Agresseur sexuel, fraudeur et maintenant criminel. Avec un CV pareil, n’importe quel travailleur aurait du mal à se trouver du boulot. Pas Donald Trump, qui risque de devenir le prochain président des États-Unis.

Le verdict historique est tombé jeudi. Il n’aura fallu qu’une journée et demie pour que les 12 membres du jury s’entendent à l’unanimité et déclarent Donald Trump coupable d’avoir falsifié des documents afin de masquer les paiements destinés à faire taire l’actrice porno Stormy Daniels, le tout pour ne pas nuire à sa campagne en 2016.

Cette condamnation est aussi rassurante qu’effrayante pour les citoyens, aux États-Unis comme ailleurs. Les prochaines élections américaines ne porteront pas seulement sur le choix d’un parti ou d’un autre, mais sur l’avenir même de la démocratie, qui n’est jamais acquise.

D’un côté, la décision est rassurante parce que la justice américaine a fait la preuve qu’elle pouvait mener jusqu’au bout ce procès, malgré les assauts répétés de Donald Trump. La justice a démontré de façon spectaculaire que personne n’est au-dessus des lois, pas même l’ancien président des États-Unis, ce qui n’est pas rien.

Mais le système de justice ne s’en sort pas indemne, car le discours de Donald Trump, qui s’est présenté en victime de persécution politique, du début jusqu’à la fin, résonne chez ses partisans.

En retournant les canons, Trump fait donc le procès de la justice et de l’ensemble des institutions politiques et démocratiques qu’il a déjà considérablement ébranlées.

Malgré le verdict, rien n’est donc réglé. Et le doute continuera d’empoisonner le débat jusqu’aux prochaines élections, alors que bien des questions restent en suspens.

Le juge enverra-t-il l’ancien président des États-Unis en taule ?

Théoriquement, il est passible de quatre ans de prison par chef d’accusation. Mais il est peu probable qu’il se retrouve derrière les barreaux pour une première accusation criminelle… quoiqu’il ait déjà été reconnu coupable au civil d’agression sexuelle contre l’écrivaine E. Jean Carroll et de fraude pour obtenir des prêts plus avantageux.

Chose certaine, la sentence sera rendue le 11 juillet, quatre jours avant que les républicains annoncent officiellement que Trump sera leur candidat pour les élections du 5 novembre. Et rien dans la Constitution américaine n’empêche un criminel de se présenter à la présidentielle à partir d’une cellule de prison, ce qui est heureusement interdit au Canada.

Mais comme l’ancien président portera l’affaire en appel, un processus qui pourrait durer des années, une forte odeur de doute flottera dans l’air durant toute la campagne.

Pendant ce temps, Donald Trump pourra continuer d’attaquer le système de justice, en répétant à tous les micros que « c’est un procès truqué » mené par un « juge corrompu » à la solde de l’équipe du président Joe Biden. Que même « mère Teresa n’aurait pas résisté à de telles accusations ».

Bref, le verdict de cette semaine est loin de signer l’arrêt de mort politique de Donald Trump qui a si souvent prouvé que rien ne lui colle à la peau.

Dès le moment où on a entendu cet enregistrement de Trump se vantant de pouvoir « agripper les femmes par la chatte », on aurait pu croire que ses chances d’être élu président étaient tombées à zéro. Pourquoi voter pour un homme qui se vante d’utiliser son statut de vedette pour agresser sexuellement les femmes en toute impunité ?

Candidat téflon, Trump a quand même été élu en 2016.

Après avoir entendu l’enregistrement de Trump demandant à un responsable de l’État de la Géorgie de lui « trouver 11 780 votes », on aurait aussi imaginé que sa carrière politique était enfin anéantie. Qui voudrait encore voter pour un président prêt à tricher pour renverser le résultat des élections de 2020… que lui-même jure s’être fait voler ?

Pourtant, Trump est encore en tête dans les sondages.

Et sa condamnation n’y changera peut-être rien.

Il est vrai qu’un pourcentage significatif des républicains (environ 15 %, selon certains sondages) affirmaient ce printemps qu’ils retireraient leur appui à Donald Trump s’il était reconnu coupable au criminel.

Mais dans l’esprit des Américains, l’affaire Stormy Daniels est moins grave que les trois autres procès criminels qui portent sur la tentative de renversement des élections et sur la manipulation de secrets de sécurité nationale. Or, ces procès n’auront certainement pas lieu avant les prochaines élections. Et si Trump est élu, ils pourraient être annulés ou reportés.

D’ici là, Donald Trump pourra utiliser sa condamnation comme un carburant pour attiser la colère de ses supporters qui ont justement appelé à l’émeute et à la vengeance sur les médias sociaux, après le verdict. Pour certains, « 1 000 000 hommes [armés] doivent se rendre à Washington et pendre tout le monde1 ».

Tout sauf rassurant.

Repartiront-ils à l’assaut du Capitole si Trump perd à nouveau ses élections, lui qui refuse systématiquement d’accepter ses défaites, en cour ou en politique ?

1. Lisez un article de Reuters (en anglais)