Le gouvernement Marois diminue un peu les attentes en prévision du Sommet sur l'enseignement supérieur de lundi et mardi. Il ne vise pas une entente ou une déclaration commune signée par tous les participants, contrairement aux précédentes grands-messes du genre.

Mis à jour le 23 févr. 2013
Tommy Chouinard LA PRESSE

En entrevue à La Presse, hier, le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a expliqué qu'il souhaite avant tout un «dialogue». Il veut dégager un maximum de consensus, certes, mais le gouvernement se réserve le mot final sur les décisions.

«Il n'est pas question, au moment où on se parle, de déclaration commune où tout le monde signe et tout ça. Ce qu'on vise, c'est vraiment des discussions et d'avoir suffisamment avancé pour dire qu'on se dirige dans telle ou telle direction. Il n'est pas question d'amener les gens à signer quoi que ce soit», a-t-il expliqué.

Il a fait valoir que le gouvernement libéral avait «forcé» en vain les acteurs du monde universitaire à signer une entente lors de la rencontre des partenaires de décembre 2010. «Ce fut un échec total», a-t-il lancé. Syndicats et étudiants avaient claqué la porte.

Pierre Duchesne rappelle souvent que le dernier sommet sur l'éducation remonte à loin, il y a plus de dix ans. Or, lors de ce Sommet sur le Québec et la jeunesse, en 2000, les participants avaient signé une «déclaration commune» plutôt étoffée. Il y avait également eu le même genre de déclaration lors du Sommet socioéconomique de 1996.

Mais des sources ont signalé à La Presse que le gouvernement a constaté, lors de rencontres privées, que la signature d'une entente ou d'une déclaration commune serait très difficile. Surtout en raison des positions divergentes sur les droits de scolarité, l'enjeu à l'origine de la crise étudiante.

Sur ce point, le ministre s'est ménagé plusieurs options dans l'espoir de faire accepter son indexation. Comme La Presse l'a déjà signalé, il proposera au sommet quelques scénarios de hausses allant de 2% (environ 46$ par an) à 3,5% (83$). Mais Québec suggère par ailleurs de toucher aux frais afférents, qui s'ajoutent aux droits de scolarité et augmentent d'environ 4% par an. Ils atteignent en moyenne 800$ par an. Québec veut également bonifier les prêts et bourses, et suggère de revoir le crédit d'impôt sur les droits de scolarité «pour contribuer à réduire l'endettement des étudiants», entre autres.

Sans renoncer au gel des droits de scolarité, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, se dit «ouverte à voir ces différents scénarios». «Mais ça ne veut pas dire qu'on va accepter, a-t-elle aussitôt ajouté. On le sait qu'on ne s'entendra pas sur les droits de scolarité.»

Pas une fin en soi

Pierre Duchesne souligne que le sommet n'est pas une fin en soi. Il faut s'attendre, mardi, au lancement de plusieurs «chantiers de travail». L'un portera, par exemple, sur la révision de la formule de financement des universités. La formule actuelle est essentiellement basée sur le nombre d'étudiants.

Dans son cahier, Québec suggère de rendre le réinvestissement qu'il a promis aux universités conditionnel «à l'atteinte de certains objectifs». Rappelons qu'il s'est engagé à ce que les subventions des universités augmentent graduellement pour atteindre près de 3,6 milliards en 2018-2019, une hausse de 800 millions par rapport à cette année.

Pierre Duchesne veut bonifier le financement des universités qui accueillent des étudiants de première génération, une façon d'améliorer le taux d'obtention de diplôme. Le réseau des universités sera la grande gagnante de ce changement.

Parmi ses priorités à court terme, le ministre veut que le réinvestissement serve à embaucher des professeurs. «On est beaucoup plus favorable au développement humain qu'au béton, a soutenu M. Duchesne. Autant les recteurs que la Fédération québécoise des professeurs d'université (FQPPU) disent qu'il faut plus de professeurs. C'est clair qu'il y a un besoin.» Selon la FQPPU, il manque au minimum de 800 à 1000 professeurs, ce qui représente au moins 200 millions d'investissements. On compte 21,9 étudiants par professeur au Québec, alors que la moyenne canadienne est de 18.

Compressions

De leur côté, les recteurs peaufinent une proposition pour atténuer l'impact des compressions budgétaires de 124 millions cette année, et également pour 2013-2014. Ils négocient en privé avec le gouvernement. Une idée est dans l'air: Québec pourrait verser plus tôt le réinvestissement promis pour 2014-2015; il prévoit augmenter de 8,5% les subventions des universités cette année-là. Il faut savoir que l'année financière du gouvernement prend fin le 31 mars, mais que celle des universités se termine le 30 avril. Selon la proposition qui circule, le gouvernement accorderait un réinvestissement dès avril 2014 - donc au début de son année 2014-2015.

Les universités pourraient comptabiliser ces sommes pour leur année 2013-2014, qui serait ainsi plus facile à boucler.