Faut-il parler français pour être professeur à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'environnement de McGill? Non. Trois postes récemment affichés n'exigeaient pas que les postulants maîtrisent le français. Même une simple connaissance de la langue de Molière - et de la majorité des agriculteurs québécois - n'était pas considérée comme un atout recherché.

Marie Allard LA PRESSE

«Ça me semble inacceptable, dit Mario Beaulieu, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Je trouve que le français devrait être au moins mentionné. Ces grands experts vont faire des études dans un milieu dont ils ne connaissent même pas la langue? Il y a un problème.»

Chandra Madramootoo, doyen de la Faculté d'agriculture de McGill, défend son équipe. «Bien qu'il soit difficile d'évaluer la proportion des professeurs de la Faculté qui parlent français, reconnaît-il par courriel, la majorité de notre personnel est en mesure d'interagir en français avec les différents intervenants du monde agroalimentaire au Québec - ministères, producteurs ou autres - chaque fois que cela est requis.»

Le doyen nie avoir refusé que le français fasse partie des critères de sélection pour les postes. M. Madramootoo n'a reçu «aucune demande portant sur l'ajout de la connaissance du français comme l'un des atouts souhaités chez les candidats», indique Julie Fortier, porte-parole de McGill.

Pas de règle claire

Il n'y a pas de règle claire sur la connaissance du français pour les postes de professeurs à McGill. «Cela varie d'une faculté à une autre, indique Nathalie Cooke, vice-principale exécutive adjointe pour le personnel académique de McGill. Nous n'avons pas de politique s'appliquant à l'ensemble de l'université à cet effet.» À la Faculté de droit, par exemple, une connaissance du français est exigée.

Cette mollesse inquiète la Société Saint-Jean-Baptiste. «La multiplication de ces postes, par le fait du surfinancement des universités anglophones, a un impact sur l'anglicisation de la langue de travail», estime M. Beaulieu. Les universités anglophones de la province reçoivent 25% du financement de Québec et 35% des subventions fédérales, pour 8% de population de langue anglaise, dénonce-t-il.

Des professeurs du monde entier

«De nombreux professeurs à McGill sont de langue maternelle française, fait valoir Tony Masi, vice-président directeur de McGill. Il reste que nous recherchons avant tout les meilleurs candidats dans chaque domaine et ceux-ci peuvent provenir de n'importe où dans le monde. Nous encourageons nos nouvelles recrues ainsi que leur conjoint à suivre des cours de français offerts à notre École de formation permanente, les frais de ces cours étant payés par McGill pendant trois ans.»

Les universités francophones «sélectionnent des candidats partout dans le monde, elles aussi», répond M. Beaulieu.