La question semble inusitée et, pourtant, elle se pose en ces temps de pénurie : y aura-t-il un enseignant dans la classe ? Dans certaines écoles, le suspense persiste jusqu’à ce que la cloche annonçant la rentrée sonne.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Pour trouver des enseignants, les services des ressources humaines des commissions scolaires s’activent jusqu’à la dernière minute. À la Commission scolaire des Trois-Lacs, dans la région de Vaudreuil-Soulanges, c’est presque « jour et nuit ». Tous les postes réguliers sont pourvus, mais on doit notamment attribuer six contrats d’enseignement du français au secondaire d’ici demain, jour de la rentrée.

C’est quand même énorme. On n’a pas connu ça l’an dernier. On a fait des affichages, des appels à tous, des annonces sur Facebook, et on espère que ça va porter ses fruits d’ici jeudi

Sébastien Bédard, directeur des communications de la Commission scolaire des Trois-Lacs

Qu’arrivera-t-il si on ne trouve personne d’ici demain matin ? « On devra faire appel à la suppléance, et c’est plus difficile pour le suivi de la matière donnée aux élèves. C’est pas évident quand ce sont des suppléants différents chaque jour », rappelle Sébastien Bédard.

Les congés de maternité et les congés de maladie annoncés à quelques jours de la rentrée sont compréhensibles, mais compliquent le travail, disent les commissions scolaires. « Ça change aux demi-heures », illustre la présidente de la Commission scolaire de Laval (CSDL), Louise Lortie. « On croise les doigts pour que tout aille bien », a-t-elle affirmé, en précisant que jusqu’ici, tous les titulaires de classe au primaire avaient été trouvés à la CSDL.

« On ne peut pas donner de chiffres précis, mais on vit encore la pénurie et on est inquiets pour la rentrée, a dit pour sa part la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel Bourdon. C’est possible que dans certains groupes, ça ne soit pas le titulaire de la classe pour l’année qui soit en présence des élèves [ce] matin. On travaille très fort pour combler tous les postes. »

La rentrée des élèves de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, dans l’est de Montréal, a aussi lieu ce matin, mais on n’avance pas plus de chiffres sur le nombre d’enseignants qu’il reste à trouver.

« Je surveille toujours le visage de la directrice des ressources humaines, et cette année, elle semble relativement confiante qu’on va y arriver. Tout indique qu’il va y avoir quelqu’un dans chaque classe au début de l’année scolaire », a dit Miville Boudreault, président de cette commission scolaire.

Des suppléants qui se font déjà rares

À la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, où la rentrée a lieu ce matin, la directrice des ressources humaines a fait un calcul précis : il manquait hier « 8,82 enseignants en équivalent temps plein » pour assurer l’enseignement des mathématiques, de l’anglais et des groupes d’adaptation scolaire. « La situation est plus catastrophique que l’an dernier », a précisé Chantal Langelier, qui note par ailleurs qu’au secondaire, c’est environ 200 élèves de plus par année que la commission scolaire accueille.

Quant à la banque de suppléants, elle est, comme en plusieurs endroits, presque à sec.

« Historiquement, la crainte [de manquer de suppléants] arrivait au mois de janvier. On commençait à se dire que ça allait être plus difficile, avec la saison de la grippe. Maintenant, on commence l’année en se disant qu’il va falloir se serrer les coudes comme équipe », explique Mme Langelier. Des congés sans solde sont désormais refusés à des enseignants de cette commission scolaire.

Les suppléants qu’on peut appeler en renfort ne pleuvent pas davantage à Laval. Les parents doivent-ils s’inquiéter de la situation ?

« J’essaie de me mettre dans la peau des parents. C’est certain qu’on a envie d’avoir un titulaire qui va rester le plus longtemps possible. Mais il faut dire qu’on a 3500 enseignants ; dans la population, il y a un pourcentage qui est malade, et c’est la même chose chez nous. Il ne faut pas trop apeurer les gens », dit Louise Lortie.

L’équation est simple, estime-t-elle toutefois.

On a plus d’élèves dans les milieux urbains et il n’y a pas assez de gens qui sortent [des universités]. Ce n’est pas compliqué.

Louise Lortie, présidente de la Commission scolaire de Laval

Sur la Côte-Nord, on mise beaucoup sur une quarantaine d’étudiants en éducation préscolaire et en enseignement primaire qui viennent de commencer leur formation au Centre d’études universitaires de l’est de la Côte-Nord de l’Université du Québec à Chicoutimi.

« On a travaillé fort pour qu’ils démarrent une nouvelle cohorte, dit Richard Poirier, directeur général de la Commission scolaire du Fer. On fait le pari que les gens formés en région resteront en région. »

D’ici là, dit-il, le recrutement d’enseignants demeure « une préoccupation constante ».