La proportion d'élèves allophones dépasse maintenant celle des francophones dans les écoles de Montréal. Quels sont les résultats scolaires de ces élèves immigrants? Pratiquement les mêmes que ceux des enfants nés au Québec. Mais ces succès exigeront beaucoup d'efforts et de travail, tant de la part de l'enfant que de ses parents. Premier volet d'une série à l'école primaire de la Mosaïque, où 92% des élèves n'ont pas le français comme langue maternelle.

Pascale Breton LA PRESSE

Cheveux impeccablement tressés et retenus par une boucle rose, Margot écoute attentivement l'enseignante de sa classe d'accueil donner les directives pour un exercice de grammaire.

Elle se met rapidement à l'ouvrage. Consciencieusement, elle souligne les verbes et les adjectifs qu'elle trouve dans le texte. Elle termine l'exercice en quelques minutes. Autour d'elle, les 15 autres élèves de la classe ont toujours la tête penchée sur leur feuille.

La fillette de 10 ans est arrivée d'Ukraine en février. Pourtant, dès la prochaine rentrée scolaire, elle va intégrer une classe régulière de son niveau. Elle a rapidement appris le français et le maîtrise suffisamment pour se débrouiller dans un cheminement scolaire ordinaire.

Margot demeure l'exception. En moyenne, les élèves de l'école primaire de la Mosaïque, à Côte-Saint-Luc, passent 10 mois en classe d'accueil. Le ministère de l'Éducation calcule qu'un élève du primaire peut y passer jusqu'à 20 mois. Au secondaire, certains restent en classe d'accueil 30 mois.

Après la classe d'accueil, les élèves de la Mosaïque sont dirigés vers des classes intermédiaires, selon leur âge et leur niveau. Lorsqu'ils sont en mesure de comprendre toute la matière en français, ils sont intégrés au sein des classes régulières, souvent même en cours d'année.

«Cette année, nous avons réussi à faire 21 intégrations complètes. C'est du jamais vu», se réjouit d'ailleurs la directrice, Isabelle Boivin.

L'école fait bonne figure en ce qui a trait à la réussite scolaire, même si 92% de ses élèves n'ont pas le français comme langue maternelle. Aux examens de fin d'année en écriture de 4e et de 6e année, les élèves ont obtenu une moyenne à peine inférieure à celle de l'ensemble des élèves de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, indique fièrement Mme Boivin, chiffres à l'appui.

Si l'on en juge par les statistiques, les élèves qui fréquentent l'école de la Mosaïque ont de bonnes chances de réussir. Ils immigrent en bas âge, sont souvent originaires des pays de l'Europe de l'Est, où l'éducation est très importante pour les familles, et reçoivent beaucoup de soutien dès le début de leur apprentissage scolaire.

L'école est pourtant située dans un quartier très défavorisé de Côte-Saint-Luc. Elle reçoit même une cote de 10 - sur une échelle de 10 - pour le faible revenu familial.

«C'est vrai que le milieu est défavorisé, mais on parle de défavorisation situationnelle. Nos familles ne sont pas démunies d'un point de vue social ou intellectuel. Pour une grande majorité de nos familles, l'école prend une place très importante», souligne la directrice.

Il n'est pas rare que les parents se présentent à la rencontre du bulletin accompagnés d'un traducteur pour être certains de bien comprendre les propos de l'enseignant. Ils prennent au sérieux la réussite de leur enfant.

Une fois qu'ils ont quitté la classe d'accueil, les enfants qui en ont besoin reçoivent encore du soutien linguistique. La maîtrise du français parlé est gage de succès pour le reste du parcours scolaire.

Dans le cadre de son Programme d'accueil et de soutien à l'apprentissage du français (PASAF), le ministère de l'Éducation verse plus de 30 millions annuellement pour aider les élèves immigrants. L'an dernier, 18 600 jeunes en ont bénéficié.

L'école de la Mosaïque a pour sa part reçu 353 000$ en 2009-2010 pour offrir des services de soutien linguistique à ses élèves, indiquent les données du Ministère.

Peu d'écarts

Les résultats scolaires des élèves immigrants sont comparables à ceux des autres élèves. La première génération d'immigrants est toutefois un peu plus à risque de décrocher avant d'avoir obtenu son diplôme, explique Marie McAndrew, professeure à l'Université de Montréal, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l'éducation et les rapports ethniques.

«Les recherches montrent que le taux de décrochage des immigrants de première génération est légèrement plus élevé d'environ 5%», explique-t-elle. Une différence qui disparaît avec la deuxième et, surtout, la troisième génération d'immigrants.

Pour ceux qui restent à l'école, les notes sont comparables, explique Mme McAndrew, qui a suivi une cohorte d'élèves immigrants pendant sept ans.

Aux résultats de mathématiques, les élèves de première et de deuxième génération d'immigrants ont obtenu 73%, comparativement à 72% pour ceux de troisième génération.

Les immigrants récents sont également plus nombreux à s'inscrire au cours de mathématiques enrichies. Les élèves provenant de l'Asie de l'Est sont ceux qui obtiennent les scores les plus élevés.

En français, les notes sont légèrement plus faibles. Les élèves de première et de deuxième génération ont obtenu 70,5% comparativement à 72,2% pour ceux de troisième génération. Ce sont les élèves de l'Europe de l'Est, même ceux de première génération, qui ont obtenu les scores les plus élevés avec un résultat moyen de 73,3%, dépassant même les élèves québécois.

Plusieurs facteurs influencent la réussite scolaire des immigrants. Si l'éducation est importante au sein de la famille, si les parents sont éduqués ou ont immigré pour que leurs enfants aient la chance de l'être, les résultats scolaires risquent d'être meilleurs, explique Mme McAndrew.

L'âge compte aussi pour beaucoup dans la réussite. L'enfant qui arrive en bas âge a plus de facilité à intégrer le système et rattraper le retard scolaire.

L'entourage est aussi important. Certaines communautés culturelles encadrent mieux que d'autres les nouveaux arrivants. Elles les guident dans leur apprentissage de la culture et facilitent ainsi leur adaptation.