Ils consomment la même quantité d’alcool, davantage que la quantité recommandée. Mais l’un a arrêté ses études au cégep alors que l’autre a fait un baccalauréat à l’université. Ce dernier a 50 % moins de risque de sombrer dans l’alcoolisme, selon une nouvelle étude américaine.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Vin et repas

Aller à l’université n’est pas seulement utile pour se trouver un emploi, c’est également bon pour le foie. Telle est la conclusion d’une vaste étude américano-britannique publiée la semaine dernière dans la revue Molecular Psychiatry.

« L’association entre éducation et dépendance à l’alcool est très forte », explique Falk Lohoff, psychiatre aux Instituts nationaux de la santé (NIH) du gouvernement américain, qui est l’auteur principal de l’étude. « Il y a moins de propension à prendre une cuite (binge), plus de consommation d’alcool durant les repas, moins de pertes de mémoire liées à l’alcool. » 

À consommation égale, 3,6 années d’éducation de plus diminuent de 50 % le risque d’être dépendant. L’étude, qui portait sur 780 000 Britanniques, a tenu compte des milieux socioéconomiques actuel et d’origine. « L’éducation est liée à d’autres comportements bénéfiques pour la santé, dit le Dr Lohoff. C’est probablement une meilleure capacité à intégrer les recommandations, qui ne portent pas seulement sur la quantité d’alcool, mais aussi sur les excès. »

Cela signifie-t-il que les excès jouent un rôle plus grand que la quantité hebdomadaire sur la dépendance ? « Jusqu’à un certain point, oui », répond le psychiatre de Virginie.

Les gènes de l’éducation

L’échantillon étudié a été conçu au départ pour détecter les particularités génétiques liées à une éducation plus longue. « On a environ 70 marqueurs génétiques liés à une meilleure éducation, dit le Dr Lohoff. On a ensuite vérifié si certains d’entre eux étaient liés à d’autres variables, notamment la consommation et la dépendance à l’alcool. Il y avait un lien de ces marqueurs génétiques avec les cuites, les problèmes de mémoire liés à l’alcool et la dépendance, mais pas avec la quantité d’alcool consommée. »

Les cultures « sèches » et « mouillées »

Dans les années 90, des chercheurs ont avancé qu’une différence culturelle existait sur le plan de la consommation d’alcool. Dans les cultures « sèches », comme l’Europe du Nord ou l’Amérique du Nord anglophone, on ne boit pas d’alcool à moins de vouloir s’enivrer, alors que dans les cultures « mouillées », en Méditerranée européenne, on boit tous les jours, mais rarement à l’excès. Depuis le tournant du millénaire, cette théorie a été discréditée par la popularité dans le nouveau millénaire de la cuite de type anglo-saxonne chez les jeunes français, italiens et espagnols. Les résultats du Dr Lohoff la valident-ils à nouveau ? « Il faut bien relever que tous les cobayes étaient britanniques, répond-il. Mais en effet, le mode de consommation semble avoir un effet modérateur sur certains aspects négatifs de la consommation d’alcool. »