Un élève de 4e secondaire a été suspendu la semaine dernière de l’école Robert-Gravel, à Montréal, à la suite d’un bras de fer avec la direction qui aurait duré près de deux mois, a appris La Presse. Son maquillage « artistique », appliqué à la manière du chanteur Hubert Lenoir, serait l’une des causes de sa suspension.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Selon sa camarade de classe Simone Laforme, le garçon âgé de 16 ans se maquillait le visage depuis le début du secondaire. « Ça n’a jamais été un problème, nous a-t-elle dit jeudi. C’est quelque chose que la direction et les profs ont toujours accepté. Pourquoi, aujourd’hui, c’est un problème ? »

Lundi, des élèves de tous les niveaux de cette école du Mile End, qui offre un programme arts-études en art dramatique, se sont présentés à l’école le visage maquillé pour protester contre la décision de la direction. Certains d’entre eux se sont maquillés le reste de la semaine également.

Ce sont les amis proches du garçon qui sont à l’origine de ce mouvement. 

On trouvait ça injuste. Moi, je me maquille full tous les jours et personne ne m’a jamais avertie. On s’est dit : « S’ils veulent appliquer un règlement, qu’ils le fassent pour tout le monde. » Il fallait qu’on fasse de quoi pour se révolter.

Simone Laforme

L’histoire a fait grand bruit depuis le début de la semaine. Un groupe de cinq garçons croisés jeudi midi près de l’école Robert-Gravel s’est aussi montré solidaire.

« On voulait lui montrer notre appui, nous ont-ils dit. On dit qu’il y a d’autres raisons, donc on ne sait pas, mais il se maquillait depuis quatre ans… » D’après eux, les enseignants n’étaient « pas très heureux » de voir arriver des élèves maquillés dans leurs classes. « La plupart d’entre eux ont été sortis jusqu’à ce qu’ils se démaquillent », ont-ils rapporté.

Selon Simone Laforme, tout a commencé il y a environ deux mois, lorsque deux des professeurs du garçon lui ont interdit d’entrer dans leur classe avec son maquillage. « Il n’allait juste plus à ces cours-là », a-t-elle constaté. Le directeur de l’établissement, Mathieu Lachance, aurait accentué la pression sur le jeune homme en donnant son appui aux enseignants. Vendredi dernier, l’école a décidé de le suspendre.

M. Lachance, en poste depuis deux ans, a refusé de parler à La Presse pour expliquer sa décision.

Le code de vie de l’école, qu’on peut consulter sur son site web, parle de manière générale d’une « tenue décente et appropriée pour une institution scolaire », mais ne fait aucune mention du maquillage. D’après le témoignage de plusieurs élèves, la direction précédente avait toléré le port de maquillage, même chez les garçons.

La Commission scolaire de Montréal (CSM) n’a pas voulu commenter l’affaire non plus. Son directeur des communications, Alain Perron, a dit qu’il y avait d’autres motifs expliquant la suspension de l’élève, sans en préciser la nature.

« La situation présente ne peut se résumer qu’à une décision entourant l’application du code de vie de l’école. Plusieurs éléments de nature scolaire et personnelle, relatifs à l’élève mentionné dans ce dossier, ont guidé la décision prise par l’école. Vous comprendrez que, pour des raisons de confidentialité, nous ne pouvons en divulguer la nature. »

Ni la Commission scolaire de Montréal ni l’école Robert-Gravel n’ont pu nous dire si le garçon serait réintégré ou non.

Soutien-gorge « obligatoire »

Ce n’est pas la première fois que l’école Robert-Gravel fait les manchettes. La direction s’était retrouvée sous les projecteurs en 2016 lorsqu’elle avait décidé de rendre obligatoire le port du soutien-gorge à la suite du malaise exprimé par certains professeurs. Les adolescentes de l’école avaient protesté en accrochant leur soutien-gorge à leur casier.

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L’école avait finalement reformulé son règlement du code de vie en précisant que « [l]es sous-vêtements ou les parties du corps qui se trouvent normalement sous les sous-vêtements ne doivent pas être visibles, et ce, autant chez les filles que chez les garçons ».