On peut compter sur les doigts d’une seule main les enseignants recrutés en Europe qui étaient présents à temps pour la rentrée des classes cette année. Les autres suivront bientôt, assurent les commissions scolaires de Montréal.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Selon les renseignements obtenus par La Presse, la mission européenne menée par les trois commissions scolaires francophones de l’île de Montréal et des représentants du ministère de l’Éducation aura eu peu d’effets à court terme sur le manque d’enseignants en classe.

C’est à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) que le recrutement en Europe semble avoir porté ses fruits le plus rapidement : trois enseignantes recrutées dans le cadre de cette mission sont déjà en poste. À la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI), aucun enseignant n’est arrivé à temps pour la rentrée, mais les deux premières candidates arriveront « d’ici les prochains mois », nous indique-t-on.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) attend elle aussi l’arrivée de ses premières recrues européennes. Au total, 25 personnes ont signé des contrats lors de la mission du printemps et la CSDM espère les voir d’ici la fin de l’année scolaire.

« Ça dépend des arrivées et des démarches d’immigration. Il y en a qui vont faire de la suppléance, d’autres qui vont faire des contrats jusqu’à la fin de l’année », dit la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon.

En attente d’un permis de travail

Le Belge Emmanuel Laforge, dont La Presse a relaté au cours des derniers mois les démarches pour venir enseigner au Québec, avait l’intention de faire sa première rentrée comme enseignant cette année. Après un an et demi de démarches pour faire reconnaître ses études, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys lui a offert un poste.

Sa maison de Namur était louée, sa femme et ses trois enfants prêts pour la grande aventure.

« On avait prévenu tous nos amis. À la fin de l’année scolaire, des collègues m’ont fait un discours d’adieu, mes élèves m’ont fait un discours magnifique », dit-il.

Le voilà pourtant de retour dans une classe belge, encore une fois pris dans les dédales administratifs.

« J’ai signé un contrat [avec la CSMB] au début juin à Paris, ils m’ont dit qu’on allait se revoir bientôt, mais je n’ai jamais eu d’informations. Je suis allé à la pêche, j’ai laissé des messages, puis à la fin juin, ils m’ont dit que le permis de travail bloquait au fédéral. Il faut prouver que le métier est en pénurie de travail au Québec avant de faire une demande de permis », dit Emmanuel Laforge.

La CSMB l’a mis en contact avec un avocat spécialisé en immigration pour faire avancer son dossier – plus complexe à traiter parce que l’enseignant a plus de 35 ans –, mais selon la date à laquelle le fameux permis de travail arrivera, Emmanuel Laforge pourrait faire son entrée dans une classe de Montréal uniquement en septembre 2020.

Si l’enseignant belge était prêt à venir s’installer rapidement au Québec avec sa famille, ce n’est pas le cas de la majorité des candidats, qui « espéraient une arrivée à l’été 2020 », dit Valérie Biron, porte-parole de la CSPI.

« Certaines personnes nous ont déjà affirmé vouloir attendre l’été 2021 pour se permettre de compléter l’ensemble des démarches, poursuit-elle dans un courriel envoyé à La Presse. Il faut savoir que, pour plusieurs d’entre eux, cela implique de vendre l’ensemble de leurs avoirs et de recommencer une nouvelle vie au Canada. »

Pour la majorité des candidats avec conjoint et enfants ou les candidats plus vieux que 35 ans, il faut prévoir de six à huit mois pour l’obtention d’un permis de travail, ajoute Valérie Biron.

La CSPI ne peut « quantifier avec précision » les enseignants qui rejoindront ses rangs à la suite de cette première mission en Europe, mais projette d’ores et déjà de retourner recruter de l’autre côté de l’Atlantique au cours de la prochaine année scolaire, tout comme la CSDM.

Le recrutement à l’étranger n’est pas la solution, dit un syndicat d’enseignants

Certains enseignants n’ont pas digéré de voir des représentants de leur commission scolaire faire du recrutement en Europe. « C’est frustrant », dit la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre. Elle estime qu’il faut s’attaquer à la rétention du personnel déjà employé de la CSDM avant d’aller embaucher à l’étranger.

Le syndicat qui représente les enseignants de la CSDM affirme que depuis le 25 juin dernier, 91 enseignants ont remis leur démission « sans motif précisé », ce qui exclut la quarantaine d’enseignants promus cet été à des postes de cadre.

« Oui, il y a une pénurie, mais il y a énormément d’enseignants qui quittent la commission scolaire. Les 25 enseignants étrangers ne viendront pas régler le problème de tous les enseignants qui sont partis », dit madame Beauvais-St-Pierre. 

La présidente de la CSDM réplique qu’elle est sur les deux fronts. « On travaille aussi sur la rétention du personnel », assure Catherine Harel Bourdon.