Près de dix mois après la fuite de monoxyde de carbone dans une école de Montréal qui a conduit une quarantaine de personnes à l’hôpital, des établissements scolaires tardent à installer des détecteurs. La fin de semaine dernière, le bris d’un équipement de chauffage dans une école de Laval a pourtant prouvé leur utilité.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Janvier 2019. Une fuite de gaz à l’école primaire des Découvreurs, à LaSalle, cause l’intoxication de nombreux enfants et membres du personnel. Des élèves perdent connaissance, d’autres sont pris de vomissements et d’étourdissements. Il n’y avait pas de détecteur de monoxyde de carbone dans l’établissement.

Quelques jours plus tard, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avertit les directions d’écoles de la province. « Assurez-vous d’avoir des détecteurs de monoxyde de carbone qui fonctionnent », dit-il en entrevue à Radio-Canada. « On ne veut pas juste savoir qui en a et qui n’en a pas ; la bonne réponse, c’est tout le monde en a », ajoute le ministre Roberge.

La dernière fois que le Ministère a demandé des comptes aux commissions scolaires, c’était en février 2019, selon une demande d’accès à l’information faite par La Presse. Certaines commissions scolaires n’avaient aucun détecteur de monoxyde, d’autres en avaient installé que dans le tiers de leurs écoles. Les données pour certaines commissions scolaires n’étaient pas accessibles.

Au cabinet du ministre de l’Éducation, on nous indique qu’aujourd’hui « plus de 90 % » des écoles sont dotées d’un détecteur de monoxyde de carbone.

Québec a récemment adopté une directive qui stipule que « tout établissement d’enseignement des commissions scolaires où un appareil à combustion […] est installé doit, à partir du 15 novembre 2019, être pourvu de détecteurs de monoxyde de carbone ». Ce détecteur peut être un détecteur de type résidentiel ou relié à une centrale.

Les écoles ont reçu cette directive au début d’octobre.

À la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, les écoles n’ont pas de détecteur de monoxyde de carbone. « On est en train d’éplucher l’instruction du Ministère pour voir la suite des choses. Où, quand, comment les installer, quel équipement installer », explique Sagette Gagnon, responsable des communications de la commission scolaire. Au cours des derniers mois, des tests de combustion ont toutefois été faits dans les écoles, ajoute-t-elle.

La réflexion est terminée à la Commission scolaire Harricana, en Abitibi-Témiscamingue, où on reliera les détecteurs de monoxyde de carbone à un système central. Or, comme il en coûtera entre 2000 $ à 3000 $ par école, il faudra d’abord lancer un appel d’offres pour doter les 19 établissements de ce système, ce qui pourrait prendre quelques mois. Installera-t-on des détecteurs résidentiels en attendant ? Non, nous répond-on.

Dans la région de Drummondville, la Commission scolaire des Chênes a fait l’achat de 202 détecteurs résidentiels. « Les trois quarts sont installés », dit le responsable des communications, Normand Page. Il assure que le tout sera fait pour le 15 novembre.

Le monoxyde de carbone est un gaz inodore qui ne se voit pas. Le respirer peut provoquer de graves symptômes pouvant aller jusqu’à la mort.

Quel détecteur choisir ?

Samedi dernier, dans une école primaire de Laval, la défaillance d’une fournaise a fait déclencher le détecteur de monoxyde de carbone, qui était relié à un système central. « La détection s’est faite rapidement, et le personnel est arrivé avant que les gens ne présentent des symptômes », dit Martin Bélisle, chef aux opérations au Service de sécurité incendie de Laval.

Le Ministère laisse aux écoles le choix d’installer un détecteur de type résidentiel ou non. Dans le cas où on installe un détecteur résidentiel, il faudra s’assurer qu’il soit entendu, dit Maxime Roy, médecin-conseil à la Direction régionale de la santé publique de Montréal.

Dans un monde idéal, on ne devrait pas dépendre de gens qui sont exposés à toutes sortes de bruits pour entendre un signal sonore. À l’heure de la récréation ou à la fin des classes, on ne peut pas décrire l’école comme un milieu feutré et silencieux.

Maxime Roy, coauteur d’un rapport sur les effets de l’intoxication à l’école de LaSalle

Ce rapport publié l’été dernier a révélé qu’une semaine après la fuite de gaz, 124 élèves de cette école présentaient encore des symptômes, comme des maux de tête, des acouphènes, une diminution de l’audition, des troubles visuels ou du stress.

Dans le cas où l’on installerait des détecteurs résidentiels, il faudra voir quelle procédure est mise en place dans les écoles pour s’assurer que quelqu’un est toujours en mesure d’entendre une alarme, dit le Dr Maxime Roy. À la Commission scolaire des Chênes, par exemple, on dit avoir envoyé une directive à cette fin aux écoles.

L’idéal, dit le directeur adjoint du Service de sécurité incendie de Laval, c’est encore un détecteur qui fait le travail d’aviser les services d’urgence. « Il n’y a pas un pompier qui ne va pas vous dire qu’il n’aimerait pas ça que ce soit relié à une centrale », dit Patrick Taillefer.

Samedi, à Laval, une étudiante de 18 ans était responsable de 13 enfants. Quand la sonnerie du détecteur a retenti, son réflexe a été d’ouvrir les fenêtres et les portes. On aurait mieux fait d’évacuer l’école, estime le directeur adjoint du Service de sécurité incendie de Laval, mais les pompiers sont intervenus rapidement justement parce que le détecteur était relié à la centrale. « On a peut-être évité le pire », dit Patrick Taillefer.

— Avec William Leclerc, La Presse