Au moment où un rapport du gouvernement fédéral sur l'éducation internationale propose de doubler le nombre d'élèves étrangers dans les collèges canadiens, des embûches administratives empêchent le Québec d'en faire autant.

Mis à jour le 19 sept. 2012
Pascale Breton LA PRESSE

L'an dernier, Québec a pourtant mis sur pied un comité interministériel chargé de se pencher sur la question. Il devait remettre son rapport en décembre 2011, mais les délais s'étirent.

«Il semble que ce ne sera pas fait avant 2013», indique Jean Beauchesne, président et directeur général de la Fédération des cégeps.

Le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada vient pour sa part de rendre public le rapport L'éducation internationale: un moteur-clé de la prospérité future du Canada. Le document rappelle que le Canada connaîtra une pénurie importante de travailleurs qualifiés dans 10 ans.

Le rapport fait donc 14 recommandations, dont la première est de doubler le nombre d'élèves étrangers dans les collèges. En 2011, le Canada accueillait 239 131 étudiants étrangers. L'objectif est d'en accueillir 450 000 d'ici à 2022.

Le Québec risque toutefois de rester en plan si des mesures correctives ne sont pas apportées. «On demande au ministère de l'Éducation de simplifier le fonctionnement et de revoir l'entente Québec-France», explique M. Beauchesne.

Il y a moins de 3000 élèves étrangers dans les collèges québécois. La majorité d'entre eux a bénéficié de l'entente entre la France et le Québec qui permet aux élèves français de payer les mêmes droits de scolarité que les Québécois.

«Il faut créer des conditions favorables», affirme Hervé Pilon, directeur général du cégep André-Laurendeau et président de Cégep international.

Bien davantage que la barrière linguistique, ce sont des problèmes administratifs qui bloquent le recrutement à l'étranger, fait-il valoir. «Actuellement, le Québec n'est pas dans la course. Il va falloir lever un certain nombre d'obstacles.»

Les cégeps doivent notamment respecter les «quotas» d'élèves prescrits par Québec, sans quoi on leur impose des pénalités financières. Or, la plupart des élèves étrangers souhaitent étudier dans les grandes villes comme Montréal, et les établissements sont déjà remplis.

Dans les autres provinces, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique, les collèges facturent directement les droits de scolarité aux élèves étrangers - environ 10 000$ annuellement -, ce qui leur permet de construire des logements et d'organiser des services pour les accueillir. Ce n'est pas le cas au Québec, où c'est le ministère de l'Éducation qui empoche la majeure partie des droits de scolarité.

De plus, contrairement aux universités, les collèges n'ont aucune marge de manoeuvre qui leur permettrait d'adapter leurs programmes afin que des élèves étrangers fassent une partie de leurs études au Québec et une partie dans leur pays.