Depuis sept ans, 156 écoles ont fermé leurs portes au Québec. Pendant ce temps, seulement 21 ont vu le jour. C'est le reflet d'une population décroissante et des défis multiples auxquels doit faire face le milieu scolaire, principalement les écoles anglophones. À quelques jours de la fin des classes, le sort de plusieurs écoles demeure en suspens.

Pascale Breton LA PRESSE

«Une école qui ferme, c'est comme la dernière lumière qu'on éteint dans une maison. Avant, on va avoir fermé la station-service, le dépanneur, la caisse populaire.»

La présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, le souligne à plusieurs reprises: la fermeture d'une école est l'ultime solution à la baisse de la clientèle. Mais elle est parfois inévitable.

Depuis sept ans, on a dû fermer 156 écoles au Québec, dont 50 en 2005-2006 seulement. En 2009-2010, dernière année pour laquelle des statistiques sont disponibles, sept écoles ont fermé leurs portes, dont deux du secteur anglophone.

Ces fermetures sont le reflet d'un problème de plus en plus difficile à endiguer: la situation précaire dans plusieurs régions éloignées, la dévitalisation de nombreux villages et le peu d'espoir que, à court terme, la population y revienne.

Les écoles publiques anglophones n'y échappent pas: alors que le réseau anglophone comptait quelque 250 000 élèves en 1970, il n'en regroupait plus que 93 000 au 30 septembre 2009, selon les données du ministère de l'Éducation.

«Nous sommes de vieux routiers en matière de décroissance», lance le directeur général de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec, David Birnbaum.

Les défis sont importants, reconnaît-il. «Maintenir la stabilité dans les neuf commissions scolaires anglophones du Québec n'est pas facile.»

Services essentiels

Chaque école est tenue d'offrir tous les services dont ont besoin les élèves, peu importe leur nombre. Il faut donc user d'imagination: classes à degrés multiples, formation à distance, transport des élèves d'une municipalité à l'autre, etc.

Il est plus difficile de recruter des enseignants et des professionnels, particulièrement dans les régions éloignées.

«Du côté des orthophonistes et des psychologues, nous ne sommes pas loin de la crise. Le manque est criant, surtout en région. En Basse-Côte-Nord, on peut attendre des années avant d'avoir l'aide dont on a besoin», souligne M. Birnbaum.

Le ministère de l'Éducation finance les écoles selon le nombre d'élèves. Une école de moins de 100 enfants aura moins de revenus, mais elle devra tout de même offrir des classes de la maternelle à la sixième année.

Certaines mesures, notamment l'aide financière aux écoles défavorisées, ne sont pas adaptées à la réalité des petites écoles. Elles ne peuvent en profiter, déplore M. Birnbaum. Ainsi, elles ne reçoivent pas les budgets additionnels pour réduire le rapport maître-élèves puisque les groupes sont déjà plus petits.

Par contre, ces écoles pourraient utiliser le financement pour atteindre les objectifs du ministère de l'Éducation en diminuant les rapports, soit la réussite scolaire, plaide le directeur général.

«Les commissions scolaires sont à géométrie variable, mais il n'existe pas plusieurs vitesses de financement. Il n'y a pas de flexibilité pour nous aider à faire notre travail et adapter le financement à notre réalité», explique M. Birnbaum.

Dans l'île de Montréal, le principal défi des écoles anglophones est la décroissance. Les écoles secondaires sont particulièrement touchées depuis quelques années.

Ailleurs, ce sont les immenses territoires peu peuplés qui posent problème. En Gaspésie, la commission scolaire Eastern Shores s'étend de Baie-Comeau à Gaspé, mais elle ne compte que 1200 élèves.

La loi 101, qui oblige les immigrés à envoyer leurs enfants à l'école française, de même que la baisse de la natalité et la concurrence des écoles privées ont fait mal aux écoles anglophones.

«Ce qui est difficile et parfois très déchirant, c'est que la qualité des services éducatifs et complémentaires va souffrir s'il n'y a pas de consolidation. En même temps, il y a toujours un prix à payer lorsqu'une école ferme» explique M. Birnbaum.

En plus de l'enseignement, l'école a une mission sociale à remplir auprès des élèves, rappelle pour sa part la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard.

«Quand les élus en arrivent à vouloir fermer une école, c'est parce qu'ils ont vraiment tout essayé», dit Mme Bouchard. Ainsi, dans plusieurs régions, des municipalités s'échangent des élèves pour réussir à former des groupes homogènes. Ailleurs, on fait la classe à distance.

Stabilisation

Les prévisions laissent croire que le nombre d'élèves va se stabiliser. La situation semblait pire au début des années 2000. C'est à cette époque que le gouvernement a mis en place des mesures d'aide pour les petites écoles, explique la présidente de la FCSQ.

En 2010-2011, 715 des 2886 écoles du Québec comptaient moins de 100 élèves.

«Cette démarche auprès du gouvernement pour bonifier le financement a été salutaire. Cela aide énormément et force les milieux à se parler, à inventer des moyens pour garder leurs écoles», dit Mme Bouchard.

Malgré tout, les commissions scolaires doivent gérer la décroissance. La Gaspésie compte ainsi plusieurs villages dévitalisés. «Tant qu'il n'y aura pas de retour du balancier, un retour des jeunes, nous serons en déclin. Mais ailleurs, c'est le contraire. On gère la croissance. Au nord de Montréal, aussitôt qu'on finit de construire une école, il en faudrait une autre. C'est paradoxal.»