Les premières années de vie d'un enfant ont un impact sur tout son cheminement scolaire. Dans certains quartiers défavorisés, notamment dans Centre-Sud et Hochelaga-Maisonneuve, la pédiatrie sociale s'avère souvent une alliée précieuse, qui permet d'intervenir tôt dans les familles.

Pascale Breton LA PRESSE

Elle dresse un pont entre les milieux de la santé, des services sociaux et de l'éducation.

«Un médecin, c'est souvent moins menaçant. Des parents qui n'auraient jamais consulté autrement vont accepter que je voie leur enfant parce qu'il fait de l'asthme. Petit à petit, on va travailler autre chose qui touche la famille», explique le Dr Samuel Harper.

Il dirige le Centre de pédiatrie sociale Centre-Sud, qui a vu le jour il y a un peu plus de deux ans, à même l'école Champlain. Quelque 200 familles y sont maintenant suivies.

Dans le cabinet du Dr Harper, c'est une table de cuisine qui occupe la majeure partie de l'espace. La table de consultation a été poussée dans un coin.

En pédiatrie sociale, on est convaincu que tous les intervenants doivent se parler et prendre part ensemble aux décisions, avec les familles concernées. Pas question de travailler en silo.

Dans la pièce, on retrouve donc l'enfant, ses parents, le médecin, l'adjointe médicale, le travailleur social, parfois même l'enseignant ou la Direction de la protection de la jeunesse.

En parallèle, d'autres programmes sont offerts au Centre, notamment en psychoéducation et en art-thérapie. Ils permettent souvent aux enfants qui ont subi des blessures profondes d'exprimer leurs souffrances.

Des ateliers pour les tout-petits

Le Centre de pédiatrie sociale Centre-Sud est l'un des nombreux centres qui ont fleuri au cours des dernières années, dans la foulée du travail mené depuis plusieurs décennies par le Dr Gilles Julien.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, quartier voisin, le Centre d'aide à l'enfance du Dr Julien est connu des familles depuis longtemps pour ses nombreux services. Les ateliers de stimulation parents-enfants en font partie.

Un matin par semaine, quelques mères et leurs enfants se retrouvent dans un grand local du Centre pour participer à des activités de bricolage et de motricité, chanter et lire des histoires.

«Savez-vous planter des choux?», chante la psychoéducatrice, Karine Vézina, pour aider les petits à identifier les parties du corps. Deux mères se regardent, les yeux interrogateurs. Elles ne connaissent pas la chanson, mais elles miment les gestes avec le reste du groupe.

Nommer les couleurs en peinturant ou compter les cuillères de sucre en cuisinant, voilà de petits jeux simples qui favorisent le développement des enfants dès leur jeune âge.

Certains parents se trouvent toutefois démunis devant cette facette du développement de leurs enfants.

«Les parents et les enfants qui viennent ici vivent dans un contexte de grande vulnérabilité. Ils ont parfois été victimes de négligence, ils sont parfois négligents eux-mêmes, parfois fatigués ou épuisés. Quelquefois, ils ne savent juste pas quoi faire pour jouer ou consoler leurs enfants», explique Mme Vézina.

Les ateliers permettent aux parents - aux mères surtout - de briser leur isolement et d'apprendre des trucs pour favoriser l'apprentissage de leurs enfants. Les jeunes acquièrent quant à eux des habiletés qui seront nécessaires pour commencer l'école du bon pied.

«Je vois un changement. Mon enfant parle beaucoup mieux, il fait des phrases complètes», confie ainsi une mère au sujet de son bambin de 3 ans.