Lorsqu’ils feront leur entrée en classe ce matin, les élèves de l’école Général-Vanier ne verront peut-être pas que sur les murs, certains mots ne sont pas écrits en français. Au-dessus de la porte du bureau du directeur, on lit « principal ». La bibliothèque, pour l’instant dégarnie, est restée une « library ».

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

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La bibliothèque de l'école Général-Vanier

Des traces qui montrent qu’encore en juin, ce sont des élèves de la Commission scolaire English-Montréal (CSEM) qui fréquentaient cet établissement de Saint-Léonard, l’une des deux écoles de la CSEM qui ont été transférées à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI).

« On peut parler d’une saga », dit le président de la CSPI, Miville Boudreault, en évoquant les mois, voire les années, qui ont précédé ce transfert.

Résumons-la. Les écoles francophones de l’est de Montréal débordaient d’élèves. Dans ce même secteur, des écoles anglophones n’étaient pas remplies au maximum de leur capacité.

Les deux commissions scolaires ont bien tenté de s’entendre sur un partage des espaces, sans succès. La CSPI dit avoir discuté avec English-Montréal pendant trois ans.

« Il y avait une impasse, dit Miville Boudreault, assis dans le gymnase de l’école Général-Vanier. À la limite, c’était presque un blocage psychologique. Saint-Léonard, c’est le berceau des lois linguistiques au Québec », dit-il.

Déception et frustration

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a tranché l’épineux dossier au début de l’été : deux écoles anglophones du secteur ont été transférées aux francophones.

Il a laissé la CSEM « profondément déçue ». Celle-ci a déposé une demande d’injonction pour empêcher ce transfert, mais la Cour supérieure l’a refusée, notamment parce que ça aurait pu nuire aux efforts d’intégration de nouveaux arrivants.

Des parents [anglophones] disaient qu’ils pouvaient en prendre, des élèves issus de l’immigration. Je sentais une frustration. Mais on est au Québec, il y a la loi 101, et les élèves issus de l’immigration fréquentent l’école francophone.

Miville Boudreault, président de la CSPI

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Miville Boudreault, président de la CSPI

L’école Général-Vanier hébergera cette année 16 classes d’accueil. Habituellement, les enfants qui viennent d’arriver au Québec sont intégrés au sein d’écoles de quartier pour favoriser leur apprentissage du français. Vu le délai serré avec lequel a dû composer la CSPI pour aménager l’école, Général-Vanier n’a que des classes d’accueil, mais l’an prochain, elle deviendra une école primaire comme les autres.

Mois difficiles

Vendredi, des élèves et des parents y mettaient le pied pour la première fois afin de rencontrer le personnel. Les élèves sont en majorité originaires d’Haïti, d’Algérie, des États-Unis, du Nigeria et du Mexique. Dans les corridors, les futurs élèves côtoyaient les employés de la commission scolaire qui s’affairaient à préparer l’école pour la rentrée de ce matin.

Les anglophones ont quitté les lieux, les francophones les investissent tranquillement. La « saga », elle, a laissé des marques.

Mai et juin ont été très difficiles, on était dans une situation impossible.

Michael Cohen, porte-parole de la CSEM

Le président de la CSPI abonde. « Au printemps, c’était difficile », confirme Miville Boudreault.

Comment sont les relations avec la Commission scolaire English-Montréal ? « Pour le moment, il n’y en a pas », répond tout de go Miville Boudreault, avant d’ajouter qu’il n’y a « pas d’animosité ».

« On va revenir aux relations normales qu’on a déjà eues », prévoit-il.

« Je pense que les relations entre nos présidents seront toujours bonnes », dit pour sa part Michael Cohen, porte-parole de la CSEM. De toute manière, ajoute-t-il, il faudra s’unir pour contrer le projet d’abolition des commissions scolaires du gouvernement Legault.

À la CSPI comme à la CSEM, on pense qu’il faut « passer à autre chose ».

« Peace », lit-on aussi sur une œuvre murale de l’école Général-Vanier.