(Québec) Ne comptez pas sur les parents bénévoles pour prendre en charge les futurs centres de services scolaires, ont répliqué une vingtaine de commissaires à Jean-François Roberge, mercredi.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Ils s’étaient réunis à Québec pour dénoncer le projet de loi 40 du ministre de l’Éducation visant à abolir les élections scolaires et à transformer les commissions scolaires en centres de services.

Ceux-ci seraient administrés par un conseil d’administration composé de 16 membres non rémunérés : huit parents, quatre personnes issues de la collectivité et quatre membres du personnel scolaire.

Le mandat des commissaires actuels prendrait fin le 29 février 2020.

Le gouvernement se berce d’illusions s’il pense que les parents d’enfants d’âge scolaire auront le temps de gérer les centres de services, et bénévolement de surcroît, estime Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ).

« Ce n’est pas vrai que ça va être un parent bénévole qui va s’occuper de cinq ou six écoles, a-t-il dit. Jamais, jamais il y a un parent bénévole qui va se mettre à faire le tour des organismes communautaires pour faire le lien entre l’école et les organismes de son territoire. »

Les parents « pris » par leur responsabilité première

À l’heure actuelle, la réalité, c’est que les parents ne s’impliquent pas beaucoup à l’intérieur de la structure scolaire, souligne M. Fortier.

« À la dernière assemblée générale d’une école secondaire de 1500 élèves près de chez moi, il y avait 17 parents, a-t-il relaté. Ce n’est pas un reproche que je leur fais, mais ils sont pris par leur responsabilité première qui est : “Je travaille, j’ai des enfants, je m’en occupe”. »

À la Commission scolaire des Découvreurs qu’il préside, il y a même une école qui n’a pas été capable de former un conseil d’établissement, faute d’intérêt des parents.

Lorsque cette même commission scolaire a offert une formation à ceux qui souhaitaient mieux comprendre les budgets-écoles, seulement trois parents sur 300 se sont présentés.

Pareillement, à la Commission scolaire de Kamouraska—Rivière-du-Loup, seulement sept parents se sont prévalus d’une formation sur le projet éducatif, a déploré la présidente, Édith Samson.

« On tente de remplacer un groupe dit illégitime parce que pas appuyé par la population, par un groupe qui ne semble pas nécessairement très très présent », résume Alain Fortier.

« Roulement » redouté

Le commissaire-parent Martin Paquet, de Québec, croit que les parents vont vite « se tanner ». « Ça prend déjà beaucoup de notre temps », a-t-il témoigné, mercredi.

Il craint que les futurs centres de services ne soient aux prises avec des problèmes de « roulement » constant, puisque les parents dont les enfants ont quitté l’école se retireront.

« Ça va être un changement peut-être à chaque année, il va manquer trois-quatre membres, il n’y aura pas de continuité, ça va toujours être à recommencer », s’est-il inquiété.

De son côté, le ministre Roberge insiste pour dire que le projet de loi 40 donnera plus d’autonomie aux écoles pour décider de leurs orientations pédagogiques. Mercredi, il s’est dit confiant que les députés adopteront la pièce législative cet automne.