Pas d’étude. Pas de budget. Pas d’échéancier. Et surtout, pas de besoin.

Mais tant pis ! La Coalition avenir Québec (CAQ) nous refait le coup des dernières élections en promettant un 3lien autoroutier entre Québec et Lévis, sans même examiner une option infiniment moins coûteuse qui ferait très bien le travail.

Tout ça n’est pas sérieux.

À vouloir plaire coûte que coûte aux électeurs de quelques circonscriptions de la région de Québec, la CAQ mine encore davantage sa crédibilité aux yeux de l’ensemble de la population qui n’est pas dupe.

Le plus triste, c’est que le gouvernement avait mandaté CDPQ Infra pour étudier la question de la mobilité dans la région de Québec, sous toutes ses coutures.

La filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec a rencontré 172 parties prenantes et a épluché plus de 1000 études réalisées depuis 50 ans. Elle a étudié les besoins de la région, en regardant la croissance démographique. Elle a passé en revue toutes les options pour en arriver à un plan d’ensemble qui mise sur le tramway et le service rapide par bus (SRB).

Ce plan astucieux minimise les coûts tout en réduisant les effets négatifs, comme la coupe d’arbres. Articulé en plusieurs phases, il répond aux besoins les plus urgents, sans perdre de vue les défis du futur. Il est heureux que la CAQ accepte d’aller de l’avant avec la première phase.

En fait, la Caisse a fait exactement le genre d’analyse complète et rigoureuse qu’on doit mener avant de lancer un projet majeur d’infrastructure.

Son approche sensée tranche avec l’amateurisme dont la CAQ fait preuve en s’engageant à construire un pont autoroutier entre les deux rives, alors que l’étude de la Caisse détermine que ce n’est pas nécessaire.

L’achalandage ne le justifie tout simplement pas. Le nouveau pont ne réduirait que de cinq minutes les trajets. À terme, la congestion serait déplacée ailleurs sur le réseau routier.

Qu’à cela ne tienne, la CAQ met la pédale dans le tapis. Elle fonce sans carte routière.

Il y aura un pont, peu importe le prix. Le premier ministre se borne à dire qu’il tentera de réaliser le projet « le moins cher possible » sans fixer de limite de budget pour son 3lien dont l’incarnation précédente était évaluée à 10 milliards de dollars.

Pas question de faire une nouvelle étude. « Je pense qu’il y en a eu assez », dit François Legault.

Après avoir bricolé un indice loufoque de « pont par million d’habitants » pour justifier la version précédente du 3lien, la CAQ explique maintenant qu’il s’agit d’une question de « sécurité économique ».

C’est qu’il n’y a pas d’alternative pour les 10 500 camions qui empruntent quotidiennement le pont Pierre-Laporte, à part à Trois-Rivières. Si le pont devait fermer soudainement, ce serait « infernal et catastrophique », lance la ministre des Transports Geneviève Guilbault… en ajoutant du même souffle que le pont est en bon état.

Si l’enjeu est si grave, comment expliquer que la version précédente du 3lien ne permettait pas le passage des camions, à cause de la pente trop prononcée du tunnel ?

Et si le transport de marchandises empêche la CAQ de dormir, pourquoi ne pas abaisser de quatre pieds le tablier du pont de Québec qui est encore bon pour 75 ans ? Cela dégagerait une hauteur suffisante pour le passage des camions qui l’empruntaient d’ailleurs à une autre époque.

Il est pour le moins étonnant que le premier ministre n’ait jamais entendu parler de cette option que le ministre fédéral de la circonscription de Québec, Jean-Yves Duclos, a judicieusement mise de l’avant.

C’est une solution grosse comme un 18-roues.

Même si Ottawa vient d’acheter le pont de Québec, Québec demeure responsable du tablier qui doit être refait rapidement, de toute façon. En 2020, les travaux étaient estimés à 200 millions. Abaisser le tablier coûterait sûrement plus cher, mais la note serait infiniment moins élevée que la construction d’un pont flambant neuf.

Et ne l’oublions pas, il y a de nombreux obstacles à la construction d’un nouveau pont, notamment à cause de la profondeur du fleuve Saint-Laurent et de l’empiétement sur les terres agricoles et les milieux humides, comme le souligne la Caisse.

En fait, le 3lien est un vaste projet d’étalement urbain, à une époque où l’on doit trouver des façons de réduire les gaz à effet de serre (GES).

C’est une dépense faramineuse, alors qu’il faudrait 20 milliards juste pour remettre à niveau notre réseau routier plein de trous.

C’est un chantier gigantesque qui siphonnera la main-d’œuvre dont on manque pour réaliser les nombreux projets d’infrastructures comme ceux d’Hydro-Québec.

Dans un contexte où la province affiche un déficit record, Québec doit choisir ses projets avec le plus grand soin.

Ne jetons pas des milliards à l’eau avec la construction d’un nouveau pont. Mais de toute façon, qui croit vraiment à ce projet dessiné sur une serviette de table ?