À bout de patience, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, prévient qu'elle n'hésitera pas à couper les vivres au programme MBA de l'Université McGill.

Martin Ouellet LA PRESSE CANADIENNE

Après avoir avisé les autorités de l'université à deux reprises depuis l'automne dernier sans obtenir satisfaction, la ministre a promis, mardi, de mettre l'institution au pas.

«Les droits de scolarité sont fixés par le gouvernement et en ce sens là, ils ne respectent pas ce qu'on doit exiger comme frais de scolarité pour le MBA», a dit Mme Courchesne, en point de presse à l'Assemblée nationale.

En conséquence, l'université montréalaise perdra tout près de 30 000 $ par étudiant si elle ne revient pas sur sa décision de multiplier par 15 - d'environ 2000 $ à 29 500 $ - les droits de scolarité associés à son programme MBA à compter de la prochaine rentrée.

La pénalité financière prévue comprend la subvention de 11 000 $ par personne versée par le gouvernement et une ponction supplémentaire équivalant, au final, au montant que veut exiger l'Université McGill aux étudiants - admissibles aux subventions - inscrits au MBA.

La ministre de l'Education n'achète pas l'argument soulevé par McGill, à l'effet qu'une forte augmentation des droits permettra d'accroître la qualité de l'enseignement, en plus de mettre l'université à niveau avec les institutions d'ailleurs au Canada et aux États-Unis.

«Je ne peux pas accepter cet argument parce que nous avons d'excellentes écoles, HEC, John-Molson, l'Université Laval. Ces universités donnent un enseignement de qualité avec les droits de scolarité demandés par le gouvernement», a-t-elle dit.

A l'entrée du caucus des députés libéraux, la ministre Courchesne a été très claire: l'Université McGill n'aura d'autre choix que de s'en tenir aux frais de scolarité autorisés par le gouvernement.

«Notre responsabilité, c'est de s'assurer que la qualité de l'enseignement soit comparable dans l'ensemble du Québec. Pour moi, c'est une valeur et c'est quelque chose que l'on va continuer à défendre», a-t-elle tranché.

Le différend qui oppose la ministre à l'institution d'enseignement anglophone est un exemple de l'effet néfaste du sous-financement des universités québécoises, a soutenu, de son côté, l'Association des étudiants des 2e et 3e cycles de l'Université McGill.

L'Association s'oppose à la hausse des frais du programme MBA à 29 500 $, mais reconnaît aussi, dans un communiqué, «que ce choix est un cri du coeur institutionnel quant à la situation financière actuelle des universités».

Pour sa part, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a salué la décision du gouvernement.

En rappelant l'Université McGill à l'ordre, la ministre de l'Education envoie un avertissement à toutes les autres institutions d'enseignement tentées de «bafouer les règles budgétaires en vigueur», a évoqué Jean Grégoire, président de la FEUQ.