(Montréal) La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), dont 125 000 membres font partie du personnel d’éducation, réclame de nombreuses modifications au projet de loi du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sur la réforme du système scolaire. La CSQ craint l’accroissement des inégalités de services entre les écoles et dénonce une attaque directe contre les enseignants.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

La présidente de la CSQ, Sonia Éthier, compare la méthode du ministre Jean-François Roberge à celle de l’ex-ministre libéral de la Santé Gaëtan Barrette. Elle lui reproche d’avoir élaboré son imposante réforme sans aucune consultation préalable des enseignants.

« C’est un manque de respect pour celles et ceux qui font l’école de ne pas avoir été consultés », a-t-elle dénoncé en conférence de presse, dimanche.

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La présidente de la CSQ, Sonia Éthier

Un total de 14 recommandations seront présentées par la CSQ en commission parlementaire, lundi, auxquelles s’ajoutent neuf autres recommandations formulées par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) affiliée à la CSQ.

Ce que craint le plus le syndicat, c’est la philosophie de marchandage de l’éducation qui soutient la réforme du système scolaire. Le fait de permettre aux parents d’inscrire leur enfant dans l’école de leur choix va entraîner une concurrence entre les écoles et l’émergence d’un système d’« école à la carte » que dénonce le syndicat.

« On craint que ça déstabilise le fondement même de l’école publique et que ça accélère les inégalités des chances parce qu’on le sait que ce ne sont pas les enfants des milieux défavorisés qui vont avoir cette possibilité-là », affirme Sonia Éthier.

« On va vider des écoles, et cela va créer une instabilité du personnel, au lieu de s’occuper de chacune de nos écoles », renchérit le président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS) Éric Pronovost.

Du côté de la FSE, c’est l’ingérence de l’autonomie professionnelle des enseignants que sa présidente Josée Scalabrini dénonce. Elle s’en prend aux articles du projet de loi 40 qui permettent la manipulation des notes des élèves ; qui impose des formations aux enseignants sans tenir compte de leurs besoins particuliers ; qui affaiblit la représentation des enseignants au sein des conseils d’établissement.

Des modifications à la Loi sur l’enseignement public qui viennent dévaloriser la profession enseignante aux yeux de Mme Scalabrini.

« Les enseignants ne veulent plus se sentir comme des exécutants. Ils veulent être partie prenante des décisions. Le projet de loi nous amène encore plus à devenir des exécutants que des gens qui font partie des solutions », estime-t-elle.

La présidente de la CSQ, Sonia Éthier, s’interroge sur les véritables motivations du ministre Jean-François Roberge de ne pas consulter les professionnels de l’éducation avant de déposer sa réforme.

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Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

« Quand va-t-on s’arrêter une fois pour toutes pour réfléchir ensemble au système d’éducation que l’on veut au Québec ? Il n’est pas trop tard pour le ministre de corriger le tir et d’entendre les préoccupations des différents intervenants du réseau », souligne Mme Éthier qui présente les nombreuses recommandations de son syndicat comme une main tendue au gouvernement.

Le projet de loi 40 sur l’organisation et la gouvernance scolaires a été déposé le 1er octobre. Les auditions publiques devant la Commission de la culture et de l’éducation, permettant de s’exprimer sur le projet de loi, débutent lundi et se poursuivront jusqu’à la mi-novembre.