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Six écoles illégales connues de Québec

La communauté hassidique Lev Tahor a fui Sainte-Agathe-des-Monts... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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La communauté hassidique Lev Tahor a fui Sainte-Agathe-des-Monts il y a plus de six mois, mais il est encore possible de visiter son école.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Alors que le nouveau ministre de l'Éducation lance des appels à la dénonciation contre les écoles religieuses illégales afin de les fermer, le gouvernement dispose déjà d'une liste d'une demi-douzaine d'établissements qui agissent complètement en marge de la loi, a appris La Presse.

Dans plusieurs cas, Québec est informé de leur existence depuis des années sans toutefois que des poursuites aient été lancées.

La liste est essentiellement composée d'écoles illégales destinées aux enfants de confession juive orthodoxe. Elles se trouvent à Outremont, à Boisbriand et ailleurs dans la province.

Des visites du ministère semblent avoir eu lieu dans tous ces établissements, mais des procédures judiciaires n'ont été entamées qu'à l'encontre de l'une d'entre elles: l'Académie Yeshiva Toras Moshe de Montréal. Si l'on exclut de cette liste l'école de la secte Lev Tahor - en exil - quatre écoles fonctionnent toujours sans être inquiétées par des procédures judiciaires de Québec.

Revers judiciaire

Selon nos informations, un premier échec devant la Cour supérieure dans le dossier de l'Académie Yeshiva Toras Moshe aurait rendu les fonctionnaires extrêmement réticents à retourner devant les tribunaux pour faire fermer d'autres écoles.

En 2011, le juge Gérard Dugré a refusé de fermer l'école d'urgence, en expliquant que la tolérance de Québec avait duré si longtemps - l'école existe depuis 1952 - qu'il n'y avait plus d'urgence à agir. «L'importance du délai écoulé entre 1952 et octobre 2006 constitue un obstacle incontournable dans les circonstances», a écrit le juge Dugré.

Au bureau du ministre de l'Éducation, on assure qu'Yves Bolduc entend être ferme envers les écoles clandestines.

Un comité interministériel d'action sera d'ailleurs annoncé aujourd'hui: le ministre de l'Éducation ainsi que ses collègues de la Justice et des Services sociaux y évalueront de nouveaux outils, «notamment législatifs», à adopter pour lutter contre ces écoles.

«On veut régler le problème une fois pour toutes, d'où le comité interministériel. Toutes les solutions sont sur la table et on veut procéder rapidement», a fait valoir Yasmine Abdelfadel, attachée de presse du ministre Bolduc.

La semaine dernière, le ministre appelait les députés d'opposition à dénoncer toute école clandestine dont ils avaient connaissance plutôt que de critiquer l'inaction du gouvernement dans ce dossier.

M. Bolduc n'est pas le premier ministre de l'Éducation à dire vouloir agir rapidement pour trouver une solution à ce problème. Mais quatre écoles seraient toujours en fonction, sans avoir à se défendre devant les tribunaux.

Deux d'entre elles sont à Boisbriand: l'École juive pour garçons et l'Académie de jeunes filles Beth Tziril.

Dans le premier cas, l'école aurait fait des représentations auprès du gouvernement pour faire valoir qu'elle n'était pas un établissement d'enseignement en bonne et due forme, mais plutôt un lieu où des cours de religion sont donnés. Toutefois, selon l'analyse du MELS, environ 300 garçons fréquentent exclusivement cette école. Le gouvernement connaît son existence depuis au moins cinq ans.

Preuve insuffisante

Selon nos informations, les avocats du gouvernement ont estimé que la preuve amassée contre l'établissement n'était pas suffisante pour la traîner devant les tribunaux.

Les soeurs et les amies des élèves de l'École juive pour garçons fréquentent plutôt l'Académie Beth Tziril. Ce dossier serait en cours au niveau du ministère de l'Éducation, selon nos informations.

À Outremont, l'Académie Beth Esther avait un permis de fonctionnement il y a encore quelques années, mais l'a perdu depuis. L'établissement continue à opérer de façon illégale depuis. Une visite avec mandat a eu lieu en octobre 2013 et une mise en demeure aurait été rédigée, sans toutefois être envoyée.

La seule école figurant sur la liste du ministère et qui n'est pas de confession juive est l'Église-école mennonite de Roxton Falls, un petit établissement qui accueillerait à peine une quinzaine d'enfants. Une visite avec mandat a eu lieu l'automne dernier.

Trois types d'écoles confessionnelles

Écoles légales et conformes

Ces écoles, qui représentent la majorité des écoles confessionnelles, se plient aux exigences gouvernementales. En conséquence, elles ont reçu un permis de fonctionnement à long ou à moyen terme.

Écoles légales mais non conformes 

Ces établissements possèdent un permis du ministère de l'Éducation même si elles ne se conforment pas à toutes les exigences gouvernementales. Québec leur remet des permis de fonctionnement à court terme afin de les surveiller.

Écoles illégales

Ces écoles n'ont pas de permis de fonctionnement et fonctionnent conséquemment en marge de la loi. Québec les considère comme «clandestines». Elles sont au nombre de six.

Alors que le nouveau ministre de... (Photo Stéphanie Mantha, La Voix de l'Est) - image 3.0

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Photo Stéphanie Mantha, La Voix de l'Est

LES ÉTABLISSEMENTS CLANDESTINS

Église-école mennonite

401, rue Notre-Dame, Roxton Falls

Quand nous nous sommes rendus dans cet établissement, en début d'après-midi un jour de semaine, une dizaine d'enfants jouaient au baseball à l'arrière de l'école. Les jeunes filles portaient toutes une jupe longue, et avaient les cheveux relevés en chignon et retenus par une résille noire à la façon traditionnelle des mennonites. Ignorant notre métier journaliste, l'un des enseignants nous a informés que 22 élèves fréquentaient l'école et qu'auprès du Ministère, ils étaient en fait enregistré comme faisant l'école à la maison. L'enseignant nous a fait entrer dans l'école, qui a été emménagée dans l'église. Il y avait là des pupitres et un paravent séparant ce qui tenait lieu de classes, à savoir deux classes multiniveaux. On nous a donné le numéro de téléphone de celui que l'enseignant désignait comme le responsable de l'école. Au téléphone, cet homme a dit ne pas vouloir émettre de commentaires à La Presse. Selon nos informations, l'école privilégierait l'enseignement des travaux ménagers.

Alors que le nouveau ministre de l'Éducation... (Photo David Boily, La Presse) - image 4.0

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Photo David Boily, La Presse

Académie Beth Esther

1239, avenue Van Horne, Outremont

Selon le rapport annuel 2011-2012 de la Commission consultative de l'enseignement privé, cet établissement offre des services éducatifs depuis 1956, mais ce n'est qu'en 2003 que le Ministère a été mis au fait de son existence. L'école a obtenu son premier permis en 2007, permis qui a été renouvelé à quelques reprises contre la promesse de corriger diverses irrégularités relatives notamment au peu d'enseignants qualifiés et au manque suivi du programme du Ministère. L'école a finalement perdu son permis en 2012. À l'époque, 244 élèves y étaient inscrits. Aujourd'hui, 200 enfants la fréquenteraient encore. La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a envoyé ce printemps une lettre à leurs parents, leur rappelant leur obligation d'envoyer leurs enfants dans un établissement reconnu. Le cas échéant, prévenait la commission scolaire, l'absence d'inscription serait signalée à la Direction de la protection de la jeunesse. Au moment de notre passage, on n'a vu aucun enfant et l'édifice semblait déserté.

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Photo Olivier Pontbriand, La Presse

Académie Yeshiva Toras Moshe

5669, avenue Casgrain, Montréal

Aujourd'hui située dans un édifice de briques rouges très bien tenu, avenue Casgrain à Montréal, l'Académie Yeshiva Toras Moshe donne une éducation religieuse pour jeunes garçons hassidiques de la communauté Satmar depuis un quart de siècle. Depuis 2006, le ministère de l'Éducation demande sans succès à cette école de se conformer au curriculum national, les responsables de l'école tenant à une instruction religieuse intensive. L'établissement n'aurait jamais demandé ni reçu de fonds publics pour assurer son financement. Au moment de notre visite, un matin de semaine, les portes de l'école étaient fermées, mais plusieurs jouets traînaient dans la cour. Les gens du voisinage nous ont indiqué que l'école recevait toujours des élèves. Il n'a pas été possible de joindre Alex Werzberger, qui agit comme porte-parole de la communauté hassidique en général et dans ce dossier en particulier.

- Louise Leduc

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Photo Marco Campanozzi, La Presse

École Talmud Torah de Tosh

16, avenue Beth-Halevy, Boisbriand

Construite au début des années 90, l'école Talmud Torah accueille, six jours par semaine, quelques centaines de garçons de 3 à 13 ans. Pourtant, elle n'a jamais demandé ni obtenu de permis d'enseignement du ministère de l'Éducation. «Ça n'a rien à voir avec une école: c'est seulement de la religion», déplore Shifra, une femme qui a quitté la communauté juive hassidique Kiryas Tosh il y a près de cinq ans, avec son conjoint et ses enfants. Son garçon a déjà fréquenté l'école Talmud Torah, où l'on ne fait que réciter des textes religieux. «Après l'école, en option, les garçons peuvent prendre des cours de mathématiques et d'anglais, mais c'est vraiment la base, niveau 1re année», explique Shifra. À partir de 13 ans, les garçons fréquentent l'école voisine. Là aussi, on n'y enseigne que la religion. Lors du passage de La Presse, c'était jour de fête religieuse, et les enfants n'étaient pas à l'école. À l'intérieur, un vieil homme lisait un épais manuscrit dans une classe. Il n'a pas voulu répondre à nos questions. L'école accueille aussi un centre de la petite enfance de 80 places reconnu depuis 2005 par le ministère de la Famille.

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Photo Marco Campanozzi, La Presse

L'Académie des jeunes filles Beth Tziril

251, avenue Beth-Halevy, Boisbriand

De 1995 à 2013, le ministère de l'Éducation a non seulement délivré un permis d'enseignement à l'Académie des jeunes filles Beth Tziril, mais il lui a aussi versé des subventions. Lorsqu'il renouvelait le permis, le Ministère le faisait pour de courtes durées, et à diverses conditions. En 2012, seulement 3 professeurs sur 24 détenaient une autorisation d'enseigner, peut-on lire dans le rapport de la Commission consultative de l'enseignement privé. L'école accueillait alors 380 jeunes filles de niveau préscolaire à secondaire. Selon Shifra, une membre défroquée, les filles récitent des textes religieux le matin et étudient d'autres matières, comme le français ou l'anglais, en après-midi. «Contrairement aux garçons, qui sont coupés du monde pour se concentrer sur la religion, les filles doivent apprendre à se débrouiller, parce que ce sont elles qui vont faire les courses», explique-t-elle. En juin 2013, le Ministère a refusé de renouveler le permis de l'école. Rencontré devant chez lui, un administrateur de l'établissement, Shimshon Huss, a défendu l'enseignement qu'on offre dans les écoles de sa communauté. «Ça fait plus de 100 ans qu'elles existent, a-t-il dit. J'ai moi-même été élevé dans une école comme celle-là, à Montréal.» L'Académie Beth Tziril accueille aussi un centre de la petite enfance de 80 places depuis 1997.

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Photo Marco Campanozzi, La Presse

L'école de la communauté Lev Tahor

580, rue des Bouleaux, Sainte-Agathe-des-Monts

La communauté hassidique Lev Tahor a fui Sainte-Agathe-des-Monts il y a plus de six mois, mais il est encore possible de visiter son école, qui a peu changé depuis l'exil du groupe à Chatham, en Ontario. Le bâtiment blanc de deux niveaux ne paie pas de mine. Il est aujourd'hui en vente, comme 16 autres bâtiments appartenant à la communauté. «Les transactions se font à 40% du prix demandé», souligne le courtier immobilier Henri Primeau. À l'étage, cinq minuscules pièces accueillent chacune de cinq à huit vieux pupitres en bois. Lorsqu'elle a fui, la communauté achevait la construction d'une toute nouvelle école de quatre étages, construite, comme la première, en zone résidentielle. Au troisième étage du nouveau bâtiment, des centaines de livres de prières pour enfants encore emballés sont empilés. La communauté Lev Tahor a admis que ses enfants recevaient une éducation religieuse; son école n'a jamais détenu de permis d'enseignement. La communauté Lev Tahor compte environ 200 membres, dont plus de la moitié sont des enfants. Quatorze d'entre eux sont au coeur de procédures judiciaires entreprises par les services sociaux du Québec et de l'Ontario.

- Catherine Handfield




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