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Éducation à la sexualité: «C'est quoi, un cunnilingus?»

Mikaela Lemieux (à gauche) et Ana Miudo, travailleuses... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Mikaela Lemieux (à gauche) et Ana Miudo, travailleuses de milieu à l'école secondaire Jeanne-Mance pour l'organisme Plein Milieu.

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Le cours d'éducation à la sexualité a fait son retour dans les écoles de la province en septembre dernier, mais les sujets inscrits au programme causent parfois des malaises chez les enseignants et les élèves. Pour les accompagner, l'école secondaire Jeanne-Mance, à Montréal, compte sur l'aide de l'organisme communautaire Plein Milieu.

L'atelier sur la contraception allait bon train. Il avait été question de la pilule et du timbre contraceptif. Un stérilet avait circulé en classe et des élèves l'avaient soit prestement passé à la personne suivante, soit examiné avec intérêt.

« Maintenant, notre partie préférée : le condom », a annoncé Mikaela Lemieux en sortant deux pénis en bois d'une boîte. Malgré cela, l'attention des jeunes s'est lentement déplacée au fond de la classe, où un élève se tenait la tête entre les mains. Il a faiblement annoncé qu'il ne se sentait pas bien, avant de quitter le local escorté de son enseignant, s'arrêtant même en chemin pour s'appuyer sur un pupitre. C'était évident, quelque chose n'allait pas.

« Personne d'autre a mal à la tête ? », a demandé l'une des intervenantes avec un sourire entendu quand l'élève a eu quitté la classe. L'atelier s'est poursuivi.

Dans un corridor, la coordonnatrice de Plein Milieu a croisé le jeune homme qui se rendait chez l'infirmière. Elle a su ce qui se passait.

« Je lui ai dit que je voulais qu'il me dise la vérité parce qu'on s'inquiétait pour sa santé, et qu'après on pourrait parler, dit Joëlle Dalpé. Il m'a dit qu'on ne l'avait pas éduqué comme ça. »

Élevé dans une culture où on n'a pas de relations sexuelles hors mariage, il avait eu l'impulsion de quitter la classe, quitte à jouer la comédie.

« Je lui ai demandé s'il croyait que c'était pertinent de connaître ces choses, il m'a dit oui. Je lui ai demandé s'il avait senti qu'on le forçait à avoir des relations sexuelles ou à utiliser le condom, il a dit non. Il faut juste relativiser », poursuit Joëlle Dalpé, qui travaille depuis 10 ans entre les murs de l'école secondaire et a l'habitude de composer avec les sensibilités culturelles.

Neuf mois après l'implantation du programme d'éducation à la sexualité, entre la première année du primaire et la cinquième secondaire, la Fédération des syndicats de l'enseignement a récemment fait le constat que « ça ne passe pas » auprès de plusieurs enseignants. Dans trois écoles secondaires de Montréal, les intervenantes de Plein Milieu viennent en soutien au personnel. Ça se fait sans frais pour la commission scolaire, puisque l'organisme est financé par Centraide et le ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Les jeunes ne sont pas préparés » 

En septembre, les enseignants de l'école Jeanne-Mance ont été sondés pour savoir s'ils avaient un intérêt à intégrer l'éducation à la sexualité dans un de leurs cours.

« J'aurais cru qu'en 2019, la plupart des profs auraient dit que c'est une matière comme une autre », dit le conseiller pédagogique Tarik Elbabarti. Le tiers des enseignants s'est montré enthousiaste, dit-il, mais la même proportion a exprimé une réticence, tandis que l'autre tiers n'a tout simplement pas voulu s'impliquer.

Pourtant, le contenu enseigné est indispensable, estime Tarik Elbabarti.

Tarik Elbabarti, conseiller pédagogique de l'école secondaire Jeanne-Mance.... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE) - image 2.0

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Tarik Elbabarti, conseiller pédagogique de l'école secondaire Jeanne-Mance.

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« Je comprends que ça peut être plus sensible au niveau culturel ou religieux pour certains. Mais les élèves ont besoin de cette éducation à la sexualité ! C'est un programme qui a été relancé parce que ça manquait à l'éducation des élèves. » - Tarik Elbabarti, conseiller pédagogique à l'école secondaire Jeanne-Mance

« Les jeunes ne sont pas préparés à vivre une vie sexuelle saine », poursuit M. Elbabarti.

Les adolescents jonglent aussi avec plusieurs concepts qu'ils ne comprennent pas toujours.

« Par exemple, on entend souvent des choses comme "je suis polyamoureux" ou "je suis non binaire". Cette terminologie fait partie du vocabulaire des élèves, mais il n'y a pas de compréhension de ce que les concepts veulent dire. C'est superficiel et l'information vient de l'internet. Ce n'est pas de l'information adéquate », explique le conseiller pédagogique.

Dans la classe où Mikaela Lemieux et Ana Miudo donnent leur atelier, un mot fait justement tiquer un élève, qui lève la main.

Joëlle Dalpé, coordonatrice clinique de Plein Milieu.... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE) - image 3.0

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Joëlle Dalpé, coordonatrice clinique de Plein Milieu.

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« C'est quoi, un cunnilingus ? », demande-t-il. Ana Miudo l'explique sans détour. « Ah, un tibèf ! », rétorque l'élève, suscitant une franche rigolade dans la classe. Dans ce milieu multiculturel, c'est l'expression en créole qui s'est imposée.

Dissiper les malaises des enseignants

La directrice générale de l'organisme Plein Milieu est récemment allée présenter ce que fait son organisme au conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal pour proposer d'étendre les tentacules de l'organisme dans les écoles.

« On l'a entendu, il y a des professeurs qui ne sont pas à l'aise avec le cursus. Nous, on est prêts à épauler, soutenir et former les professeurs ; proposer notre expertise et notre expérience », dit Lyne St-Amour. Elle souhaite que le ministère de l'Éducation accorde du financement pour appuyer les enseignants dans l'implantation du programme.

Sur le terrain, les intervenantes de Plein Milieu distinguent sans peine où sont les difficultés des enseignants. 

« Pour parler du côté abstrait comme les relations amoureuses, [les enseignants] sont plus à l'aise. Mais quand on parle de relations sexuelles, de pornographie, de méthodes contraceptives, c'est plus sensible parce que c'est forcément plus cru. Il y a aussi le rapport prof-élève qui les rend mal à l'aise. » - Joëlle Dalpé, coordonnatrice de l'organisme Plein Milieu

Il n'y a pas que les enseignants du secondaire qui ont besoin de soutien pour bien répondre aux questions des élèves. Dans son bureau, Joëlle Dalpé égraine la liste que lui a envoyée une enseignante de sixième année qui doit aborder le sujet de la puberté avec ses élèves et qui a requis l'aide de Plein Milieu.

« Quelle est la grandeur maximum d'un gars et d'une fille ? Qu'est-ce que le sexe ? L'anorexie, est-ce que ça dure longtemps ? Le mal de tête vient-il avec les règles ? Qu'est-ce qu'une agression sexuelle ? À quoi ressemblent les poussées de croissance ? Comment fait-on des enfants ? À quel âge commence la puberté ? C'est quoi, du sperme ? Est-ce qu'on peut devenir moins mature ? À quel âge commence-t-on à avoir des boutons ? »

Devant ce barrage de questions d'enfants qui en laisseraient plus d'un sans mot, Joëlle Dalpé ne se laisse pas désarçonner. « Je vais répondre aux questions et lui montrer comment parler aux élèves. Mon but, c'est de rendre les enseignants responsables et de leur donner confiance. Parler de puberté, c'est assez facile une fois qu'on a les outils », souligne-t-elle.

Le conseiller pédagogique de l'école Jeanne-Mance ne se passerait pas des services des intervenantes de Plein Milieu. « On est chanceux de les avoir, dit Tarik Elbabarti. Si elles n'étaient pas là, c'est certain que les profs se sentiraient moins soutenus. De les avoir dans l'école, ça sécurise les enseignants. »

Éducation à la sexualité obligatoire

À la rentrée 2018, l'éducation à la sexualité est redevenue obligatoire dans les écoles du Québec, une décision du gouvernement Couillard prise dans la foulée du mouvement #moiaussi. Ce sont les enseignants qui, dans le cadre de leurs cours habituels, doivent former les élèves à raison d'environ 5 heures par année au primaire et jusqu'à 15 heures au secondaire.




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