Il y a bel et bien pénurie et il n’est plus question de se priver d’enseignants étrangers en leur opposant des refus tatillons ou des exigences exagérées de cours d’appoint. « On ne va pas les écœurer avec la bureaucratie. On va leur faire la courte échelle », assure en entrevue à La Presse Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation. Le plus gros obstacle pourrait maintenant être le salaire.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Au début du mois de juin aura lieu à Paris une campagne de séduction des enseignants. Des représentants des commissions scolaires et du Ministère seront sur place, et ils fondent beaucoup d’espoirs sur cette démarche de recrutement. Marchera, marchera pas ?

Quoi qu’il en soit, les candidats se feront dire qu’en ces temps de pénurie, ils peuvent facilement obtenir une « tolérance d’engagement », que des règlements seront bientôt modifiés pour que leurs acquis soient mieux reconnus, qu’ils ont maintenant dix ans plutôt que cinq pour obtenir leur brevet et qu’ils n’auront pas à retourner à l’université « plus longtemps que nécessaire », assure le ministre Roberge.

« De nouvelles formations seront offertes d’ici un an et demi. » — Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Il n’est pas question de niveler par le bas, dit-il, mais d’offrir des formations universitaires plus diversifiées et mieux adaptées à ce type de candidats, ce qui inclura des stages dans les écoles.

Lettre modifiée

Encore en janvier, le ton était tout autre dans la lettre du ministère de l’Éducation envoyée à Emmanuel Laforge, instituteur belge qui espérait venir enseigner au Québec et qui a quelque 20 ans d’expérience.

La lettre l’informait qu’il ne pouvait pas avoir de permis d’enseignement. On l’invitait plutôt à communiquer avec une université québécoise pour qu’il y refasse d’abord ses classes, en vue d’obtenir un brevet.

Or, M. Laforge a la même formation que la plupart des instituteurs belges, dont la formation universitaire est plus brève que les quatre ans obligatoires, ici, dans une faculté d’éducation.

Quand La Presse a évoqué son histoire, le cabinet de M. Roberge a demandé de voir la lettre, que nous lui avons transmise (avec l’assentiment de M. Laforge).

Ce type de lettre générique, nous explique-t-on, vient d’être modifié parce qu’il y manque un paragraphe essentiel. Non, en descendant de l’avion, le candidat n’obtiendra pas son permis officiel d’enseigner, mais oui, « il pourra penser avoir un contrat à 80 % ou même à temps plein et avoir une stabilité » dans une école, corrige aujourd’hui le ministre Jean-François Roberge.

« On a besoin de cette main-d’œuvre », dit-il.

Ancienneté non reconnue

À quel salaire ? M. Roberge souligne que les premiers échelons ont été relevés, mais précise que l’ancienneté accumulée à l’étranger ne sera pas reconnue. Les candidats pourront donc recevoir environ 46 000 $, un salaire semblable à celui que reçoit un instituteur belge à l’entrée.

Pour M. Laforge, cette non-reconnaissance de l’ancienneté risque de peser lourd dans la balance.

Les jeunes Européens pourront en tout cas, à son avis, être tentés par l’aventure. « Le système d’éducation québécois a très bonne réputation chez nous. En Belgique, on en est encore à des cours très magistraux et à des maîtres à qui il ne faut rien dire. On entend dire que chez vous, la pédagogie est beaucoup plus avancée. »