Québec s’adresse aux tribunaux pour forcer le groupe religieux La Mission de l’Esprit-Saint à fournir le nom des enfants qui fréquentent l’organisation « dans un contexte d’enseignement ». Jusqu’à 70 enfants recevraient une éducation par le biais de cette communauté.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Dans une requête déposée en Cour supérieure, le ministère de l’Éducation demande de forcer La Mission de l’Esprit-Saint à fournir d’ici dix jours la liste complète des noms et des informations personnelles des enfants âgés entre 6 et 16 ans qui fréquentent son organisation.

En septembre, l’émission J.E. a révélé qu’il existait des écoles clandestines au sein de ce mouvement spirituel fondé en 1913 par Eugène Richer dit La Flèche (1871-1925), un policier montréalais. Selon les adeptes, il serait l’incarnation de l’Esprit-Saint.

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a alors promis de faire enquête.

Selon la requête, moins d’une semaine après la diffusion du reportage, deux vérificatrices du gouvernement se sont rendues dans les locaux de l’organisation, à Anjou. Elles ont vu que ces locaux comprenaient une cafétéria et au moins deux salles de classe, mais se sont vu interdire l’accès aux autres espaces.

Elles y sont retournées au début octobre et ont cette fois découvert deux salles de classe supplémentaires. Sur place, un homme « s’identifiant comme le comptable » de la Mission de l’Esprit-Saint aurait affirmé qu’« entre 50 et 70 enfants de niveau primaire et secondaire profiteraient d’un suivi de la communauté […] relatif à l’enseignement qu’ils recevraient à la maison ».

Or, selon la requête déposée en cour, certains de ces enfants ne seraient « inscrits dans aucun établissement d’enseignement ni en enseignement à la maison ». On y lit également que le président du groupe a refusé de remettre des informations concernant les enfants « puisqu’il s’agit d’une liste confidentielle ».

En demandant aux tribunaux de forcer la Mission à fournir la liste de ces enfants, Québec veut procéder à une vérification exhaustive. Selon les documents déposés en cour, le ministère de l’Éducation a pu, à partir d’une liste de neuf enfants, « confirmer qu’un seul des 9 enfants […] serait inscrit en enseignement à la maison ».

« Depuis le début de l’année scolaire 2019-2020, il s’est déjà écoulé 45 jours d’école selon le calendrier scolaire du ministre. Les enfants qui ne sont pas scolarisés selon la Loi sur l’instruction publique ou la Loi sur l’enseignement privé ont donc perdu 45 jours de scolarisation », lit-on dans la requête déposée en cour.

Ce n’est pas la première fois que la Mission de l’Esprit-Saint a des démêlés avec le ministère de l’Éducation. En 2004, l’organisation s’est vu retirer un permis pour une école qu’elle opérait, mais en 2016, un nouveau permis d’enseignement lui a été délivré. Il lui a été retiré en juin dernier.

Il y a quelques mois, le ministère de l’Éducation a instauré de nouvelles règles pour encadrer l’école à la maison. Un des objectifs était de « fermer la porte » à ceux qui tentaient de se soustraire à la Loi sur l’Instruction publique.

« Il y a des gens qui prétendaient faire l’école à la maison […] et envoyaient au fond leurs enfants dans des écoles religieuses », a expliqué en mars dernier le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge.

Jeudi, les appels de La Presse à la Mission de l’Esprit-Saint sont demeurés sans réponse. Au recensement de 2011, 515 Canadiens se sont déclarés membres du groupe religieux.

- Avec Louis-Samuel Perron, La Presse