La décision de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) d’appliquer la Loi sur la laïcité de l’État a causé des remous, hier soir, à la première réunion de l’année du conseil des commissaires. « On n’est pas là pour enseigner la prière », est venue témoigner une enseignante voilée.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

La plus grande commission scolaire du Québec avait annoncé en juin qu’elle n’appliquerait pas la Loi sur la laïcité, jugeant que cela serait trop complexe, mais elle a officiellement fait volte-face, hier soir. Le directeur général de la commission scolaire, Robert Gendron, a expliqué qu’il avait l’obligation d’appliquer la loi.

Devant les commissaires scolaires, des parents et des enseignants sont venus commenter ce revirement.

L’enseignante d’origine algérienne Dalila Matoub, qui enseigne au préscolaire depuis 12 ans, a raconté qu’elle avait été ciblée sur les réseaux sociaux par un parent de l’école du quartier Rosemont où elle travaille.

« Je suis la seule enseignante voilée de cette école. J’avais la peur au ventre la veille de la rentrée des classes, a-t-elle relaté. On n’est pas là pour enseigner la prière, on n’est pas là pour donner une leçon religieuse. On est là parce qu’on aime les enfants de l’école. »

Un père a demandé à la direction que son enfant ne soit pas dans la classe de cette enseignante, a révélé la semaine dernière Le Devoir.

Or, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a coupé court à de telles demandes. « Cela n’appartient pas aux parents de choisir ou de magasiner leur enseignant. Ce n’est pas prévu dans la Loi sur la laïcité et on n’a pas l’intention d’aller dans cette direction », a-t-il indiqué.

« Quelle tristesse »

En réponse aux témoignages parfois émotifs, la présidente de la CSDM a rappelé qu’elle avait demandé à Québec d’exclure les enseignants et les directions d’école de sa Loi sur la laïcité avant son adoption en juin.

« Le message que nous voulons envoyer, c’est : quelle tristesse qu’on en soit rendus là », a dit, émue, Catherine Harel Bourdon. « Nous ne sommes pas entendus par le gouvernement du Québec », a-t-elle ajouté.

La commissaire indépendante Violaine Cousineau a déploré que la commission scolaire cède face aux « menaces » du premier ministre François Legault. Celui-ci avait laissé entendre que la commission scolaire pourrait être mise sous tutelle si elle ne se pliait pas à la loi.

La Commission scolaire English-Montréal, qui avait également annoncé son intention de ne pas appliquer la loi, devait aussi tenir un vote hier sur la question, mais a finalement repoussé la discussion. Les commissaires ont besoin de plus de temps pour en arriver à une déclaration formelle, a indiqué un porte-parole de la commission scolaire.

— Avec La Presse canadienne