables au Québec et au Canada par rapport au reste du monde.

Certains jugent que le fort taux de décrochage au Québec, notamment chez les garçons, fausserait les résultats en notre faveur, puisque des élèves moins performants seraient absents.

Trois arguments viennent contredire cette critique, entre autres. Premièrement, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans au Québec et c’est donc surtout à partir de cet âge que le décrochage augmente et pas à 15 ans, âge des élèves testés. Deuxièmement, le décrochage est aussi important dans de nombreux autres pays participants.

Troisièmement, le Québec obtient des résultats semblables à la moyenne canadienne en lecture et bien supérieurs à la plupart des pays, malgré le fait qu’une grande proportion d’élèves testés au Québec est d’un niveau plus bas qu’ailleurs (le tiers n’est pas en 4e secondaire au Québec alors que c’est seulement 5 % ailleurs au Canada). Cette différence est attribuable au mois d’admission à l’école (30 septembre) (2).

Bref, ces tests uniformes nous permettent de faire des constats positifs et nous obligent à bien réfléchir avant de tout chambarder. Nos réformes ont-elles été aussi nuisibles qu’on le dit ? La forte présence du secteur privé et des écoles à vocation particulière est-elle une tare ou un avantage ? Notre plus fort taux de décrochage chez les garçons n’est-il pas attribuable au niveau d’exigence plus élevé qu’ailleurs, notamment en mathématiques ?

Mieux traiter les profs

Il faut tout de même constater que nos résultats en lecture sont en baisse significative par rapport à l’année de référence (2000). La note moyenne est ainsi passée de 536 au Québec en 2000 à 522 en 2009, puis à 519 en 2018. La moyenne canadienne a reculé dans le même sens (de 534 en 2000 à 520 en 2018).

Pour maintenir des résultats intéressants, il faut mieux financer le réseau, valoriser les meilleurs profs et ne pas lier l’ajout de fonds aux conventions collectives. De plus, il faut cesser de traiter les enseignants comme des numéros, en minutant leur présence à l’école, en maintenant un système de mutation de postes archaïque, inhumain et sans égard à leurs compétences.

Il faut également redresser leurs conditions de travail. Une nouvelle étude de Statistique Canada vient d’ailleurs confirmer que les enseignants du Québec sont les moins bien payés au pays.

Enfin, il faut dire bravo aux parents et aux enseignants quand de tels excellents résultats sont publiés. Un mot de félicitations du ministre aurait été bienvenu.

Consultez les résultats canadiens de l'étude PISA 2018

(1) Trois compétences sont évaluées dans ces tests de lecture : localiser l’information, comprendre et réfléchir.

(2) Au Québec, 32 % des élèves testés sont en 3e secondaire, et le reste, en 4e secondaire, essentiellement (61 %). Ailleurs au Canada, la presque totalité est en 4e secondaire (10e année), soit 95 %. Cette différence désavantageuse pour le Québec s’explique par le fait que l’âge d’entrée à l’école est fixé au 30 septembre au Québec, alors que c’est le 1er janvier ailleurs.