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Carte de défavorisation: «Ce n'est pas vrai que mes élèves se sont enrichis»

Patrick Trottier, enseignant à l'école primaire Saint-Étienne... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Patrick Trottier, enseignant à l'école primaire Saint-Étienne

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Parents et enseignants s'inquiètent des effets qu'auront les changements apportés à la carte de défavorisation dans les écoles

Ce n'est pas parce que le quartier où est installée une école s'embourgeoise que les élèves qui la fréquentent s'enrichissent, dénoncent parents et citoyens. Ils entendent former des chaînes humaines devant plusieurs écoles ce matin pour rappeler que plusieurs d'entre elles sont privées de sommes substantielles maintenant qu'on juge qu'elles sont en milieu favorisé.

Patrick Trottier ne décolère pas. L'école primaire de Rosemont où il enseigne perdra, comme plusieurs autres, le financement qu'elle recevait en raison du milieu socioéconomique où elle est située, parce que le portrait du quartier a changé. « Ce n'est pas vrai que mes élèves se sont enrichis », dit-il.

Les effets se feront sentir sur le terrain. De deux orthopédagogues, explique l'enseignant, l'école passera à un. Dans les classes, le ratio maître-élèves sera augmenté. Comme dans toutes les écoles dites « régulières », il pourrait y avoir jusqu'à 26 élèves par classe en sixième année.

« Cette année, j'ai le luxe d'avoir 17 élèves dans ma classe. J'ai sept plans d'intervention : ce sont des modifications à mon enseignement que je dois faire. L'an prochain ce sera quoi ? La moitié des élèves ? Est-ce que je vais être capable seul, comme enseignant, de donner à mes élèves ce dont ils ont besoin ? Non », tranche Patrick Trottier.

CHOIX DÉCHIRANTS

Il craint qu'à l'avenir, des choix déchirants ne doivent être faits. Que des élèves « vraiment sur le bord », ceux qu'il serait possible d'« aider dans leur réussite » ne soient laissés de côté par manque de spécialistes.

Il n'est pas le seul à craindre les effets concrets qu'auront les changements apportés à la carte de défavorisation. Ce matin, des citoyens formeront des chaînes humaines devant plusieurs écoles pour dénoncer le fait qu'un millier d'enfants ne pourra plus bénéficier de repas à 1 $ en raison du retrait d'une mesure d'aide alimentaire. Ils exigent en outre que les services aux élèves soient financés à la hauteur des besoins, peu importe le milieu où ils habitent.

Ils reprennent ainsi une formule lancée par le mouvement « Je protège mon école publique » qui, à l'automne 2015, avait appelé à la formation de chaînes humaines pour manifester contre les compressions en éducation du gouvernement libéral. Des centaines d'établissements avaient participé au mouvement.

« Les parents sont écoeurés de répéter toujours la même affaire, ils ne se mobilisent pas de gaité de coeur. Ils sont tannés de souffrir année après année des compressions », dit Yann Omer-Kassin, porte-parole de Je protège mon école publique. Quatre ans après la naissance du mouvement, les revendications sont les mêmes, ajoute-t-il. « Peut-être que le fruit est mûr pour faire une réflexion plus large sur l'éducation au Québec », avance M. Omer-Kassin.

« IL FAUT ALLER PATCHER »

Malgré de nouvelles mesures annoncées par le ministère de l'Éducation pour contrebalancer les pertes causées par les changements à l'indice de défavorisation, l'école secondaire Père-Marquette devra faire avec 112 000 $ en moins dans son budget l'an prochain.

« Il faut prendre de l'argent quelque part, aller patcher », dit le président du conseil d'établissement de l'école, Yannick Sadler.

Il connaît déjà l'un des effets de ce resserrement de budget. Dès l'an prochain, les activités parascolaires qui étaient subventionnées par l'école coûteront plus cher. 

« Une activité qui coûtait 100 $ par année, par exemple, va coûter 300 $. Pour les parents, ça peut faire une grosse différence. »

- Yannick Sadler, président du conseil d'établissement de l'école Père-Marquette

« Même avec l'indice de défavorisation, on ne fournissait pas les services nécessaires pour la population de l'école. Il y a un déficit depuis tellement longtemps dans le système qu'on se servait de ces fonds-là pour en éponger une partie, mais ça ne sera plus possible », observe le président du conseil d'établissement de cette école qui accueille plus de 1300 élèves.

À l'école primaire Saint-Étienne, Patrick Trottier se demande quant à lui pour combien de temps il pourra garder ce qui fait de sa classe combinée de 5e et 6e année un lieu où il est agréable d'apprendre. « J'ai une serre, un terrarium, des guitares, un coin lecture. On va mettre des pupitres à la place ? », demande l'enseignant.

QU'EST-CE QUE L'INDICE DE DÉFAVORISATION ?

Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MEES) attribue à chaque école un indice de milieu socioéconomique, qui tient compte à la fois du niveau de scolarisation de la mère et de l'activité des parents. De 2008 à 2017, cet indice était calculé avec les données du recensement de 2006. Les données proviennent maintenant du recensement de 2016.




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