Les écoles de l'ouest de l'île de Montréal vivent une crise sans précédent. Plusieurs établissements ont dû aménager des classes dans le gymnase, la bibliothèque, les locaux de services de garde et ceux d'informatique faute de place. La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys vient de demander au ministère de l'Éducation près de 120 millions de dollars pour l'ajout de 163 nouvelles classes. C'est sans compter de nombreux travaux d'agrandissement déjà en cours.

Gabrielle Duchaine LA PRESSE

Depuis la rentrée, l'école primaire Enfants-du-Monde, à Saint-Laurent, est un véritable champ de bataille. La cour est amputée de moitié pour laisser place aux tracteurs et aux camions qui font de constantes allées et venues autour d'un trou béant. À côté, les cris des enfants, qui jouent entre de hautes clôtures temporaires, sont enterrés par le son des moteurs. Devant l'édifice, le gazon est inaccessible, également protégé par des clôtures et des rubans jaunes. Dans les classes, on sent les vibrations causées par les travaux de construction. Le bruit est constant. Les enseignants doivent parler plus fort.

Plusieurs casse-tête

«C'est un coup à donner», dit le directeur de l'école, René Bernier, en regardant le chantier. «Ce n'est pas une situation idéale et ça demande beaucoup d'adaptation à tout le monde. Mais on sera moins à l'étroit après.»

Il était temps. Dans cette école de 500 élèves, chaque recoin est utilisé pour que tout le monde ait de la place. Durant l'été, trois classes ont été aménagées dans le gymnase. Depuis, les cours d'éducation physique se donnent dehors quand le temps le permet, ou carrément en classe. «Il faut faire preuve de beaucoup de créativité», note M. Bernier. Au sous-sol, le service de garde sert en même temps de salle de classe pour un groupe de maternelle. Un autre casse-tête, indique le directeur: «Matin, midi et soir, on doit faire la transition entre les deux vocations.»

L'établissement, qui prévoit accueillir au moins 100 élèves supplémentaires dans les prochaines années, n'avait plus le choix d'agrandir. Il a obtenu récemment un budget de 5 millions pour la construction de huit salles de classe et d'un gymnase double, dont l'inauguration est prévue en février. Mais même ces travaux ne seront pas suffisants pour répondre à la demande dans le quartier. Selon une évaluation de la commission scolaire, il faudra 60 nouvelles classes dans Saint-Laurent d'ici 2017, sans compter les huit nouveaux locaux de l'école Enfants-du-Monde, pour recevoir 1320 nouveaux élèves.

Un problème répandu

Le manque de place est aussi criant dans LaSalle (il faut 22 classes pour 480 élèves d'ici 2017), Lachine (23 classes pour 505 élèves) et Pierrefonds (22 classes pour 480 élèves), en plus de nombreux projets déjà en marche ou annoncés, comme celui, controversé, d'une nouvelle école primaire à L'Île-des-Soeurs.

Les écoles de Mont-Royal et de Dorval souffrent aussi de manque d'espace. Tout comme les établissements scolaires de plusieurs quartiers du centre et de l'est de Montréal, note une porte-parole du Ministère. Et la crise pourrait bientôt s'étendre aux banlieues nord et sud de la métropole ainsi qu'aux régions de l'Outaouais, de Québec, de l'Estrie et de Drummondville.

Du jamais-vu

Mais dans l'Ouest-de-l'Île, c'est déjà bien réel. «On n'a jamais vu ça. Il y a une hypercroissance dans le secteur, explique le directeur général de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, Yves Sylvain. Il y a un fort taux d'immigration en plus de plusieurs nouveaux projets immobiliers.» C'est une particularité de ce secteur, qui reçoit une grande part des nouveaux arrivants. À l'école Enfants-du-Monde, par exemple, quelque 80% des enfants sont des immigrés, 15% de première génération.

«Déjà, nos classes sont pleines», dit M. Sylvain. En cinq ans, le nombre d'inscriptions est passé de 23 000 à 27 000. Et ça continue d'augmenter. Une école du territoire a notamment accueilli 550 élèves de plus que prévu au début de l'année: on en attendait 750, il y en a 1300. «On n'a pas le choix de leur faire de la place. On agrandit de l'intérieur en attendant mieux», dit le directeur général.

Depuis plusieurs années, de nombreuses écoles primaires et secondaires sont inévitablement en rénovation. La commission scolaire a aussi acheté des écoles privées ou anglophones, et de nouveaux bâtiments sont en construction. Depuis 2008, le Ministère a accordé les budgets pour 5410 nouveaux élèves dans huit villes ou arrondissements de l'ouest de Montréal. Les 163 nouvelles classes que vient de demander la commission scolaire s'ajoutent à ce nombre.

Outre le fait de devoir attendre qu'on lui alloue les sommes nécessaires, la CSMB doit aussi trouver la place pour construire ou agrandir. Un défi de taille dans un secteur de plus en plus dense.

«Il y a des endroits où on va devoir construire en hauteur pour arriver à conserver la cour», explique Yves Sylvain, qui assure que des solutions ont été trouvées dans «à peu près» tous les secteurs touchés par la pénurie. Fini, toutefois, l'image de la traditionnelle école de quartier à deux étages.

***

Locaux nécessaires d'ici 2017*

RoxboroDollard-Des-Ormeaux: 9 classes pour 200 nouveaux élèves

Mont-Royal : 13 pour 285 nouveaux élèves

Saint-Laurent : 60 pour 1320 nouveaux élèves

LaSalle: 22 pour 480 nouveaux élèves

Lachine: 23 pour 505 nouveaux élèves

L'Île-des-Soeurs : 2 pour 45 nouveaux élèves

Pierrefonds-Ouest : 22 pour 480 nouveaux élèves

Dorval : 22 pour 265 nouveaux élèves

*sans compter les travaux déjà en cours